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Le premier historien, le premier journaliste, le premier explorateur, pour lycéens et adultes.

L’Enquête (ou Histoires), d’Hérodote

Pléiade, 1964 (v. 445 avant J.-C.), 1876 p.

jeudi 10 mars 2011, par Lionel Labosse

Voici un autre livre à emporter en voyage en Grèce ou en Turquie, ou encore en Iran. J’ai choisi la version traduite, commentée et annotée par Andrée Barguet (Pléiade, 1964), avec une introduction de Jacqueline de Romilly ; on la trouve toujours également en Folio, de sorte que pour les citations, je n’indiquerai pas les pages, mais les paragraphes. Cette édition contient aussi quelques cartes du monde connu d’Hérodote, permettant de s’y retrouver (si on a de bons yeux !) Voir aussi des cartes dans l’article de Wikipédia sur Hérodote. Je n’ai pas la prétention de présenter cette œuvre fondatrice de la littérature mondiale (1re œuvre grecque en prose, 1re œuvre d’historien, de journaliste, 1er journal de voyage…) Comme pour mon précédent article sur Histoire d’Alexandre, de Quinte-Curce, je voudrais profiter de cette lecture pour noter quelques anecdotes qui plaisent à ma subjectivité, et en passant, vérifier les dires du philosophe anglais Jeremy Bentham sur l’amour dit grec : « il apparaît ici ou là que Thémistocle, Aristide, Épaminondas, Alcibiade, Alexandre le Grand et peut-être la majorité des héros de la Grèce étaient infectés par ce goût. Non pas que les historiens se soient donné du mal pour nous en informer expressément, car ce n’était pas extraordinaire au point que cela vaille la peine de le faire, mais ils le donnent à voir incidemment tout au long des récits qu’ils ont l’occasion de faire. » Comme Quinte-Curce quatre siècles plus tard, Hérodote prenait déjà de la distance avec ce qu’il rapportait ; on trouve souvent des modalisateurs, ou bien il nous propose deux versions différentes, en indiquant laquelle a sa préférence. Par exemple, en IV, 96 : « Pour moi, je ne veux ni nier, ni admettre aveuglément l’histoire de cet homme et de son logis souterrain ; j’estime cependant que Salmoxis a vécu bien des années avant Pythagore ».

L’Enquête

Andrée Barguet justifie le titre choisi pour cette édition (mais la force de l’habitude l’emportera, et les nouvelles éditions reprennent le titre « Histoires ») : « historiè nous vient directement d’Hérodote, mais il signifie au Ve siècle avant notre ère, l’« enquête » menée par un témoin qui rapporte ce qu’il a lui-même vu et appris au cours de ses recherches ; ce serait aujourd’hui un « reportage » […] ». De fait, on trouve de tout, des légendes, de la géographie, de l’ethnologie, et quand même de l’histoire, c’est-à-dire la mise en ordre de ce qu’Hérodote a pu recueillir notamment sur les guerres médiques, lesquelles se terminent aux alentours de sa naissance (Hérodote est né à Halicarnasse, dans l’ancienne province de Carie, et mort à Thourioi, au sud de l’Italie, après avoir connu la gloire à Athènes). Ce qui étonne le lecteur moderne, et que rappellent les cartes en fin de volume, c’est que l’Europe était quasiment inconnue d’Hérodote, en dehors de quelques colonies, comme le montre cette remarque, faite après avoir détaillé la Libye (= Afrique) et l’Asie : « Pour l’Europe, on ne sait si elle est entourée par la mer, ni d’où lui vient son nom, ni qui le lui a donné, à moins d’admettre qu’elle ait pris celui de la Tyrienne Europe » (IV, 45). Un autre sujet d’étonnement est que ces guerres vieilles de 25 siècles restent liées à notre époque par le fil de l’histoire : les échanges de population évoqués au terme de l’enquête n’évoquent-ils pas ceux décidés au Traité de Lausanne de 1923 entre Grecs et Turcs ? « les dirigeants du Péloponnèse proposaient de chasser de chez eux les peuples des cités maritimes grecques qui avaient embrassé le parti des Mèdes et d’installer à leur place les Ioniens » (IX, 106). En dehors de ceux-ci sont évoqués de nombreux exodes de cités chassées de chez elles.

