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« Transformer son miroir en une fenêtre ouverte sur la rue »

Du bon usage d’Internet

Spécial délation : pilleurs et partageurs

mercredi 29 août 2007, par Lionel Labosse

« Ayons du cœur dont nous soyons les maîtres, une valeur qui n’ait rien de farouche, et qui se porte aux choses par une pure délibération de notre raison, et non point par le mouvement d’une aveugle colère. » (Molière, Dom Juan, III, 4).
Internet est un outil formidable, à condition de respecter un certain nombre de règles de bonne conduite. Face à la concentration des médias, Internet permet une certaine contre-circulation d’idées non-contrôlées, tout en offrant aux États sur un plateau un formidable canal de contrôle des trublions ! (Voir le système Échelon et Frenchelon [1]). Comme dans tous les domaines, les bipèdes sont répartis en deux catégories : ceux qui savent se tenir sans loi, et ceux qui, par leur irresponsabilité, justifient la répression. [2]

Bien qu’indécrottable optimiste, je suis persuadé que la liberté relative dont nous jouissons actuellement sur Internet sera vite insupportable aux multinationales et aux États. J’espère me tromper, mais voilà à mon humble avis comment ça va se passer. La liberté ayant l’inconvénient d’être un colifichet auquel le Français moyen reste attaché, on trouvera un autre hochet à agiter pour mettre les normopathes du côté du manche. Je parie sur la pédophilie, sur l’antisémitisme ou le sexisme, les trois hochets les plus chargés d’affects permettant au pouvoir de faire passer ce qu’il veut [3]. Les médias à la botte lanceront, à partir d’un fait divers anodin (mais bien crapuleux), une campagne de matraquage du type : « Internet et pédophilie : peut-on laisser tout dire ? », ou plutôt : « Pédophilie et Internet : peut-on laisser tout faire ? » Le président de la République mettra en branle le juke-box de l’indignation, et prononcera un discours solennel contenant quatre ou cinq fois les mots-clés susdits suivis d’un silence gras et d’une question rhétorique. Quelques sénateurs connus pour leur finesse intellectuelle et leur renoncement à un destin politique de premier plan tâteront le terrain, et s’ils arrivent à se concilier la foule sans se mettre à dos les trois ou quatre éditorialistes de la presse écrite qui constituent ce qu’on appelle l’opinion, la loi passera. Une gentille loi de « liberté d’expression » consistant à soumettre tous les sites et blogs à une demande écrite d’autorisation, avec une « Haute autorité » quelconque dirigée par un énarque désœuvré, à laquelle les citoyens responsables pourront signaler tous les abus — et qu’on ne parle pas de délation : il s’agira simplement de lutter contre les fléaux susnommés ! [4]

Souvenons-nous avec nostalgie de l’époque du tout début des radios libres. Souvenons-nous de Radio Carbone 14, radio anare et altersexuelle dont la fréquence a été phagocytée par Fréquence Gaie, qui fut une radio communautaire (au sens noble du terme) avant qu’elle ne soit accaparée par un homme « de gauche », Henri Maurel, lequel en a fait une machine à fric sur laquelle la communauté altersexuelle a moins la parole que sur Radio Courtoisie. Têtu en lieu et place de Gai Pied grâce à l’homme « de gauche » Pierre Bergé, et FG DJ radio (sic) à la place de Fréquence Gaie, sans parler de Pink TV, c’est donc ça le progrès qu’on nous avait promis en 1981 ? [5] Lisez attentivement l’article de Wikipédia sur Fréquence Gaie, tout en imaginant une région parisienne où l’on aurait encore une vraie radio altersexuelle. Si vous parvenez jusqu’au bout sans vomir, chapeau ! Dans le n° 124 de Têtu (Juillet-août 2007), p. 74, Henri Maurel, qu’on fait dialoguer avec Alain Piriou à propos de la gay pride, parle, sans rire, du « travail de mobilisation de Radio FG » : « Nous avons fait venir un nouveau public, alors qu’ils n’étaient pas dans la cible initiale de la gay pride. Des jeunes y découvrent une autre forme de mobilisation politique. Au-delà de la fierté, la marche a ainsi une fonction pédagogique ». Quand je vous le disais : un vrai soixante-huitard !

