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Un style pétri d’humour grinçant et de pensées finement exprimées, pour les 3e.

L’Année de l’orientation, de Lionel Labosse

Éditions Publibook, 2003, 142 p., 16 €.

mardi 1er mai 2007, par Lionel Labosse

Benoit Anciaux, professeur de français et directeur de la revue Ado-Livres, nous a autorisés à reproduire sa critique de L’Année de l’orientation, parue dans le n° 10, de mars-avril 2003. Elle ne se présente donc pas comme nos critiques habituelles. Merci à lui !

L’Année de l’orientation

- Genre : roman épistolaire et psychologique
- Organisation du texte : 19 lettres échangées entre Julien et Karim
- Thèmes : homosexualité, drogue, racisme, philosophie, famille, violence, alcoolisme
- Cadre spatial : Vaujours (où la mère de Julien est installée tant qu’il vit avec elle) et Paris (où elle habite après son départ) ; Bordeaux (où Julien vit avec son père) ; Égypte (où il passe ses vacances avec son père et son compagnon)
- Cadre temporel : la première lettre est écrite le samedi 8 janvier 2000 et la dix-neuvième le 19 juin de la même année. Un certain nombre de flash-back permettent de remonter dans le passé des personnages (par exemple, le divorce des parents de Julien quand il avait huit ans).
- Héros : Julien
- Âge du héros : 15 ans (identification facile pour les adolescents)
- Personnages principaux : Karim (l’ami Algérien de Julien) ; la mère de Julien et Bernard (son compagnon) ; le père de Julien et Christophe (son compagnon) ; les parents de Karim ainsi que Khadija (sa sœur) et Bouzid (son frère) ; Elsa (une copine de lycée de Julien et Karim) ; Pascal (le garçon dont Karim a été amoureux) ; Déborah (la fille avec qui Julien voudrait sortir) et Julie (la fille qui est amoureuse de lui) ; Madame Paillard (la voisine de Karim qui le comprend mieux que ses parents)
- Voix narrative : double narration en « je » (lettres écrites en alternance par Julien et Karim)
- Cote d’amour : 10/10
- Pour aller plus loin en lecture individuelle : à ceux qui ont aimé L’année de l’orientation, nous conseillons la lecture de Frère de Ted Van Lieshout, un autre roman sur l’homosexualité (La Joie de Lire, « Récits »).
- Pour aller plus loin en classe : avec des classes du Lycée (troisième degré en Belgique), le roman de Lionel Labosse pourra être étudié comme œuvre philosophique. L’ensemble des réflexions que l’on y trouve sur les grands clichés de notre époque ainsi que les remises en question et les mises en perspective que l’auteur propose devraient servir de base à une réflexion sur le monde et ses modes de fonctionnement.

- Le résumé-apéritif
- Après avoir quitté Vaujours où il vivait avec sa mère pour habiter avec son père à Bordeaux, Julien décide d’entamer une correspondance avec Karim, son meilleur ami. Les deux adolescents de 15 ans qui se côtoient depuis longtemps sans avoir pris le temps de se parler vraiment vont petit à petit s’ouvrir leur cœur… Réflexions philosophiques, confidences intimes et désirs secrets vont se livrer au fil du temps…

Notre avis

En écrivant L’année de l’orientation, Lionel Labosse donne un excellent premier roman qui ne devrait laisser indifférents ni les spécialistes ni les amateurs : le moins que l’on puisse écrire, c’est que l’œuvre décoiffe et tord le cou à bon nombre d’idées reçues !
Labosse ose tenir sur les adolescents et les adultes des propos dérangeants mais ô combien véridiques ! Est-ce la meilleure manière d’être bien accueilli dans le monde de la littérature pour adolescents ? Rien n’est moins sûr mais mes lecteurs le savent : je suis de ceux qui pensent que les textes un peu sulfureux ont leur place dans les meilleures bibliothèques et peuvent aider les jeunes gens et les jeunes filles à grandir bien. Si L’année de l’orientation parle d’homosexualité chez les adolescents et les adultes, il n’est pas de ce point de vue, particulièrement novateur : d’autres textes, comme H.S. d’Isabelle Chaillou (Rageot) ou Frère de Ted Van Lieshout (La joie de lire) vont bien plus loin dans cette direction. Nous avons, par contre, été bien plus sensibles aux réflexions philosophico-existentielles de Julien et de Karim qui regardent les gens et le monde qui les entourent avec des yeux particulièrement ouverts. Ils ne se ménagent pas et ne font de cadeau à personne. En quête d’eux–mêmes, les deux narrateurs — qui correspondent par lettres tout au long du récit — mettent en évidence les travers et les ridicules de l’âme humaine dans un style particulièrement agréable à lire. Un style pétri d’humour grinçant et de pensées finement exprimées. Un style qui en ravira plus d’un…

À lire sa première œuvre, il nous apparaît donc évident que Lionel Labosse dispose de cette faculté propre aux grands écrivains : celle qui consiste à jeter sur le papier, en des mots et des phrases rares des idées que l’on possède en soi mais que l’on se sent malheureusement incapable de transmettre. Gageons que ce premier essai transformé sera suivi d’autres jets d’encre tout aussi emballants que L’année de l’orientation.

