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Baleine, lesbienne et comté, pour les lycées

Un Salon blanc et vieil or, de Catherine Bourassin

La Cerisaie, Ceriselles, 2003, 145 p, 15 €.

lundi 30 avril 2007, par Lionel Labosse

Le deuxième roman de Catherine Bourassin affirme son goût pour la construction mathématique des intrigues, la guérison des blessures de l’enfance par la quête amoureuse, et le ton pince sans rire, le tout dans un style recherché.

Résumé

Lise Poppa, comme son ami Vincent, ancien objecteur, a une conscience disons de gauche (tendance caviar plus que comté), qui lui a fait renoncer à un poste dans un journal très à droite au motif qu’elle se refusait à argumenter contre le Pacs, sans savoir alors que son engagement auprès des homosexuels, comme celui de féministe excessive, n’était pas si fortuit. Ce récit, qui se passe sur un court laps de temps, est l’histoire d’un coming-out personnel (et professionnel par la force des choses ou par l’ironie du sort). Lise commence à rejoindre son ami Vincent dans le cercle politique, puisqu’elle devient comme lui l’assistante d’un ministre, chargée de le piloter en Franche-Comté pour sa campagne électorale. Elle se manifeste par une sensibilité exacerbée à deux dossiers pourtant peu franc-comtois, la protection des baleines et celle des phoques, ce qui donne lieu à des réparties cocasses où est pointé l’opportunisme politicien (p. 31, par exemple). Sa sensibilité aux baleines vient d’un épisode de son enfance où la vision d’une baleine échouée avait coïncidé avec un accident de voiture où son père (un mathématicien aussi célèbre qu’un joueur de foot) avait laissé l’usage de ses jambes. Le ministre précède l’héroïne dans la prescience de son attirance pour les femmes : « — Et vous, Lise, c’est les filles ou les garçons ? […] — Les baleines, monsieur le ministre, sans hésitation » (p. 38). Elle ne se doute pas à ce moment de l’alliance phonique qu’elle comprendra au terme de son auto-analyse, entre lesbienne et baleine (p. 92). Lise profite de son poste pour faire avancer des dossiers qui lui tiennent à cœur, comme celui d’une définition discriminatoire du Petit Robert (« lesbienne pédophile »). Mais un hasard, sur lequel elle s’interrogera, la pousse à consulter une voyante recommandée au ministre par le Président. Cette voyante la mettra sur la voie d’une femme censée changer sa vie, laquelle se trouve dans « un salon blanc et vieil or » (p. 58). Lise trouvera confirmation de la prédiction, en s’introduisant au culot dans ledit salon, usant sans vergogne de sa carte tricolore. Elle y trouvera un amour féminin, et son passé enfoui dans sa mémoire.

Mon avis

Un Salon blanc et vieil or confirme la bonne impression donnée par le précédent roman de Catherine Bourassin, Gais Matins. Un détail appréciable est la mise en valeur de régions souvent oubliées dans la littérature jeunesse, la Bourgogne et la Franche-Comté (voir aussi Rendez-vous sur le lac, de Cathy Ytak). On y retrouve également le goût pour les constructions mathématiques, le jeu de ping-pong entre le présent et le passé (la courbe suivie par cet opus serait du genre sinusoïde), et la guérison des blessures enfantines par l’amour. Le style est également recherché, mais souvent redondant, ce qui malheureusement me fait craindre l’échec si l’on propose ce texte en collège. Cela n’empêche ni une richesse symbolique, une lecture à double sens, ni un humour efficace et toujours pince sans rire, que de bons lecteurs lycéens apprécieront. On évoquera les mésaventures d’une meule de comté remise au ministre à l’attention du Président, dont il croira se débarrasser à bon compte, mais qu’il lui faudra remplacer, vu l’intransigeance de la règle républicaine : « L’usage veut que le Président ne remercie que de ce qu’il a goûté » (p. 50). Ou celles des « cocottes en fonte » offertes à un représentant d’un village malien jumelé, pour lesquelles le ministre devra garantir que celui-ci ne les utilisera « ni dans un but mercantile, ni à des fins militaires » (p. 104). Apparaît un motif qu’on retrouvera dans l’opus suivant : Délits secrets, celui de la machination supposée ou réelle d’un proche pour pousser une personne dans les bras d’une autre, en l’occurrence une personne qui n’assume pas son lesbianisme. Quant au motif de la baleine de l’enfance qui cache une lesbienne, est-ce un hommage à Paul Gadenne, auteur de la célèbre nouvelle intitulée Baleine (À la fin de laquelle Odile murmure : « Je voudrais être la baleine ») ? L’odeur de pourriture de la baleine, blanche dans le récit de Gadenne, étant reprise ici sur un mode humoristique par l’odeur du comté… mais c’est justement lors de l’épisode du comté que le ministre aura cette question révélatrice. L’auteure nous laisse habilement douter jusqu’au bout de l’implication du ministre dans le « hasard » de la consultation de la voyante.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site des éditions La Cerisaie


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