Bref, si nous ne voulons pas que ce scénario catastrophe se répète avec Internet, il convient de respecter entre nous certaines règles de bon sens et de convivialité, tout en veillant à la propriété intellectuelle d’autrui comme si c’était la nôtre.

Ne pas confondre débat critique et insulte

Il est des lois en France qui régulent les propos publiés, même sur un blog. Il s’agit principalement de la Loi du 29 juillet 1881, laquelle en son Chapitre IV (des crimes et délits commis par la voie de la presse ou par tout autre moyen de publication), stipule que « Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait est une injure » (art. 29) et que « L’injure commise de la même manière envers les particuliers, lorsqu’elle n’aura pas été précédée de provocations, sera punie d’une amende de 12000 euros » (art. 33). Voir également une jurisprudence à propos des « injures publiques », qui ne fait pas de quartier, y compris pour les irresponsables qui ne sont pas auteurs d’injures, mais les laissent proliférer en se frottant les mains.

Il m’est arrivé une fois, en juin 2007, d’être l’objet d’une telle injure particulièrement méprisable. J’ai réussi à joindre le responsable du blog, qui a supprimé le commentaire en question. Il s’est étonné de mon ton comminatoire, mais il aurait pu se mettre à ma place découvrant une insulte à laquelle, par les moteurs de recherche, tout le monde pouvait accéder, d’autant plus que, ma notoriété étant limitée, mon nom donne accès à un nombre restreint de liens. Cela s’est terminé par des échanges cordiaux et constructifs, entre gentlemen, voire à une certaine amitié. Il existe encore sur un site très à droite, quelque chose qui ressemble à une insulte (un calembour sur mon nom de famille et sur le nom d’un autre auteur), mais qui contient une citation d’un de mes articles, et ne peut donc pas être taxé de ne « reposer sur aucun fait ». Je ne mentionne pas le site — d’ailleurs en jachère depuis longtemps — car cela lui ferait de la pub. Vous trouverez aussi ici ou là, un ou deux blogs où l’on ironise sur le concept d’altersexualité, sans prendre la peine de me citer. L’absence de toute argumentation rend ces bavardages insignifiants, et de toute façon ils ne constituent nullement des insultes. C’est simplement rageant, car je suis impatient qu’un vrai intellectuel, pas un naze, porte un regard critique sur l’altersexualité. Ce n’est pas parce que j’en suis pour l’instant le principal propagateur que le concept est sans défaut ! [6]

Ne pas confondre citation et pillage

Pour les internautes indélicats qui reprennent sans vergogne des articles entiers, sachez qu’il existe un principe de propriété intellectuelle. Voir à ce sujet l’article de Média g : Propriété intellectuelle, droit de citation et contrefaçon, ainsi que l’article du Wiktionnaire : « Droit de courte citation ». La bonne pratique consiste à ne reprendre qu’une citation, le titre et un paragraphe par exemple, à citer l’auteur et à nommer le site source. Si, en plus d’être gentleman, on n’est pas égoïste, on ira jusqu’à faire un lien hypertexte pour que notre lecteur puisse visiter ledit site source. Certes, on peut perdre un lecteur, mais des économistes ont prouvé qu’on gagne plus en faisant le pari des cigales que celui des fourmis. Lisez à ce sujet les deux Antimanuels de Bernard Maris. [7] Dans le premier tome, les citations d’un ouvrage de Bruno Ventelou (préfacé par Maris), Au-delà de la rareté, m’ont particulièrement convaincu, et je les applique au système d’échanges d’Internet [8]. On ne peut pas citer ces allégories longuement développées par Bernard Maris, mais voici ce qu’il dit du « dilemme du prisonnier » : « J’anticipe que les autres vont être égoïstes. Et les autres pensent de même. On joue donc tous égoïstes, et on perd tous » (p. 120). De même, l’allégorie de « Robinson Crusoé et Vendredi » le conduit à cette conclusion (toujours démarquant Ventelou) : « la compétition donne en général de moins bons résultats que la coopération. La plupart des réussites sociales sont des phénomènes de coopération occultes, comme la croissance « endogène », qui masquent les effets néfastes de la compétition » (p. 311).