Anecdotes, notations ethnologiques et légendes

Il est question de certains Scythes qui, à cause d’une malédiction « qui fait d’eux des femmes », seraient des « Énarées », efféminés (I, 105). Une note suppose qu’il doit s’agir de chamans, comme incite à le croire le don de divination qui leur est prêté en IV, 67, mais les successeurs d’Hérodote penchaient pour des eunuques ou impuissants. Hérodote signale parmi les alliés des Scythes, les « Agathyrses », qui « sont des hommes particulièrement efféminés [qui] […] pratiquent la communauté des femmes, pour être tous frères, et ignorent, grâce à ce lien, la jalousie et la haine » (IV, 104). En IV, 75, toujours à propos des Scythes, Hérodote évoque l’usage du chanvre avec une naïveté amusante : « Ce bain de vapeur fait pousser aux Scythes des hurlements de joie ».
« Lorsque deux Perses se croisent en chemin, voici par quoi l’on peut reconnaître qu’ils sont de même rang : au lieu de prononcer des formules de politesse, ils s’embrassent sur la bouche ; si l’un d’eux est d’un rang quelque peu inférieur, ils s’embrassent sur les joues ; si l’un d’eux est de naissance très inférieure, il se met à genoux et se prosterne devant l’autre » (I, 134). « Les Perses sont le peuple le plus ouvert aux coutumes étrangères. En particulier, ils ont jugé le costume des Mèdes plus beau que le leur et l’ont adopté, ainsi que la cuirasse des Égyptiens pour la guerre. Ils cultivent tous les genres de plaisirs dont ils entendent parler ; c’est ainsi qu’ils ont appris des Grecs l’amour des garçons. Ils ont chacun plusieurs épouses légitimes et achètent des concubines en plus grand nombre encore. » (I, 135). Crésus trouve ce subterfuge pour convaincre Cyrus de ne pas massacrer les Lydiens : « pardonne aux Lydiens et, pour éviter toute révolte et toute inquiétude de ce côté, prends ces mesures-ci : fais-leur défendre de posséder des armes de guerre, ordonne-leur de porter des tuniques sous leurs manteaux, de chausser des bottines, prescris-leur d’apprendre à leurs fils à jouer de la cithare et des autres instruments à cordes, à faire du commerce. Tu les verras bientôt, seigneur, d’hommes devenus femmes, et tu n’auras plus à craindre de révolte » (I, 155). Il est répété maintes fois que la plus grande insulte de l’époque, est… de traiter un homme de femme ! Comme quoi deux mille cinq cents ans de civilisation ne changent pas tout ! Lors de la défaite Perse de Salamine, comme Artémise Ire seule s’en sort honorablement, Xerxès s’écrie « Je vois que les hommes sont aujourd’hui devenus des femmes, et les femmes, des hommes » (VIII, 88).
Hérodote note qu’en Égypte, les fêtes de Dionysos se déroulent presque comme en Grèce : « mais, au lieu de phallus, ils ont imaginé de faire des statuettes d’une coudée environ, mues par des fils, que les femmes promènent par les villages en faisant mouvoir le membre viril, qui n’est pas beaucoup moins grand que le reste du corps. Un joueur de flûte ouvre la marche, les femmes suivent en chantant des hymnes à Dionysos. Pourquoi ce membre viril démesurément grand ? Pourquoi est-ce la seule partie du corps qu’on fasse remuer ? Il y a sur ce sujet un texte sacré » (II, 48).
« Tous les Indiens dont j’ai parlé s’accouplent en public comme les bêtes, et ils ont tous la peau de la même couleur, assez semblables à celle des Éthiopiens. La semence de l’homme n’est pas blanche chez eux comme chez les autres peuples, mais noire comme leur teint ; il en est d’ailleurs de même pour les Éthiopiens » (III, 101).
L’accusation d’être une femme est fréquente, et c’était la pire insulte paraît-il, chez les Grecs comme chez les Perses. Hérodote reprend cela à son compte quand il dit à propos d’un certain Télinès : « Une chose m’étonne encore dans cette histoire, c’est que Télinès soit l’auteur d’un tel exploit ; car les actes de ce genre ne sont pas à la portée du premier venu : il y faut une âme généreuse et un corps viril, tandis qu’en Sicile les gens parlent de lui comme d’un homme efféminé, sans beaucoup d’énergie » (VII, 153).

