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Couples frères, âmes sœurs, à partir de la 4e

Jonas, série Alter Ego, de Pierre-Paul Renders, Denis Lapière, Emil Zuga, Luca Erbetta

Dupuis, 2011, 64 p., 12 €

samedi 13 juillet 2013, par Lionel Labosse

Jonas fait partie d’une série de sept albums conçus comme un ensemble non-chronologique, un peu à la façon de Quintett. Il s’agit d’après le site de la série, d’une « première saison », qui sera suivie d’une seconde à paraître en 2013… Le titre et le thème sont Alter Ego. L’intérêt pour notre site de cet album extrait de la série est dans le couple de frères Jonas et Jason, le premier homo, l’autre hétéro. Un personnage homo dans une série de BD d’aventures, voilà qui est rare. Loin d’être une concession à la mode, ce personnage permet de présenter une vision originale de la condition d’homo.

Résumé

Est-il utile de résumer ? Cela commence par une mission périlleuse et meurtrière dans un pays musulman, auprès du chef d’un groupe terroriste. On comprend d’emblée qu’on n’a pas affaire à des enfants de chœur, mais à un réseau de justiciers prêts à tuer pour sauver. De fait, on a du mal à tout comprendre à la lecture d’un seul album, mais on entrevoit qu’il y a un ver de mal dans le fruit de ce groupe de justiciers. Ce n’est pas ça qui nous intéresse, mais le couple fraternel de Jonas et Jason, liés à la fois par leur gémellité, par leur vie commune et par des pouvoirs paranormaux (don de « triangulation » (p. 19) entre autres) qui leur permettent au prix de migraines de percevoir des révélations décisives.

La famille

Cet ouvrage est lui-même le fruit d’une sorte de contrat universel qui unit bien plus du couple traditionnel dessinateur / scénariste. La couverture présente quatre noms, mais l’intérieur en détaille davantage. Le scénario est crédité à Pierre-Paul Renders (dont le cursus universitaire ne nous étonne pas), créateur de la série, et Denis Lapière ; le dessin des personnages à Emil Zuga ; Luca Erbetta est chargé du dessin des décors avec Benjamin Benéteau, et on nous présente en outre trois autres personnes qui ont participé à l’œuvre ! Par une sorte de mise en abyme, l’organisation (Winguard) pas vraiment philanthropique qui réunit les personnages de la série est présentée comme une « famille » élargie, avec une certaine Suzanne, sorte de mère de substitution avec laquelle Jonas, le « chouchou » devrait « couper le cordon » selon Jason. Cette famille, malgré les petits crimes entre amis qui tempèrent l’idylle, est plutôt valorisée, tandis que la famille stricte ne l’est guère.

Le couple

Jason est séparée de la mère de son petit garçon, Tim, qu’ils se partagent en « garde alternée », ce qui convient difficilement si l’on songe aux absences non seulement fréquentes des deux frères (qui doivent se déplacer ensemble pour bénéficier de leur don paranormal) mais totalement imprévisibles. Je serais juge en l’occurrence, j’accorderais la garde à la mère ! (cela soit dit pour les crétins qui vous traitent de « masculiniste » en confondant ce mot avec « d’extrême droite » parce que tout en étant très féministe, on exerce un regard critique sur certains excès du féminisme en vogue !).
Garde alternée ?
Sur cette page 17, étonnante dans une série d’aventures, il est non seulement question de « garde alternée », mais Jonas s’exclame « Un hétéro et un homo. Il est là le vrai couple parental équilibré » ! Et on se demande si c’est du lard ou du cochon ! Si Jason ne s’occupe pas de filles, Jonas est un mateur de mecs invétéré (pour le plus grand plaisir du graphiataire complice qui sommeille en nous quand le graphiateur nous fait un clin d’œil) qui profite des temps morts dans les missions pour draguer tout ce qui bouge. Un « demi-dieu » sur un marché en Zambie, un joli « Walid » au Liban. Son frère lui reproche qu’il « chasse le minet dans les bars ou sur le net » (p. 28). Effectivement, on voit Jonas dans un tel bar (p. 58). Mais le vrai couple, comme le suggère cette case de la p. 17, n’est-il pas ce couple de frères réunis par la télépathie ? Ce duo repose comme tout couple sur un fonctionnement alterné d’empathie et d’embrouilles, cette part d’ombre que chacun cache à l’autre, cet amour mâtiné de haine et de volonté de détruire l’autre. Quand ils se retrouvent en cellule au Liban, trois bandes en disent plus par le dessin que par le texte, les présentant à la fois unis et irrémédiablement divisés, dans deux cellules et deux cases de la BD.
Chacun sa cellule !
Le dessin alterne deux cases séparées sur une ligne, chaque garçon dans sa cellule regardant vers l’extérieur de la page, puis deux cases s’étalant sur toute la largeur, où les deux frères sont séparés non par le blanc des cases mais par le jaune ou le noir des murs. Belle allégorie de l’incommunicabilité dans le couple, non ?