Pas mal de mes articles ont été reproduits ici ou là ; j’ai parfois réussi à les faire enlever quand j’ai pu contacter l’auteur du blog, mais cela devrait être un réflexe de bon sens. En ce qui concerne les illustrations que j’ai moi-même piquées à droite, à gauche — et je n’ai repris que des vignettes, plus petites que l’original — j’ai fait mon possible pour signaler les sources, sauf quand je n’ai pas trouvé les crédits. En ce qui concerne certaines traductions du grec ancien, j’ai cité les sites sources qui ont compilé des traductions elles-mêmes anciennes, passées en domaine public. Si vous trouvez que j’ai abusé, merci de me le signaler pour que je rectifie et vous adresse mes excuses [9]. Une exception : les entrevues. J’estime que les auteurs des propos sont libres de les reproduire sur leur site à eux, surtout que je ne les interroge pas en vrai journaliste, mais leur demande de répondre par écrit ! Par contre, de la part d’un tiers, ce serait un abus, et quant aux critiques, sauf exception (original introuvable, site disparu…), les auteurs ne devraient pas les reproduire intégralement, de même qu’un critique ne doit pas recopier de trop longs extraits de l’œuvre…

« Ennarcissé », de Robert Vigneau

Terminons par la liste des pilleurs et celle des partageurs. Si vous vous trouvez dans la première grâce à un moteur de recherche, eh bien ! il ne tient qu’à vous de passer dans la seconde…

Les requins du Net : Over-Blog et Cie.