Comment réussir un bon scalp

Hérodote vous a un côté scientifique insensible, comme en témoigne cette fiche pratique — digne de Maïté — sur la confection d’un scalp, qu’on aimerait bien expérimenter avec son inspecteur, son chef d’établissement ou ses élèves (ou profs !) récalcitrants ! « Pour la guerre, voici les usages qu’ils observent : tout Scythe qui tue pour la première fois boit du sang de sa victime ; aux ennemis qu’il abat dans une bataille, il coupe la tête qu’il présente au roi : s’il présente une tête, il a sa part du butin conquis ; sinon il ne reçoit rien. Voici comment on scalpe une tête : on fait une incision circulaire en contournant les oreilles, puis d’une brusque secousse on détache la peau du crâne ; on la racle à l’aide d’une côte de bœuf, on l’assouplit en la maniant, après quoi on s’en sert comme d’une serviette et on l’accroche à la bride de son cheval, avec fierté, car qui en possède le plus grand nombre passe pour le plus vaillant. Beaucoup s’en font même des manteaux en les cousant ensemble, à la manière des casaques des bergers. Beaucoup aussi prélèvent sur les cadavres de leurs adversaires la peau de la main droite avec les ongles, pour en faire des couvercles de carquois ; la peau humaine est assurément épaisse et lustrée, supérieure peut-être à toutes les autres en blancheur et en éclat. Beaucoup écorchent même des hommes tout entiers et tendent les peaux sur des cadres de bois qu’ils juchent sur leurs chevaux pour les exhiber à la ronde » (IV, 64). Bon appétit !

Petits meurtres et mutilations entre amis

Dans le même genre, toujours chez les Scythes, vous avez les funérailles royales, pour lesquelles on étrangle et on empaille 50 serviteurs et 50 chevaux pour faire de la déco funéraire ! (IV, 71). Plus classique, la castration : « Sitôt maîtres de ces villes, [les Perses] choisirent les jeunes garçons [ioniens] les plus beaux qu’ils firent châtrer et réduisirent à l’état d’eunuques, et ils enlevèrent les filles les plus belles pour les envoyer au roi » (VI, 32). Les eunuques étaient parfois bien traités, mais cela ne veut pas dire qu’ils appréciaient leur mutilation. Voir l’histoire d’Hermotime, eunuque favori de Xerxès (Quand il parle de favori, Hérodote n’insinue jamais de faveur amoureuse explicitement, contrairement à Quinte-Curce), qui se venge sur le marchand qui l’a castré : « on amena les enfants de Panionios qui fut contraint de mutiler lui-même ses propres fils, au nombre de quatre ; sous la contrainte il dut s’y résoudre, et quand il l’eut fait, ses fils à leur tour furent obligés de le mutiler lui aussi » (VIII, 106). Sur le chemin de la Grèce, Xerxès, ulcéré par la requête d’un Lydien qui demandait qu’on dispense ses fils de la guerre, « donna l’ordre aux gens chargés de cette besogne de trouver le fils aîné de Pythios, de le couper en deux, puis d’exposer les deux moitiés du cadavre, l’une à droite, l’autre à gauche de la route, et de faire passer l’armée par cet endroit » (VII, 39) Bucolique ! Pris d’hybris, ledit Xerxès ne tient aucun compte d’un prodige étonnant : « une mule avait mis bas un mulet qui avait les organes génitaux du mâle et de la femelle à la fois, — l’organe mâle placé au-dessus de l’autre » (VII, 57). Plus loin, il trouve risible que des Spartiates, en faible nombre, soient tranquilles avant le combat, et se peignent la chevelure (VII, 208). Il n’est pas forcément recommandable d’être beau, car cela semblait une manie de l’époque de sacrifier les beaux gosses : « Les vainqueurs prirent alors le plus beau des hommes qu’il portait et l’égorgèrent à la proue du vaisseau ; ils jugeaient de bon augure que le premier Grec tombé entre leurs mains fût si beau » (VII, 180). Parmi les rarissimes allusions à des coutumes homosexuelles, Hérodote rapporte l’agacement des Athéniens face aux Lacédémoniens qui refusent de les aider à combattre Mardonios, parce qu’ils s’adonnent aux « fêtes en l’honneur d’Hyacinthos, et les devoirs de la religion priment chez eux tous les autres » (IX, 7). Or chacun sait, et une note de cette édition de 1964 le rappelle, que Hyacinthos fut « aimé d’Apollon » (Voir cet article). Que doit-on penser de cette affirmation apparemment neutre : « Callicrate [qui mourut à Platées] était l’homme le plus beau qui eût rejoint l’armée, le plus beau des Grecs de son temps, non seulement des Lacédémoniens, mais de tout le monde grec » (IX, 72). Pour en terminer avec Xerxès, son hybris clôt symboliquement le livre : il tombe amoureux de la femme de son frère Masistès, puis arrange le mariage de son fils avec la fille de Masistès, mais voilà qu’« il s’éprit de sa bru, la fille de Masistès, qui lui céda » (IX, 108). Cela se termine fort mal à cause de la cruauté d’Amestris, la femme de Xerxès, qui obtient de lui un don qu’il ne peut lui refuser, et ce don consiste à lui livrer la femme de Masistès, qu’elle torture : « elle lui fit trancher les seins qui furent jetés aux chiens, couper le nez, les oreilles, les lèvres et la langue, et la renvoie chez elle ainsi mutilée » (IX, 112).

