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Un roman à l’eau de rose avec des bonnes scènes de thèse !

Diadème rose, de Cy Jung

Éditions gaies et lesbiennes, 2007, 143 p., 8,9 €

mercredi 23 mai 2007, par Lionel Labosse

Un pur divertissement érotique et néanmoins romantique pour les ménagères lubriques et sentimentales de plus ou de moins de 50 ans qui sommeillent en nous. L’air de rien, vous pourrez bosser en contrepoint du roman photo d’Astrid et Marjolaine la thèse bûchée par la protagoniste : « Que reste-t-il de nos désirs ? De la libération sexuelle aux lois sur le couple, une approche des glissements dogmatiques » (p. 12).

Docteure en anthropologie, Marjolaine, 33 ans, en est réduite à faire la caissière dans une supérette (scène d’une haute acuité sociologique, à comparer avec la scène d’entrée de Vue sur crime, de Sarah Cohen-Scali. Elle y fait la connaissance de Louise, écrivaine habituée de la Sexuality in the Arts, blonde et mal dotée question acuité visuelle. Vous voyez qui je veux dire ? La vie de Marjolaine bascule quand elle rencontre Astrid, princesse incognito de Karamie qui se fait passer pour attachée culturelle. Assistée de son fidèle Gustav, Astrid va tout faire pour vivre le grand amour avec Marjolaine, son « alevine » selon la mode linguistique de Karamie, malgré les hésitations de celle-ci, la jalousie de sa grande amie Clémence, les actes manqués de « Son Bilou » (un chat buté qui parle), et quelques relents d’homophobie résiduelle au royaume — dont le roi se révélera on ne peut plus « gay friendly ») qui la poussent à donner le change avec son éternel fiancé Erwin. De crise de larmes en crise de doute, de scène torride en scène de dépit, Marjolaine finira-t-elle par s’unir à Astrid, la butch qui la baise si bien, ou préférera-t-elle son existence de paria de la recherche, bûcheuse de thèse sans avenir ? Son Bilou parviendra-t-il à imposer sa différence dans un milieu de plus en plus massivement marqué par l’« homocentrisme » (p. 137) ? Voici le suspense haletant où nous entraîne Cy Jung pour le plus grand plaisir des cochonnes à l’eau de rose qui ronflent et qui gouinent au plus profond d’entre nous toutes et tous.

En effet, les lesbiennes de Cy Jung ne sont pas de purs esprits que la vue de l’olisbos de la Concorde, la Tour Enfile ou autres symboles phalliques et néanmoins architecturaux précipite dans des transes misandres, oh que non ! Passée la première rencontre, Astrid la princesse a tôt fait de sortir les accessoires et l’arsenal butch, godemichés, pinces à seins, fouets. Fermez les yeux et vous avez de quoi ravir femelles et mâles pas farouches de tous sexes et toutes tendances confondues, ce en quoi Cy Jung est à l’évidence une écrivaine altersexuelle, sinon « transpédégouine ». Voir à ce sujet un article de Muriel sur la sexophobie. Que penser du cri du cœur de Marjolaine à propos d’une discussion avec l’intellectuelle Louise, à qui elle préfère la sensuelle Astrid : « elle n’avait jamais adhéré aux analyses féministes sur fond de patriarcat et d’hétéronormativité » (p. 40) ? Et de cette provocation d’Astrid : « Et toi, tu es cap de vivre les choses simplement, en dehors de toute conceptualisation ? » (p. 42) ? Certaines pages touchent au porno bonne fille, où un chat est appelé « vagin », « vulve », « clitoris », sans tourner autour du pot, comme la scène de sodomie de la p. 69 ( !), qui nous rappelle que l’orientation sexuelle n’est pas si indépendante qu’on voudrait nous le faire croire du questionnement sur l’identité de genre. En effet, Astrid, sans que ce soit explicité, tient dans le coït hétéromorphe un rôle « masculin » au sens anthropologique du terme, ce qui correspond à l’objet de la thèse de Marjolaine, laquelle parvient à observer sa compagne par l’entremise de la narratrice en relevant son défi de ne pas conceptualiser, même quand elle se présente en tenue paramilitaire. Ainsi est-ce Louise qui se chargera de décrypter le machisme butch d’Astrid : « Elle t’a bien dit Je t’épouserai ? […] C’est donc elle qui t’épouse, te plaçant dans la position de femme soumise ». On regrettera juste en passant le trop grand nombre de coquilles dans l’utilisation cocasse de l’imparfait du subjonctif. Mais il faudrait vraiment que vous sussiez votre con jus gay son sur le bout des doigts pour que ces solécismes vous gênassent !

Alors, que choisir, entre intégrisme féministe et rêve de mariage à l’eau de rose ? Cy Jung réussit l’exploit de réconcilier la prétention de respectabilité des partisans du mariage entre personnes du même sexe, avec la revendication d’un plaisir brut, purement sexuel, qui fait fi des contradictions de l’âme humaine. Félicitations altersexuelles ! Et un dernier mot pour suggérer à l’auteure le titre et le sujet de son prochain opus : Divorce rose. Chiche !

- Lire de la même auteure, Tu vois ce que je veux dire, Vivre avec un handicap visuel, ainsi que Un roman d’amour, enfin, paru en 2008. Lire l’article sur La nuit des porcs vivants de Gudule, paru en même temps, et qui présente bien des points communs (idylle dérisoire, imparfait du subjonctif jubilatoire, chat parlant, altersexualité à tous les étages, etc.). De plus, Gudule est également l’auteure d’une série Rose. Marions-les !

Lionel Labosse, 23 mai 2007.


Voir en ligne : Le site de Cy Jung


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Messages

  • Cher Lionel Labosse, merci pour votre billet sur "Diadème rose" de Cy Jung. J’ai lu ce livre, je l’ai aimé, beaucoup aimé, mais, après vous avoir lu, je vais le relire... vous ouvrez tant de portes. Merci aussi de m’avoir fait découvrir — par ce biais — votre site, où je ne manquerai pas de retouner.

    Très cordialement,

    Michèle Chazeuil