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La Grèce antique brut de décoffrage, pour lycéens et adultes.

Socrate le demi-chien, de Joann Sfar et Christophe Blain

Dargaud, Poisson Pilote, à partir de 2002, 48 p., 10,95 € le volume

dimanche 20 février 2011, par Lionel Labosse

Dans la lignée de sa version iconoclaste du Banquet de Platon, Joann Sfar revisite le mythe d’Héraclès, qu’il croise avec Ulysse puis avec Œdipe. Le chien philosophe Socrate mâtine le récit de son commentaire de narrateur. Les questions de l’amour, de l’érotisme, et la bisexualité sont au cœur du questionnement, ainsi que l’éducation, sujet du tome 3. La sexualité du demi-dieu est libre et sauvage, bien qu’il soit, en paroles plus qu’en actes, réticent sur l’amour entre hommes, qui semble son seul tabou avec l’inceste, alors que tuer hommes ou femmes lui est aussi naturel que de manger. Il lui arrive même de manger de la chair humaine. Cette liberté sexuelle sent un peu le soufre évidemment, et je vous conseille de jeter un coup d’œil à l’œuvre avant de la confier aux innocentes mains de vos lycéens ! Lire l’histoire d’Œdipe dans un dictionnaire est une chose, mais visualiser ledit Œdipe prenant son père par-derrière en est une autre !

Héraclès

Le tome 1 fonctionne comme une introduction. Il n’y a pas de narration, seulement un portrait du maître Héraclès, de ses maîtresses et du chien, agrémenté de réflexions philosophiques. Le chien parleur (et narrateur de ses propres aventures) avoue être meilleur pour la philosophie que pour les récits épiques. La philosophie porte surtout sur la différence entre homme et animal (« chez les chiens on fait ça comme on veut quand on veut » : en l’occurrence, Héraclès ne s’embarrassera pas vraiment de convenances dans les épisodes suivants !), les rapports entre homme et femme ; le plaisir d’être dominé commun au chien et à la femme, etc. On trouve même la fameuse citation de Solon à Crésus : « Ne dites pas qu’un homme est heureux avant le jour de sa mort », quelque peu déplacée dans ce contexte. Héraclès demande à Socrate d’espionner les trois femmes qui semblent partager son existence (après que Socrate l’eut aidé à les séduire en jouant le gentil chien). Socrate brode un peu pour lui faire plaisir en imaginant qu’elles se sont massées, puis « se sont livrées à des rites saphiques ». Au terme de cette présentation statique, le second épisode est annoncé.

Ulysse

Le tome 2 lance une boule dans le jeu de quilles de la légende d’Ulysse. Socrate conduit son maître, « parce qu’il est épuisant avec sa bite », à Ithaque, pour trouver auprès d’Ulysse et Pénélope une recette pour fonder un foyer stable. Il demande la direction du palais à un homme encapuchonné sur le port, qui lui répond « derrière moi ». Héraclès s’entretient avec Pénélope, qui lui apprend qu’Ulysse vient de partir. Ils ne tardent pas à copuler, mais Télémaque les surprend, et Héraclès le trucide. Socrate et son maître embarquent sur le premier bateau de pêcheurs venu, en compagnie de l’homme encapuchonné. Celui-ci se révèle être Ulysse. Une tempête les jette à l’eau ; ils investissent un navire de pirate et les tuent. La faim les tiraille, et ils en viennent à dévorer les pirates. Ils débarquent à Corinthe et sans perdre de temps se rendent au temple où de jeunes femmes nues attendent qu’un étranger les enlève. Ulysse « a très bien baisé » une femme, mais refuse de l’emmener. Héraclès égorge la sienne, et le chien enlève une femme laide. De retour sur le bateau, au bout de quelques jours, Héraclès lorgne la femme du chien, tandis qu’Ulysse lorgne Héraclès. Il se met à le sucer une nuit, croyant n’être vu de personne, mais le chien veille. Héraclès fait semblant de rien, et laisse faire. Le jour venu, il nie tout ce qui est arrivé et refuse les actes de tendresse d’Ulysse : « Si tu me traites de pédé, ça va aller très mal ». Ils tuent et mangent la femme, sous prétexte qu’elle a entendu leur discussion. Socrate – qui a aussi entendu – est alors abandonné sur une île, et fait la rencontre d’Homère qui n’est autre que… le cyclope aveuglé par Ulysse !

Œdipe à Corinthe

Le tome 3 revisite le mythe d’Œdipe depuis sa naissance. Le soldat chargé d’éliminer le bambin se tape les nourrices successives du gosse sur le chemin, et tombe sur le demi-chien Socrate, qui se met en tête de sauver Œdipe, malgré les avertissements de Zeus. Arrivé à Corinthe, il conseille le roi sur la meilleure éducation à donner à l’enfant pour éviter la réalisation de la prophétie. Il imagine de le confier aux jeunes femmes du temple, qui lui feraient découvrir l’amour à l’adolescence, sans aucun interdit, de façon à supprimer envie sexuelle et besoin de violence. Cela ne va pas sans heurter la reine, qui tient à garder l’enfant près d’elle. Bref, Socrate enlève l’enfant, et force une jeune prêtresse à s’occuper de lui [1]. Mais il retrouve son maître Héraclès, qui se tape la femme d’un meunier. Hélas, celui-ci est réveillé par Socrate, et Héraclès, fidèle à ses habitudes, le trucide. Héraclès a une façon simple de supprimer les problèmes de communication entre mari et femme, en tuant la femme, ce qu’il conseille au roi de Corinthe. Sa conception de l’éducation, qu’il fait subir à Œdipe, est également rudimentaire : « baiser sa mère, c’est aussi grave que d’être pédé », et il l’interdit à son fils adoptif, qui évidemment s’empresse de désobéir (sur le point n°1), d’autant plus que ladite mère ne l’est que par adoption, et que sa nature chaudasse prend le dessus ! Bref, on retrouve dans cet album les conceptions de Joann Sfar sur la Grèce antique et l’éducation sexuelle déjà exprimées dans sa version du Banquet de Platon.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Article de Wikipédia sur Christophe Blain


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[1Les prêtresses prostituées obligées de se livrer au premier homme qui veut d’elles, est un thème qu’on trouve dans Hérodote.