Les femmes pour Hérodote : toutes des prostituées !

Si Hérodote n’est guère disert sur les amours de ses personnages, il n’est pas toujours tendre avec les femmes, même s’il ne fait que rapporter des propos et des traditions. Disons que c’est le monde antique qui était ainsi. Voici par exemple ce qu’il dit des rapts, prétextes de guerres (au tout début du livre I, il remonte rapidement aux légendes très anciennes, avant d’en venir à Crésus, qui le mène à Cyrus) : « Enlever des femmes, c’est, pensent les Perses, une injustice, mais vouloir à tout prix tirer vengeance de pareils enlèvements est une sottise, la sagesse est de n’accorder aucune importance aux femmes enlevées : car il est bien clair qu’elles ne l’auraient pas été si elles n’avaient pas voulu l’être » (I, 4). Où l’on voit que l’argument favori des machos n’est pas nouveau ! Dans le même livre, on apprend que « En Lydie toutes les filles se prostituent pour gagner leur dot, et ce jusqu’au jour où elles trouvent un mari ; elles choisissent d’ailleurs elles-mêmes leur mari » (I, 93). S’il fait cette réflexion, ce n’est pas que la chose le choque, mais pour expliquer que la part des courtisanes ait été la plus importante dans la construction d’un temple. « la plus honteuse des lois de Babylone est celle qui oblige toutes les femmes du pays à se rendre une fois dans leur vie au temple d’Aphrodite pour s’y livrer à un inconnu. Beaucoup d’entre elles, fières de leurs richesses, refusent de se mêler aux autres femmes et se font conduire au temple dans des voitures couvertes où elles demeurent avec de nombreux serviteurs autour d’elles. Mais en général cela se passe ainsi : les femmes sont assises dans l’enceinte sacrée d’Aphrodite, la tête ceinte d’une corde, toujours nombreuses, car si les unes se retirent, il en vient d’autres. Des allées tracées en tous sens par des cordes tendues permettent aux visiteurs de circuler au milieu d’elles et de faire leur choix. La femme qui s’est assise en ce lieu ne peut retourner chez elle avant qu’un des passants n’ait jeté quelque argent sur ses genoux, pour avoir commerce avec elle en dehors du temple. […] Quelle que soit la somme offerte, la femme ne refuse jamais : elle n’en a pas le droit, et cet argent est sacré. Elle suit le premier qui lui jette de l’argent et ne peut repousser personne. Mais, ceci fait, libérée de son devoir envers la déesse, elle retourne chez elle et, par la suite, on ne saurait lui offrir assez d’argent pour la séduire. Celles qui sont belles et bien faites sont vite de retour chez elles, les laides attendent longtemps sans pouvoir satisfaire à la loi ; certaines restent dans le temple pendant trois ou quatre ans » (I, 199). Voir Œdipe à Corinthe, où Joann Sfar a repris ce thème.
Chez les Gindames, toujours peuple de Libye, « Les femmes portent aux chevilles un grand nombre d’anneaux de cuir qui ont, dit-on un sens particulier : chacun représente un homme auquel la femme s’est unie. Celle qui en a le plus est la plus estimable à leurs yeux, puisque, disent-ils, elle s’est fait aimer du plus grand nombre d’hommes » (IV, 176). Chez les Auses, « les femmes sont communes à tous ; ils ne se marient pas, ils s’accouplent à la manière des bêtes. Lorsqu’une femme met au monde un enfant viable, les hommes se rassemblent deux mois après, et celui à qui l’enfant ressemble est reconnu pour son père » (IV, 180). Il n’en va pas de même en Macédoine, où des envoyés Perses de Darius furent égorgés sur une idée d’Alexandre, fils du roi Amyntas. Ceux-là s’étant mis à peloter les Macédoniennes, Alexandre fit travestir des jeunes gens, « et lorsque les Perses voulurent les caresser, ceux-ci les égorgèrent » (V, 20).

ou alors des objets !