Le clin de cœur de Claude Raucy

La même revue Ado-Livres publiait en 2003 un article de l’écrivain Claude Raucy

« Dommage que tu ne sois pas un taureau ou un bébé phoque, on s’occuperait de toi. » Voilà le genre de propos que Julien tient à son ami Karim. Et c’est pour cela que j’ai aimé L’année de l’orientation. Karim lui-même ne sera jamais à court de formules : « Ça doit être ça, devenir adulte : finir par se voler soi-même le vélo rouge de son adolescence. » Et c’est pour cela que j’ai aimé L’année de l’orientation.
Pour cela et pour bien d’autres raisons. Par exemple, que l’enthousiasme de Lionel Labosse n’a pas la vigueur caillée des laitues flétries, pour reprendre une de ces expressions dont il a le secret. Un style enthousiaste donc, où l’on devine en filigrane un réel bonheur d’écrire. Ce n’est pas toujours vrai dans les livres destinés aux ados. L’écriture y est parfois laborieuse et tout entière soumise au sujet. Lionel Labosse écrit avec jubilation, avec une orchestration des mots sûre et convaincante. Une écriture enthousiaste, oui, c’est ce qui frappe de prime abord. Et un sens de l’humour qui fait du bien. (« Au revoir m’sieur dame », dit la prof de Julien pour saluer le père et son amant.)
Certes, la manière de traiter le sujet ne brille pas par son originalité : deux garçons s’écrivent pour retrouver leur amitié et partager idées et sentiments. Du convenu, donc, à première vue. Mais Julien n’est pas n’importe qui et Karim non plus. Ils vivent tous les deux dans des familles pas simples. Le père de Julien a quitté une femme qui lui préfère un gars médiocre pour un ami devenu un amant, avec qui Julien s’entend fort bien et qu’il a plaisir à nommer son beau-père ! Le voilà avec deux beaux-pères, donc, ce qui n’est pas rare à l’époque des divorces facilissimes, des unions qui ne cherchent plus à être légitimes et des pacs à toutes les sauces. Quant à Karim, son père arabe, il bouffe de l’étranger à en avoir une indigestion. Homme médiocre, influencé par des voyous vaguement coraniques, il entend bien jouer au chef suprême de la famille. Bref, pas simples, ces gens-là.
Pas simples non plus les profs et autres adultes que les garçons trouvent sur leur chemin. Tout est compliqué dans ce superbe roman de Lionel Labosse. Et tout est passionnant. Avoir du plaisir à lire, avoir même une sorte de jouissance qui grise et bouleverse, ce n’est pas si fréquent.
Je suis resté sur ma faim, à la dernière page de L’année de l’orientation. Non que le livre se termine mal ou que Labosse n’ait pas réussi à conclure. (Il n’y a pas à conclure, d’ailleurs, l’année de l’orientation – au sens scolaire du terme – se termine pour Karim, qui s’en fiche et s’inquiète davantage de son orientation sexuelle et des grandes orientations de sa vie. C’est un autre livre que nous offre l’auteur, mais un livre que nous devrons écrire seuls.) Simplement, on en redemande. On voudrait continuer à lire la belle correspondance de Karim et Julien. On ne veut pas les quitter. Voilà qui est bon signe, n’est-ce pas ? Seuls les vrais personnages des vrais romans attachent à ce point.
Ai-je bien dit quel est l’intérêt majeur du livre ? J’ai peur que non. Nouvelle tentative alors. Le livre de Lionel Labosse est écrit dans une langue juste, souvent surprenante. Les adultes y trouveront mille petits miroirs dans lesquels regarder les autres et s’examiner soi-même. Les ados… Eh bien, les ados adopteront Karim et Julien, c’est clair. Heureux souvent de se reconnaître. Irrités parfois de prises de position à l’emporte-pièce. Etonnés par des réflexions inattendues. Attentifs toujours, j’en suis sûr, à ce qui se passe dans l’esprit et le cœur de deux garçons fort semblables à eux.
Ah, un conseil pour terminer. Ceux qui aiment les histoires manichéennes, les romans à l’eau de camélia, les aventures proprettes et gentillettes, les sentiments qui ne dérangent pas : qu’ils ne lisent surtout pas L’année de l’orientation.

Claude Raucy

- Lire notre article sur la revue Ado-Livres, et l’interview de Benoit Anciaux.
- Un article du Parisien / Aujourd’hui en France intitulé Comment lutter contre l’homophobie à l’école, évoquant ce roman et son utilisation pédagogique par Marie-Laure Sultan.
- Pour commander L’Année de l’orientation, voir cet article.


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