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Un classique de l’érotisme réuni en un volume, pour adultes avertis

Mona Street, de Leone Frollo

Delcourt, coll. Erotix, 1988/2011, 176 p., 22,5 €

dimanche 5 février 2012, par Lionel Labosse

Leone Frollo est né en 1931 ; il a connu, comme tous les dessinateurs de sa génération, les affres de la censure, et a publié ses bandes dessinées dans des conditions peu valorisantes. D’où l’intérêt de cette réédition de la série Mona Street, dernière bande dessinée de l’auteur avant qu’il ne se lance dans les illustrations érotiques. Mona Street avait été publié en trois volumes entre 1988 et 1995. Ce volume est constitué de 15 histoires, traduites de l’italien par Bernard Joubert. Est-il besoin de préciser que ce livre, tout comme Histoire d’O, de Guido Crepax n’a pas vraiment sa place – en l’état actuel des choses – dans un CDI de lycée. On le placera tout en haut de la bibliothèque familiale, et prenant l’air sérieux du parent sévère, on interdira strictement à ses enfants d’y toucher, de façon à ce qu’ils ne bénéficient pas de cette éducation sexuelle de contrebande ! Cet article a pour objet de prolonger la connaissance de l’histoire de l’altersexualité en bande dessinée. Félicitons les éditions Delcourt de rééditer ces chefs-d’œuvre.

Mona Street est une jeune femme délurée fraîche émoulue d’un pensionnat de Boston, qui rejoint sa ravissante tante Beth, laquelle la croit une oie blanche. Mona joue de cette réputation pour réaliser tous ses fantasmes l’air de rien, en manipulant ceux qui passent à sa portée, ou en se vengeant si elle s’aperçoit qu’on a voulu la manipuler. Les histoires n’ont pas de lien entre elles, et ne sont que prétextes à montrer surtout des femmes, mais également quelques messieurs, dans un appareil fétichiste de fanfreluches luxueuses et luxurieuses typiques des années folles (mais parfois aussi on retrouve le look garçonne). Le fantasme lesbien est exploité jusqu’à épuisement des sens, en abusant du moindre prétexte, car l’héroïne se prétend plutôt attirée par les garçons, mais ne crachant pas sur les jolies filles, le but étant d’exciter le lecteur (et de satisfaire les préférences du dessinateur). Mais cela sans la moindre vulgarité, et sans homophobie aucune. Quand elle croit jouer un bon tour à une fille qu’elle croit uniquement lesbienne, Mona se surprend à constater que celle-ci n’a rien contre le mâle. Dans ces histoires, on la voit tricher aux cartes pour subir un gage et affrioler des jeunes gens ; trembler d’être reconnue jouant dans un film porno qu’on lui projette, croyant la choquer ; exciter de vieux voyeurs qu’elle sait la regarder dans une cabine d’essayage pourvue d’une glace sans tain, etc.
En fait de pensionnat, Mona aurait parcouru l’Europe et l’Orient en compagnie d’une Lady, initiatrice plus âgée, qui lui donna l’occasion de découvrir l’univers des maisons closes. C’est lors d’un émoi masturbatoire à la lecture… du philosophe Fichte (clin d’œil au lecteur qui s’intéresse, lui, à la haute philosophie de l’histoire de Mona !), que Mona repense par association d’idées au fameux pensionnat, un repère de lesbiennes qui rivalisaient pour plaire à la directrice, amatrice de corrections corporelles que Mona eut tôt fait de retourner à sa guise. Une histoire montre un jeune élégant vampé par trois donzelles, qui l’utilisent comme un objet. L’histoire la plus élaborée se passe à Venise où une amie de Mona est enlevée par un gang d’aristocrates lubriques, dont son mari fait partie, alors qu’il feint d’être dans tous ses états, et se tape la bonne en attendant le retour de sa femme. Mona saura libérer ces dames, grâce à ses amis gondoliers, dont malheureusement l’auteur nous fait apprécier les charmes avec une parcimonie inversement proportionnelle à sa générosité dans la peinture de la morphologie féminine la plus intime. Les amateurs de bas de soie, de jarretelles, d’amours ancillaires, de poires à lavement, de corsets, de fouets, de grosses poitrines et de « jolis popotins » (je cite !) seront comblés ! Et puis Leone Frollo est un dessinateur d’un si grand talent qu’on se surprend à admirer ses dessins quand ses modèles ne nous arracheraient pas un regard !

- Dans la même collection, voir d’autres grands classiques de l’érotisme : Histoire d’O, de Guido Crepax d’après Pauline Réage, et Gwendoline, de John Willie. De Leone Frollo, voir aussi Casino, pour lecteurs encore plus avertis !

Lionel Labosse


Voir en ligne : Un article érudit de JL parker033 sur Leone Frollo


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