Lors de la révolte de Babylone contre les Perses, « [Les Babyloniens] mirent à part leurs mères et, en outre, chacun put garder une femme de sa maison, une seule, à son choix ; on rassembla toutes les autres et on les étrangla : chacun gardait une femme pour lui préparer sa nourriture et on étrangla les autres pour économiser les vivres. » (III, 150) : de la valeur du pronom « on » en français !
En Égypte, Les hommes portent des fardeaux sur leur tête, les femmes sur leurs épaules. Pour uriner les femmes restent debout, les hommes s’accroupissent » (II, 35). À propos d’urine, une légende macho : « le roi, dit-on, dans une crise de fol orgueil, prit un javelot qu’il lança dans les tourbillons du fleuve : ses yeux furent aussitôt frappés, et il perdit la vue. Il fut aveugle dix ans ; la onzième année, un oracle lui vint de Bouto : le terme de son châtiment approchait, il retrouverait la vue en se lavant les yeux avec l’urine d’une femme qui n’aurait jamais connu d’autre homme que son mari. Le roi, dit-on, mit d’abord à l’épreuve sa propre femme, puis, comme il n’y voyait pas davantage, bien d’autres femmes tour à tour. Guéri enfin, il réunit toutes les femmes mises à l’épreuve, — sauf celle dont l’urine lui avait rendu la vue […] après quoi, il les fit toutes brûler avec la ville » (II, 111).
Chéops aurait « plac[é] sa propre fille dans un lieu de débauche » pour financer la construction de sa pyramide (II, 126).
On apprend en III, 31 comment Cambyse, fils de Cyrus, épousa deux de ses sœurs, en s’arrangeant des coutumes Perses qui ne le permettaient pas.
Chez certains habitants de la Libye antique, les Adyrmachides, « sont aussi les seuls à présenter à leur roi les filles qui vont se marier ; celles qui lui plaisent, il en jouit le premier » (IV, 168). Voilà qui rappelle Gilgamesh.

Mais certaines s’en sortent en se montrant les égales des hommes

Les Amazones ont droit à une légende valorisante, qui tranche avec les propos habituels sur les femmes. Les Scythes leur envoient des jeunes gens pour obtenir des enfants d’elles, mais celles-ci s’arrangent pour persuader les jeunes gens d’abandonner leur pays et leurs pères pour vivre avec elles. Ensemble, ils créent un peuple, les Sauromates, chez qui « une fille ne se marie pas avant d’avoir tué un ennemi » (IV, 117).
Voici la frise de je ne sais plus quel temple grec exposée au British museum de Londres, illustrant le combat sans pitié entre guerriers mâles et Amazones.
Frise d'un temple grec, British museum
« [Les Thraces] pratiquent la polygamie ; à la mort d’un homme une violente contestation s’engage entre ses femmes, sous le contrôle attentif de ses amis, pour décider de son épouse préférée. La femme qui sort victorieuse de cette compétition reçoit tous les éloges des hommes et des femmes, puis son plus proche parent l’égorge sur la tombe de son mari, et on l’ensevelit à ses côtés. Les autres épouses du mort sont vivement affligées de survivre : c’est pour elles le plus grand des opprobres » (V, 5). Voilà qui nous rappelle le chapitre XI de Zadig de Voltaire, ou la tradition de l’immolation des veuves évoquée dans Sang et volupté à Bali, de Vicki Baum.
Au détour d’une anecdote sur Démarate, roi de Sparte qu’on accuse d’être un bâtard, on apprend que « les femmes accouchent aussi bien au neuvième mois ou au septième, toutes ne vont pas jusqu’au dixième » (VI, 69). Une note de cette édition (n°2 p. 432) nous apprend que d’après Hippocrate, les jurisconsultes latins auraient fixé la « durée légale de la grossesse » de 180 à 300 jours !
Certaines anecdotes montrent des femmes violentes : Après la défaite de Xerxès, un certain Lycidas ayant été jugé traître, « les femmes des Athéniens, en apprenant la chose, s’excitèrent et s’entraînèrent mutuellement, pour enfin courir d’elles-mêmes au logis de Lycidas où elles lapidèrent et sa femme, et ses enfants » (IX, 5).

Pardon pour cet article long et confus ; qu’il vous donne envie de glisser Hérodote dans votre valise, et bon voyage !

- La photo de vignette est celle su fameux buste double d’Hérodote et Thucydide du musée archéologique de Naples. Elle provient de Wikipédia.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Traduction française de Pierre-Henri Larcher (1850), sur le site de Philippe Remacle


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