En janvier 2010 a commencé à se produire une offensive majeure de gros sites Internet pour voler le contenu de sites amateurs. C’est ainsi que « 123 people », un site particulièrement inintéressant et pourri jusqu’à la gueule de publicité, s’est permis, au lieu de collecter un grand nombre de liens sur des gens peu connus auxquels j’avais consacré un article, et de renvoyer sur mon site, d’avaler mes articles, et de les afficher tels quels, mais surmontés d’un bandeau de publicité dont le profit allait dans leurs poches. Furieux, j’ai consacré une heure à trouver sur leur site merdique un moyen fort compliqué de les joindre, et les ai menacés d’un procès. D’après ce que j’ai pu constater, ce vol semble avoir cessé, mais les voleurs, bien sûr, se sont bien gardés de me répondre. Ce que je ne comprends pas, c’est que les grands sites, qui comme moi ont été victimes de ces vols, bien plus préjudiciables pour eux car cela les prive d’un nombre considérable de « clics » sur lesquels sont indexés les revenus de la pub, n’aient — à ma connaissance — rien fait.
Quelques jours après, c’était aux blogs « Over-Blog », de procéder de même, avec une barre qui apparaît en haut de l’écran, et une nouvelle adresse qui détourne nos visiteurs de nos sites, et nous fait perdre l’avantage de « clics » que méritent nos articles. Cela n’est qu’un début, bien sûr, et d’ici quelques jours, cette barre inclura des publicités pour le compte d’Over-Blog. Je m’en suis aperçu parce que le site ami de Jean-Yves et le site non moins ami de Thomas ont brutalement cessé de m’envoyer les nombreux visiteurs quotidiens qui augmentaient mes « statistiques ». Baisse conséquente pour moi, très préjudiciable si un jour je souhaitais rentabiliser mon travail que j’offre pour l’instant gratuitement à la collectivité. Jean-Yves ni Thomas n’étaient pas au courant, et grâce à leur diligence et à leurs compétences, le problème a été réglé (voir le forum qui a répondu à sa question). Bien sûr, sur les milliers de blogs de cette société commerciale, quel est le pourcentage d’innocents bloggers qui se rendront compte de la manipulation, et auront le geste citoyen qu’ont eu Jean-Yves et Thomas ? Ceux qui ont cru au mirage de la gratuité se retrouvent piégés, car les conditions ne sont plus les mêmes que lorsqu’ils ont souscrit, mais reprendre leur site vieux de plusieurs années sur un autre hébergeur serait un énorme travail [10]. Nous, les petits, qui payons pour notre liberté d’expression, nous qui refusons la pub, sommes les victimes de ces requins du net. La partie, en effet, est inégale, et pour se défendre de ces attaques quotidiennes, il faudrait y consacrer une énergie et un temps qui nous empêchent de faire autre chose de notre vie. Protéger les faibles, ce devrait être le rôle de l’Etat, plus préoccupé au contraire, de défendre les gros et de punir les petits qui téléchargent ; et les médias devraient nous informer et alerter l’État ; mais quand vous savez que TF1 est l’un des propriétaires d’Over-Blog, vous avez compris que cette lutte des petits est perdue d’avance ! Et parmi les médias qui pourraient réagir, la plupart se réjouissent de cette claque dans la gueule que se prennent les petits bloggers arrogants que nous sommes. Reste à créer des associations, à cotiser, et à se défendre… mais ne sommes-nous pas trop individualistes pour cela ?

Autres pilleurs

- Pierre Salducci a édité un site aujourd’hui disparu, « la-reference.info », sur la littérature gaie et lesbienne. Malgré son titre, malheureusement, ce site n’arrivait pas à fournir huit articles par mois, et il en piquait allègrement à droite et à gauche, avec une grande légèreté. Premier exemple, la critique parue en août 2006 de mon premier roman sous la plume de Pascal Éloy était un véritable plagiat de l’article de Benoit Anciaux. En février 2007, Pierre Salducci me demande l’autorisation de reprendre une partie de mon entrevue de Corinne Gendraud. Cette fois-ci, c’est parfait déontologiquement, la source est citée, et l’article n’est pas repris entièrement. Ce serait encore plus parfait, bien sûr, si au lieu d’indiquer simplement « HomoEdu », il y avait eu un lien. En juin 2007 paraît un article de Thierry Zedda (trop) dithyrambique. Parfait. En août 2007, paraît, sans mon autorisation et sans que j’en aie été averti, un article signé de mon nom sur Délits secrets, de Catherine Bourassin. Or cet article n’est pas la citation du mien, mais une sorte de malaxage, avec plusieurs phrases déformées, notamment une qui m’a semblé mal construite, et m’a poussé à vérifier. Horreur ! On a commis ce sacrilège : changer une virgule à une de mes phrases ! Aussitôt je joins Pierre Salducci, qui refuse mes demandes de correction, et se contente de modifier le nom de l’auteur de l’article, qu’il nomme avec ironie « Benoît Payant » ! Le pillage dans toute sa splendeur… Il est vrai que le site est situé aux Canaries, île bien connue pour la présence massive de pies, et pour la migration estivale d’espèces paludéennes « à deux pieds comme nous ». [11]

- Autre exemple plus simple : un site « consacré à l’idée libertaire », réalisé sous le pseudonyme de Philippe Coutant, a repris mon article sur Trouble dans le genre, de Judith Butler. Il s’agit d’une reprise intégrale, sans mon autorisation. Comme le responsable du site donne son adresse, je l’avais contacté, et il avait ajouté quatre liens vers mon site. Presque correct, à ceci près que malgré ma demande, il a persisté à reprendre l’article entier plutôt que de renvoyer sur votre site préféré. Cela m’exaspère, car d’une part, je conçois mes articles avec des liens hypertexte qui se perdent quand on les phagocyte ; d’autre part, ces articles sont fréquemment revus et amendés au fil de mes lectures, enfin, pour moi, il y a une différence entre être anar et se comporter comme un porc.

