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Fin de la recension systématique des livres

Les clés sur la porte : j’arrête (presque) tout !

Bibliographie exhaustive 1969-2013.

samedi 9 août 2014, par Lionel Labosse

J’ai décidé d’arrêter la recension et le recensement systématique des ouvrages destinés aux jeunes abordant des thématiques altersexuelles. Ce travail entamé en 2005 pour le Collectif HomoEdu, a été poursuivi en 2007 sur le présent site ; il est maintenant presque exhaustif pour la période concernée. Cet arrêt sera progressif en ce sens que je souhaite que le recensement proposé par altersexualite.com reste systématique pour la période qui va jusqu’en 2013 inclus, date de parution en langue originale. Pendant ces 8 années de travail, j’ai bénéficié d’une collaboration amicale avec Jean-Yves Alt, qui a déniché maintes raretés, et souvent les nouveautés avant moi. Je lui passe le relais pour les parutions à venir, sur son blog Culture & débats, avec un point de vue différent de celui d’altersexualite.com. Je poursuivrai bien sûr mes travaux sans faiblir, mais dans d’autres directions. Permettez que j’en explique les raisons. J’espère aussi pouvoir concrétiser ce travail par la publication d’un livre, dont l’article « Le syndrome d’Alcibiade » constitue la préfiguration (avis aux éditeurs).

Le recensement exhaustif

Cette rubrique livres présente actuellement, avec des articles individuels, plusieurs centaines d’ouvrages, que ce soit des romans et nouvelles, du théâtre ou de la poésie, des albums pour les petits et des bandes dessinées ou mangas. La période couverte pour ce qui est de la littérature jeunesse (c’est-à-dire spécifiquement écrite pour des jeunes) s’étend de 1969 (Fred et moi, de John Donovan) à 2013. La date de 1969 est trompeuse, car ce livre n’a été traduit qu’en 1977 par Duculot. Je continuerai à recenser les livres traduits en français dans les années à venir, dont la date de première parution en langue originale sera antérieure à 2013 inclus. En dehors de ces livres, je continuerai également à recenser :
- Les ouvrages antérieurs à 2013 qui ont échappé à mes recherches, notamment ceux qui ne présentent pas une thématique ou des personnages purement « LGBT », mais une thématique altersexuelle au sens large du terme, c’est-à-dire une conception de la sexualité, de l’amour, différente du couple monogame traditionnel. J’appelle les lecteurs de cet article, les auteurs, éditeurs, attachés de presse, bibliothécaires, documentalistes, et autres amateurs éclairés, à me signaler tout ce qui manque à cette sélection.
- Les mangas, qui ont été difficiles à recenser dans leur profusion éditoriale, de façon à étoffer cette rubrique.
- Pour la bande dessinée, je resterai particulièrement attentif à la republication de classiques de la BD, y compris pornographique, quand elle a un intérêt culturel ; à la publication d’adaptations nouvelles (y compris après 2013) de classiques de la littérature quand il y aura une composante altersexuelle, et à la suite de séries entamées dont j’ai recensé le début. L’actualité éditoriale en ce domaine est particulièrement riche et savoureuse.
- Les ouvrages canadiens antérieurs à 2013, dont je persiste à penser qu’ils devraient être diffusés en France pour les meilleurs d’entre eux.
- Les ouvrages de littérature classique depuis l’origine. Par exemple, j’ai entamé la lecture des Rougon-Macquart, et il y a encore du grain à moudre chez Diderot et bien d’autres auteurs classiques. Les nouvelles perspectives de l’enseignement en terminale littéraire nous donnent aussi du travail, car les premiers choix ouvrent des perspectives, avec par exemple Zazie dans le métro, qui est un bon exemple d’ouvrage à la limite entre littérature classique et jeunesse (voir cet article).
- Les essais importants sur l’altersexualité, anciens ou récents. Leur lecture permet davantage de briller dans les dîners en ville, que la connaissance de la littérature jeunesse, ou de tout ce qui relève de la culture populaire !
- Bien entendu, je ne me refuserai pas, quand un livre me tombera entre les mains et qu’il me plaira particulièrement, comme je le fais actuellement pour le cinéma, d’en dire le bien que j’en penserai. Si un auteur de littérature jeunesse (ou adulte) a la délicate attention de m’envoyer un ouvrage, eh bien, roulez jeunesse ! Et si l’ami Jean-Yves tombe sur le chef d’œuvre du siècle, pourquoi me priverais-je ?

Pourquoi j’arrête ?