Suzanne suggère un complément qui doit figurer dans un des autres albums de la série, que nous avons hâte de découvrir : « La connexion entre âmes sœurs implique manifestement plus que l’énergie vitale. Il y a autre chose » (p. 53). Certes !

En conclusion, cet album va bien au-delà du « gay de service », et parle à l’imagination y compris sur la question de l’amour. Elle figurera très bien dans les C.D.I. des lycées et collèges.

- Cet ouvrage (le tome Jonas) bénéficie du label « Isidor ».
Label Isidor HomoEdu

Park

Publié en 2011, Park permet d’en savoir plus. Jason y intervient à sa façon contradictoire. D’abord, il enlève Park, un pêcheur coréen, jeune père de famille. Park est déporté sur une île paradisiaque, en compagnie d’autres déportés, notamment de jeunes femmes avec qui il fait l’amour avec insouciance. On leur fait boire un cocktail qui efface leurs souvenirs. Park cependant a des réminiscences, et tente de s’évader. Il est aidé par Fouad, qui est intercepté par Jason et un autre acolyte, mais Jason vire sa cuti, et aide Fouad à rentrer chez lui, ce qui s’avère difficile, puisqu’il a reçu une sorte de marqueur permettant de l’identifier, et de le retrouver en quelques secondes, à moins de porter un bracelet de brouillage. À noter que pour cet album, les quatre personnes créditées en couverture sont Renders, Lapière, Reynès et Benéteau, même équipe que pour Fouad, Camille et Ultimatum. L’organigramme de la série est un peu bouleversé, ce qui peut expliquer de légères différences au niveau de certains personnages. Par exemple on a du mal à reconnaître le Jason de cet album…

Fouad

Publié également en 2011, Fouad évoque le VIH. Il est crédité des quatre mêmes co-auteurs que le précédent et que Camille et Ultimatum. Une association caritative organise des vaccinations et des soins à grande échelle permettant à terme d’éradiquer le virus dans le monde entier. Les personnes traitées arborent fièrement un petit tatouage. Fouad, engagé comme aide-soignant, est témoin d’un mauvais traitement dispensé à une patiente, en Colombie. On fait croire à sa famille qu’elle est séropositive, on lui fait une injection sous prétexte d’examens complémentaires, puis elle se fait enlever par un groupe armé dans lequel on reconnaît, malgré le changement de dessinateur, Jason. Fouad rentre en Europe, et enquête grâce à des données subtilisées dans un ordinateur. Il travaille avec Suzanne et Miep, jeune fille spécialisée dans l’espionnage informatique. Ils mettent en évidence des connivences entre une société fabriquant des « micro-puces » et l’ONG de lutte contre le sida. Fouad se rend aux Bermudes là où ils parviennent à détecter le signal émis par la puce de cette patiente. C’est là qu’il aide Park, et l’on retrouve une même scène que dans l’opus précédent, sous un autre point de vue. Il parvient à s’enfuir, et tente de mettre fin au trafic par une action individuelle osée sur la personne de la présidente de l’ONG. Mais il s’attaque à trop fort pour un seul homme… Heureusement, Miep semble en mesure de poursuivre la lutte…

Darius

Publié également en 2011, Darius est crédité de l’équipe de base, Renders, Lapière, avec le retour de Luca Erbetta pour les décors, et l’arrivée de Efa pour les personnages. Cet opus insiste sur l’explication de la théorie des « âmes sœurs », que Suzanne Rochant préfère à Alter Ego. Au sein de la Winguard elle la joue perso, et recrute Darius, ancien flic déprimé par la mort de ses proches, pour veiller sur la vie de ses alter ego ou de ceux de sa fille Camille, laquelle fait son apparition à la fin de l’album. Les « méchants » ne sont pas présents dans ce numéro, centré sur le mode de vie très dangereux de Bram, l’alter ego qui occupe Darius à plein temps.