- Un exemple pour le moins tangent, c’est celui du site éducatif Ordiecole. Ce site a repris intégralement sans mon autorisation un article publié sur La Gauche - Le site du Cactus Républicain. Ils proposent trois versions de mon article, dont deux, suite à une demande de ma part, contiennent un lien vers altersexualite.com. Mais la page principale, celle qui est consultable en format html, se contente de renvoyer au site source. Or si j’avais offert cet article (qui m’a coûté un travail de documentation énorme) au site précédent, c’est que j’avais des affinités avec eux. Cet article était pour moi une façon de régler une dette avec le peuple arménien ; j’ai donc été profondément ému quand il a été repris sur deux sites arméniens, et cela ne valait pas autorisation de pillage. Le gérant de ce site n’a pas daigné répondre à mes courriels en dehors de cette mention insuffisante. Piller le travail d’autrui, voilà une conception de l’enseignement qui n’est pas la mienne.

- Un site canadien, Cybersolidaires, a piqué mon article sur l’Antimanuel d’éducation sexuelle, sans mentionner mon nom, sans demander d’autorisation, en faisant juste un renvoi sur le site HomoEdu. Idem pour le site intitulé Franco Queer, qui s’est approprié mon article sur La face cachée de Luna.

Malgré l’ironie de ces propos, je rappelle à tout bon entendeur que, à tout moment, si je n’ai rien de mieux à faire, l’idée peut me prendre, rien qu’à titre d’expérience, de porter plainte. Mon côté anar y répugne — et la conscience de ce que, même si je gagnais un procès, je donnerais du grain à moudre aux futurs fossoyeurs de la liberté d’Internet — mais mon côté curieux pourrait se laisser tenter…

Les partageurs

- Jean-Yves, auteur du blog Culture et débats, fonctionne avec moi dans une sorte d’économie utopique (risquerai-je l’adjectif « libertaire » ?). Comme nous ne sommes pas toujours d’accord sur les ouvrages que nous recensons, chouette, nous signalons l’article de notre comparse, et nous y gagnons chacun en visiteurs bien plus que si nous nous étions construits sur une concurrence égoïste. En plus, vous le savez, je suis rongé de remords chaque fois que j’étrille un livre — parce que je sais à quel point un auteur peut être blessé — et pouvoir signaler une critique moins méchante soulage mes scrupules. J’en signale d’autres quand j’en trouve. Même principe d’échange avec le blog d’Olivier, lequel d’ailleurs communique aussi avec Jean-Yves (vous comprenez le principe ?) Et puis, comment ne pas voir que, par le tricotage de ces échanges, quelque chose de plus fort se tisse, qui nous console de la froideur technologique ? Je suis frappé, quand je cherche des critiques à signaler, de la rareté des vraies critiques signées de gens qui ont lu sérieusement le bouquin. La plupart se contentent de recopier le dossier de presse, surtout chez les critiques professionnels. Quand je fais un lien sur une critique, cela m’a pris du temps pour la trouver, et cela signifie que je reconnais la valeur de la critique. Il m’est arrivé, pour Le Secret, d’Anita Van Belle, d’être « volé » par l’éditeur, qui a repris dans son dossier de presse, des phrases de ma critique, sans me nommer. Ce n’est pas grave, et je suis fier d’avoir pu contribuer à la réédition d’un très beau livre.

- Le site de Patrice & Catherine Cudicio, Sexologie Magazine, a cité altersexualite.com à propos d’un article sur Herculine Barbin, dite Alexina B, et a créé plusieurs liens, avec de courtes citations. Parfait !