Si j’ai décidé d’arrêter ce recensement systématique, c’est pour des raisons multiples. Avec l’adoption en France de la loi sur le mariage gay, l’homosexualité n’est plus tellement altersexuelle, disons qu’elle s’orthosexualise, pour reprendre la terminologie mise en place dans l’essai paru en 2005 Altersexualité, Éducation et Censure. Les ouvrages de littérature jeunesse sont désormais en nombre suffisant, et sont largement mis en valeur, y compris et même surtout en bande dessinée, où ce qui naguère sentait le soufre est désormais à la mode et rafle les prix, comme ce fut le cas en 2013 pour l’excellent Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet, sans parler de la palme d’or attribuée à l’adaptation cinématographique de Le Bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh. Dans le domaine de la fiction, on tourne en rond depuis un moment, de même que dans le domaine des albums pour la jeunesse, où j’ai l’impression souvent de relire le même album avec quelque variante ; de plus, ces albums n’ont plus guère besoin de ma publicité actuellement, car la bêtise de telle ou telle campagne homophobe leur fait une publicité d’enfer (il n’y a qu’à voir le tapage organisé récemment à propos de Papa porte une robe (2004), un des tout premiers albums de notre sélection) [1].
Argument plus gênant à reconnaître, les années 2012 et 2013 ont battu le record de publications de livres minables surfant sur la vague du débat sur le mariage gay, et la véhémence des anti-mariage de droite a poussé les éditeurs à publier n’importe quoi pourvu qu’il y était question d’homosexualité. Plusieurs livres m’ont à la fois ennuyé à lire par leur nullité littéraire, et exaspéré par la propagande contre-productive pour le mariage ou pour une certaine conception communautariste de l’« homoparentalité ». Mes critiques acerbes, ajoutées à mon opposition — de gauche — au mariage gay, me font évidemment ranger parmi les homophobes par les intégristes de la cause gay (qu’un auteur nomma jadis les khmers roses), alors je préfère me retirer.
Enfin, cette activité certes créative est chronophage. Je n’ai plus le temps de me consacrer à des écrits personnels, et, alors que j’y passe un temps fou, tout le monde me demande quand est-ce que je vais enfin publier « quelque chose », sous entendu un livre… La critique est une activité créative maudite. Pour peu que vous ayez un tant soit peu de déontologie, cette activité vous accorde au mieux l’estime des auteurs dont il se trouve que vous avez encensé une œuvre, mais en général l’indifférence, et parfois la haine d’un auteur dont vous avez écorché l’œuvre immortelle, ou d’un de ses amis. Quant aux éditeurs, dix articles positifs successifs ne vous valent souvent pas un mot, mais un seul article mitigé vous vaut parfois une levée de bouclier et le refus d’envoyer les ouvrages suivants. Bref, c’est trop d’ennuis pour un travail bénévole. Pourtant je remercie du fond du cœur les nombreux auteurs et attachés de presse qui m’ont témoigné intérêt, sympathie, reconnaissance, voire amitié. Ils sont heureusement bien plus nombreux que les rabat-joie ! Enfin, ce modeste travail a été reconnu presque d’utilité publique par des organismes dont je remercie les responsables de leur attention : Savoirs CDI, une rubrique du CNDP ; le CRDP Aix-Marseille ; le Centre de ressources sur le genre (Point G) des bibliothèques de Lyon, et la revue de l’INJEP.

Avis aux éditeurs

J’espère pouvoir concrétiser ce travail sur la période antérieure à 2013 par la publication d’un livre, dont l’article « Le syndrome d’Alcibiade » constitue la préfiguration. Peu d’éditeurs jeunesse publient des ouvrages de critique, et c’est regrettable. Cela fait des années par exemple que je crie dans le désert que, dans l’étroit segment éditorial qui m’intéresse, nous souffrons de l’absence de traductions d’autres langues que l’anglais. Deux éditeurs sur-représentent la littérature scandinave, mais la littérature jeunesse hispanophone, germanophone, sans parler des langues asiatiques, est rarissime. Je n’ai recensé qu’un seul livre traduit du japonais (en dehors des mangas). Et pourtant, le continent sud-américain est plein de pays qui ont adopté des lois favorables aux altersexuels, ce qui suppose l’existence de livres éducatifs sur le sujet. Pourquoi ne publie-t-on que des auteurs nord-américains ? Mystère ! Bref, je propose un livre qui pourrait être constitué du texte ci-dessus, et de notices individuelles sur les livres ou auteurs. Un livre autonome pourrait être consacré à la bande dessinée…

Lionel Labosse


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