Noah

Publié également en 2011, Noah est crédité de la même équipe que Darius. On en apprend beaucoup plus, puisqu’on est introduit carrément à la Maison Blanche, où le président et sa famille sont les bénéficiaires de ces recherches sur les « alter ego », sans être au courant des détails semble-t-il. Noah, fils du président, est testé, et on lui trouve trois alter ego, dont une fille en Colombie. C’est Jonas qui trouve les détails en palpant Noah, et en usant de ses pouvoirs paranormaux. Noah déprime, et se plaint de devoir faire le tour du monde pour trouver ses trois alter ego, sous couvert de l’ONG anti-sida, et de se faire palper par « une tantouze paranormale aux mains baladeuses ». Cela place d’ailleurs cet opus en parallèle avec Jonas, car on y voit l’un des pontes de la société gérer l’affaire libanaise de Jonas et Jason. Il est vrai que les personnages sont censés prendre l’avion comme ils respirent, et Suzanne Rochant accourt du Pakistan, sans prendre le temps de se doucher, pour examiner Noah. Celui-ci se remet rapidement de sa dépression, et quand on lui fait visiter l’île paradisiaque des Bermudes où sont emprisonnés, pardon, hébergés, les alter ego, prend goût à leur fréquentation, surtout celle de ses alter ego féminines, et convainc son père, qui veut mettre fin à l’expérience, de lui en confier la responsabilité. Comme dans Fouad, on revit sous un troisième angle la scène de l’évasion de Park. Seul le lecteur de Jonas peut comprendre les raisons pour lesquelles il n’est pas disponible quand Noah exige à nouveau sa présence. C’est Jason qui, sans rien dire, prend sa place.

Camille

Publié également en 2011, Camille est crédité de la même équipe que Fouad et Park et Ultimatum. On a la suite de Jonas, avec l’enquête de Camille qui, suite au décès de sa mère Suzanne, découvre une partie du mystère (le récit des découvertes de Suzanne à propos des jumeaux télépathes qui mènent à la découverte des alter ego) et fait connaissance avec l’alter ego de sa mère et ses deux alter ego perso, dont Bram, la tête brûlée de Los Angeles. Cela nous permet de revoir la scène où Darius manque perdre la vie pour sauver Bram. Au passage, il y a une dispute entre Camille et sa mère au sujet de l’avortement que celle-là vient de subir. Elle ne voulait pas d’enfant sans père, ce que sa mère a pris comme un reproche, car Camille ignore tout de son père (eh oui, c’est comme ça chez les hétéros, mais bien sûr dans le monde parfait du mariage gay, aucun enfant à qui on cache l’existence de son père n’en souffrira jamais…). Avant d’expirer, Suzanne a juste le temps de dire : « Trouve l’ange… Ton da… da… », indice mystérieux qu’on se garde pour la soif. Est confirmé aussi le fait que le beau Jonas n’est pas tout à fait mort. Peut-être pour la saison 2 ?

Ultimatum

Publié en 2012, Ultimatum est crédité de la même équipe que Fouad, Camille et Park. Il s’agit de la conclusion de la saison 1, et on conseille sa lecture après les 6 autres, qui sont à lire dans n’importe quel ordre. Il s’agit d’une course contre la montre pour empêcher les révélations de Camille et Miep. Rien à dire de particulier sur cet album où le suspens est essentiel, et où la sexualité ne joue plus aucun rôle. En conclusion sur cette première saison, l’album Jonas nous semble une coudée au-dessus des autres, car pour tout dire le récit d’anticipation-espionnage pur jus qu’on trouve dans les autres albums nous laisse froid. Jonas semble le seul personnage qui permette de s’évader de ce cadre, en attendant la saison 2.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le site de la série


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