- Le site du chanteur Narcys a cité mon article sur l’altersexualité, dans les règles de l’art, après que j’eus signalé l’existence de sa fort belle chanson.

- En ce qui concerne mon article La Gare du Nord et la goutte d’eau, qui a connu un succès inattendu, il a été repris par de nombreux sites [12], souvent sans autorisation, mais la plupart ont mentionné la source et ont fait un lien. Cela n’excuse pas le pillage, mais passons, car nous étions en campagne électorale, et cet article correspondait à une urgence citoyenne. Cela dit, le prestigieux site Bellaciao a lui aussi repris mon article (c’est moi qui le leur ai proposé), et y a ajouté une pub pour mon bouquin, ce qui se justifie par le fait que l’attitude citoyenne et critique que je développe dans cet article est la même que celle que mon livre essaie de mettre en œuvre. C’est quand même sympa, lorsque nous piquons un article, de prendre trois minutes pour nous informer de qui est l’auteur, et, surtout s’agissant de gauchistes mal embouchés comme nous, de compenser dans la faible mesure de nos moyens, la censure dont nous sommes victimes sur les médias de masse (il est évident que malgré le succès de cet article, repris par tous les blogs qui comptent, aucune radio, aucune télévision, aucun journal généraliste ne m’ont donné la parole ni n’ont consacré une seule ligne à mon bouquin ; ceci étant dit pour les naïfs qui s’imaginent que la pluralité des médias va de pair avec le pluralisme (cf. Cours sur la presse et les médias)).

Je mettrai à jour régulièrement cet article. Si vous avez du nouveau, contactez-moi. Vous pariez sur qui, vous, pour la présidence du futur « Conseil Supérieur de l’Internet » ? Notre bien-aimé Président aura-t-il l’excellente idée de nommer un homme « de gauche », qui plus est appartenant à une communauté trop souvent discriminée ?

Pan sur le bec !

Le 13 avril 2010, l’un de mes articles a été l’objet d’un procès politique sur un site de graphistes professionnels. Heureusement, au terme de ce procès, je n’aurai pas la tête tranchée ! Une graphiste nommée « Batmane » me reprochait d’avoir reproduit sans son autorisation une sienne affiche, pour en critiquer le message que je qualifie d’« hétérosexiste » (en gros, pour moi, imputer la violence sexiste uniquement aux hommes contre les femmes, est sexiste, et en plus ne pas prévoir le cas des violences au sein d’un couple de même sexe est hétérocentré, d’où le qualificatif sus-mentionné). Elle me traitait (sur des messages publics) de « théoricien de mes deux » auquel cette charmante « Batmane » — qui est donc non-sexiste et non-violente, étant une innocente femme — rêvait de faire un procès, de « crever les pneus » et autres manifestations de sa douceur toute féminine. Or le dialogue qui s’en est ensuivi sur ce forum s’est révélé passionnant, et, au départ très stalinien, le procès est devenu démocratique, et ma tête a été sauvée, grâce notamment à la contribution remarquablement écrite et argumentée d’un certain « Captain American », dont je reproduis ci-dessous intégralement, après avoir obtenu son autorisation, le message le plus pertinent.
Mais le débat n’a pas porté sur le fond (c’est légitime, car justement, la liberté d’expression ne devrait pas être conditionnée au fond), et a oublié (ou du moins n’a fait qu’effleurer) une distinction importante pour le cas précis : une affiche est-elle une « œuvre » au même titre qu’un dessin ou une photo ? [13] Mon avis est qu’il faut distinguer une affiche qui a réellement été diffusée et affichée, que ce soit dans la rue ou sur d’autres médias, et un poster ou une création graphique qui n’aurait pas été diffusé en public, mais simplement vendu ou réalisé spécialement pour un magazine ou un site. Dans le premier cas, j’imagine que c’est prévu par la loi. Il serait scandaleux et digne d’une société totalitaire que le citoyen doive subir le bourrage de crâne d’un affichage public, sans la liberté d’exprimer sur Internet ou ailleurs son désaccord avec le message qu’il subit, les deux forces étant disproportionnées (en plus il est en principe interdit de lacérer ou de graffiter une affiche, la « communication » publicitaire étant à sens unique). C’est l’affiche de Staline ou de Big Brother, qu’il faut louanger en public, sous peine d’être exécuté. Dans le deuxième cas, il s’agit effectivement d’une œuvre personnelle, mais dans le cas particulier où elle est présentée comme une affiche (affiche détournée, etc.), l’auteur devrait prendre la précaution d’inscrire sur l’œuvre elle-même son copyright, et certains photographes, par exemple, rayent leurs photos sur Internet — et ils ont raison — de leur référence. Voici ce texte :

