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Hasta la victoria siempre, pour les lycées.

Muchacho, d’Emmanuel Lepage

Dupuis, aire libre, 2004 et 2006, 72 et 90 p., 14 € chaque volume.

samedi 9 juin 2007, par Lionel Labosse

Il suffit de comparer les couvertures des deux tomes pour comprendre le projet d’Emmanuel Lepage, à la fois dessinateur et scénariste. Le séminariste guindé dans sa soutane noire cède la place exactement au même endroit au guérillero, dont la chemise kaki s’écarte sur le torse. La Croix à laquelle il tournait le dos, repose maintenant sur son sternum, le Christ touchant sa chair, dont les stigmates strient sa joue et son torse ; le bois mort de la Croix s’incarne dans les branches terribles de la forêt ; le fusil a remplacé le pinceau, et l’harmonie ocre cède la place au violent contraste de couleurs vives dominées par un rouge improbable.

Il suffit de comparer les couvertures des deux tomes pour comprendre le projet d’Emmanuel Lepage, à la fois dessinateur et scénariste. Le séminariste guindé dans sa soutane noire cède la place exactement au même endroit au guérillero, dont la chemise kaki s’écarte sur le torse. La Croix à laquelle il tournait le dos, repose maintenant sur son sternum, le Christ touchant sa chair, dont les stigmates strient sa joue et son torse ; le bois mort de la Croix s’incarne dans les branches terribles de la forêt ; le fusil a remplacé le pinceau, et l’harmonie ocre cède la place au violent contraste de couleurs vives dominées par un rouge improbable.

Résumé

Nicaragua, 1976. Le jeune Gabriel de la Serna, séminariste, peintre doué, fils de famille, part dans un village peindre une Passion pour le père Ruben, sympathisant de la guérilla sandiniste qui combat la dictature de Somoza. Ruben l’engage à se mêler aux paysans, à les dessiner, pour s’imprégner de la passion du peuple, et « soulever la peau des choses », de façon à dépasser sa facture académique. Gabriel ne réussit que trop, il s’attire la sympathie de la plupart des paysans, mais aussi l’inimitié de Diego, qu’il dessinait nu à son insu, dévoilant, à lui-même d’abord, sa passion cachée. Piégé par le comandante Vargas, Gabriel dénonce Ruben, et c’est la catastrophe dans la communauté villageoise. Ses parents viennent le chercher, mais il s’enfuit, et parvient, blessé, à rejoindre la petite bande des guérilleros dans la forêt tropicale. Ceux-ci tentent de ramener un otage « yanki » à leur camp, mais le chemin dans la forêt s’avérera un nouveau calvaire, pendant lequel Gabriel d’une part rachètera sa trahison, d’autre part aura l’occasion de mettre en œuvre sa nouvelle passion charnelle auprès d’un guérillero.

Mon avis

La comparaison des couvertures intéressera les élèves de lycée auxquels on pourra proposer l’ouvrage. Exploitation possible évidemment en Espagnol et en arts plastiques. L’homosexualité est problématique dans cette époque révolutionnaire, et l’insulte « fiotte » est de rigueur parmi les fiers guérilleros. L’un d’entre eux, celui qui fera découvrir l’amour physique à Gabriel, abordera clairement la question : « Sais-tu ce qu’ils font à des gens comme « nous » à Cuba ? Ils les mettent dans des camps ! Éléments contre-révolutionnaires ! » (p. 86). Cela permet de prendre de la distance par rapport à l’apologie de la révolution. Pourtant, la sexualité, pour ce qu’on en voit, semble peu empreinte de culpabilité judéo-chrétienne. Que ce soit Diego qui rejoint en secret Concepcion, celle-ci qui s’amuse d’avoir surpris le peintre croquer son amant, la femme du chef de la bande de guérilleros qui s’envoie en l’air pendant la fuite, avec un des gars de la bande (le même qui sera l’amant de Gabriel). Bref, il y a là des éléments de réflexion pour nos lycéens. Certaines planches sont un peu trop osées pour qu’on propose ces albums (surtout le tome 2) en collège, en plus de la problématique politique sans doute hors de portée pour les collégiens. Je pense à une vignette de la p. 24, et aux trois belles planches p. 75 à 77, tout en gris-bleu (qui ne montrent pas de sexe, mais la simple union des corps). On ne s’étonnera pas de la mention, dans les remerciements, de Christian Rossi & Serge Le Tendre, les auteurs du magnifique Tirésias. La parenté est claire entre les deux projets. On rêve d’une adaptation par des dessinateurs si talentueux, du chef-d’œuvre de Reinaldo Arenas, Avant la nuit, suggéré par les paroles sur Cuba rapportées ci-dessus.

- Cet ouvrage bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

- Emmanuel Lepage est également le dessinateur de Noirs désirs (Névé, Tome 5), avec Dieter au scénario. Il a collaboré au recueil collectif En mâles de nus, de Virginie Greiner (Attakus éditions, 2006).

Lionel Labosse


Voir en ligne : Bande annonce de l’album sur le site de l’éditeur Dupuis


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