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Des livres pour la tolérance

Entrevue de Lionel Labosse par Taina Tervonen

Têtu n°112, juin 2006

vendredi 1er mai 2009, par Lionel Labosse

Professeur de français dans un lycée de banlieue parisienne, Lionel Labosse recense pour le collectif HomoEdu les ouvrages littéraires destinés à la jeunesse traitant de la diversité sexuelle.

- Comment le traitement de l’homosexualité dans la littérature jeunesse a-t-il évolué pendant ces 15 dernières années ?
- Dans les premiers textes du début des années 90, l’homosexualité est souvent liée au sida – comme dans Tout contre Léo, de Christophe Honoré (Ecole des loisirs, 1996). Ensuite, il y a eu des romans sur la tolérance, avec la figure d’un nouvel élève ou d’un prof homo, comme dans L’amour en chaussettes, de Gudule (Thierry Magnier, 1999). Je ne suis pas une fille à papa et Marius, publiés en 1998 et 2001, abordent pour la première fois l’homoparentalité. Aujourd’hui, la thématique touche de nouveaux genres, comme le roman de science-fiction (Automates, de Nathalie Le Gendre), et le roman historique (Une princesse à Versailles, d’Anne-Sophie Silvestre). On peut presque parler d’une mode, avec plusieurs « stars » de la littérature jeunesse qui s’y intéressent. Du coup, les profs abordent ces livres avec plus de facilité – mais en même temps, tous ne sont pas de qualité…

- Comment la sexualité est-elle traitée dans ces romans ?
- C’est simple : elle n’est jamais traitée quand il s’agit de personnages homosexuels. On ne trouvera jamais de scènes d’amour entre deux filles ou deux garçons, comme si cela restait associé à la pornographie. Il y a une grande hypocrisie des adultes sur ce sujet. On sait très bien qu’en 6e plus de la moitié des élèves ont vu des films pornos, mais il ne faudrait surtout pas leur parler de sexe – et encore moins de sexe entre deux homos !

- Comment les élèves réagissent-ils face à ces livres ?
- Il arrive que certains soient gênés, mais la plupart sont curieux, ce qui donne lieu à des discussions intéressantes et émouvantes. Je suis assez fier d’avoir pu faire lire à mes élèves des romans comme Ne m’appelez plus Julien, de Jimmy Sueur (L’Harmattan 2003), qui traite des questions transgenre. On pense souvent qu’étudier ces livres sert surtout pour que les élèves homos se sentent mieux, alors que tous ont besoin de l’ouverture qu’ils apportent ! C’est important de leur enseigner des textes comme L’épopée de Gilgamesh, où le héros est bisexuel, et de leur expliquer que c’est un texte écrit il y a 4000 ans, à 200 km du Bagdad actuel !

- Et les parents et les enseignants ?
- J’ai été menacé par un père une fois — mais aussi remercié par un papa homo !
Mon principal et l’inspection académique de mon département m’ont toujours soutenu. Les profs, eux, on souvent peur de s’emparer du sujet, a fortiori s’ils sont homos eux-mêmes. Contrairement aux insultes racistes ou antisémites qui sont vite réprimandées, ils ne savent pas réagir face aux insultes homophobes – pourtant les plus répandues ! – qui deviennent une espèce de défouloir pour les élèves. Ça ne sert à rien de faire des lois contre l’homophobie si on n’est pas capable de la combattre à l’école.

© Têtu, mai 2006

- Sur le même sujet, voir une entrevue de Lionel Labosse par Thierry Lenain datant d’octobre 2005 et un article détaillé écrit en 2010 : Le syndrome d’Alcibiade.
- Nouvelle entrevue pour Têtu en janvier 2012.