« Vous me faites flipper là.
Gravement même.
Vous confondez un peu tout, ça vient entre autres du fait du lieu de la discussion : un forum de professionnels du graphisme qui produisent des créas dans un but commercial.
ici on est dans le débat d’idées, le blog du gars est un blog d’opinion (QUELLE QUE SOIT CETTE OPINION, ce n’est pas le sujet du débat, ou plutôt : ça ne devrait pas l’être). Ce n’est pas une utilisation commerciale, il étaye son opinion par une illustration.
Je vais pas faire une étude juridique du truc, je n’en ai pas les compétences.
Juste de donner mon sentiment et avis sur le fait de placer ça sur un versant juridique en cherchant des comparaisons avec d’autres choses qui amha n’ont rien à voir.
Là on est en train de vouloir faire fermer sa face par la violence à un type qui expose ses idées. Il se place sur le débat d’idées (même si c’est pas de la haute voltige, mais ça ne doit pas entrer en ligne de compte), on veut juste lui fermer sa gueule autrement que par une contre argumentation.
Et je ne parle pas des conséquences, et du fait d’une jurisprudence qui pourrait en découler. Ça participe allègrement à la mort du Web dans sa direction minitel 2.0 dans lequel plus rien ne serait possible que de l’entertainment creux gavé de pubs. Je comprends que dans nos métiers on défend le droit d’auteur, parce qu’il a été créée pour ça, pour défendre et protéger les auteurs vis-à-vis des diffuseurs (des DIFFUSEURS, pas du PUBLIC), en gros c’est une espèce du droit du travail pour les artistes/auteurs. Mais là ça n’a rien à voir, c’est la même aberration que le discours des majors du disque ou du cinéma, une référence pervertie au droit d’auteur. Et au final, ça n’apportera rien ni au droit d’auteur dans son esprit original, ni à la création, ni au public. C’est du retour en arrière dans la démocratisation de la culture et de la liberté d’expression, bref tout le contraire de ce que le droit d’auteur autorise entre autres choses.
Batmane, que tu sois farouchement contre les idées dites sur ce blog, c’est une chose. Mais il en a le droit, juridiquement parlant.
Qu’il utilise une affiche pour illustrer ses propos, que ça rentre légalement ou pas dans le cadre de la citation (un juge pourra trancher), je pense que de facto il faut le considérer comme tel et ne surtout pas aller jusqu’à la justice pour ajouter une jurisprudence liberticide de plus.
Parce que la raison de tout ça c’est que tu n’es pas d’accord avec ses idées. Et c’est pas à toi que je vais apprendre que la liberté de tout un chacun est garantie par la liberté de tous. Faire fermer sa gueule à ce type parce qu’on n’est pas d’accord avec ses idées consiste aussi à faire fermer sa propre gueule, en conséquence et logique. […]
Là je crois qu’on part dans je ne sais pas quoi d’étrange et d’inquiétant, en invoquant un droit (le droit d’auteur) fait pour nous défendre, nous travailleurs artistes et ou auteurs, pour d’autres choses, avec des conséquences que j’estime très graves, tant pour ce droit lui-même que pour la philosophie ou la politique que ça implique.
Là le droit d’auteur n’a absolument rien à foutre.
Au contraire. »

(Là s’achève le billet de « Captain American », publié sur ce site de graphistes professionnels. L’auteur de ce texte est en réalité Bruno Bartkowiak, graphiste, qui m’a autorisé à reproduire son texte. Jusqu’à présent, sur quatre pages de messages sur ce forum passionnant, aucun des nombreux contributeurs anonymes n’a daigné désigner mon humble personne par le nom et le prénom dont tous mes articles sont clairement signés et assumés. Le seul mot employé est « un type » ou « le gars »… Et je m’y fais (par certains) traiter de tous les noms sans que jamais on daigne citer (comme je l’ai fait en montrant cette fameuse affiche) une phrase entière de ma plume, de façon que les lecteurs qui n’ont pas le temps de lire mon article se fassent une opinion qui ne soit pas unilatérale.

- Cet article est la suite de l’article Déontologie critique.

Lionel Labosse


Voir en ligne : L’armée numérique


© altersexualite.com, 2007.
Reproduction interdite !
- Le dessin d’illustration est emprunté à Robert Vigneau, et a pour titre Ennarcissé, en hommage à Narcys autant que pour célébrer le nombre d’occurrences de moi et de je dans le présent article ! Qui parmi vous voudra bien me dénoncer à Robert Vigneau pour lui avoir volé son œuvre ? Rendez-vous sur son site pour voir et acquérir ses œuvres graphiques.


[1À ce sujet, lire Phaenomen, excellent roman jeunesse d’Érik L’homme.

[2La citation de sur-titre est extraite d’un essai de Marthe Richard, La Tyrannie de l’imprimé, Grasset, 1984, p. 49, qui l’attribue à « un rabbin du Talmud ». Cette citation fournit un sujet de dissertation du Capes en 1988.

[3Cf. l’éditorial du Monde du 20 août 2007 : « L’Etat d’émotion ».

[4Je ne croyais pas si bien dire : voyez cet article : « Fantaisie mélancolique », du 24 octobre 2007.

[5Heureusement, Ségolène Royal, qui est une vraie femme « de gauche », nous promet un monde où les policières seront raccompagnées à domicile après le boulot par des hommes armés…

[6Il est édifiant que, à défaut de critiquer le concept, le mot « altersexuel », ignoré par la quasi-totalité de l’inteligayntsia française, soit beaucoup plus repris par les adversaires de la banalisation de l’homosexualité, à l’exemple du fameux Tony Anatrella, ci-devant Monseigneur (impossible de trouver sur Internet une information au sujet de la nomination de ce sulfureux monsieur comme évêque !)

[7Éditions Bréal, 2005 et 2006.

[8Ces théories informent aussi mon dernier livre, Karim & Julien, cf. p. 41 (secret de fabrication !).

[9Pour me contacter, cliquez sur mon nom qui apparaît en sous-titre de cet article ci-dessus, et une fenêtre de message s’ouvrira. N’oubliez pas de préciser votre adresse de courriel.

[10Lire à ce sujet l’article de Jean-Louis Sagot-Duvauroux pour Le Monde diplomatique : « Vive la gratuité ! ».

[11Cf. Le Geai paré des plumes du Paon, de notre bon vieux La Fontaine.

[12Pour vérifier, il vous suffit de coller dans la barre d’un moteur de recherche, l’adresse précise de mon article.

[13Sans oublier le fait que cette personne qui se présente comme graphiste ne précise pas si elle est aussi l’auteure du slogan ; or ma critique ne porte que sur ce slogan et absolument pas sur le travail graphique, que je trouve digne du Prix Nobel de graphisme.