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Un autre anti-manuel d’éducation sexuelle, de la 4e au lycée

Manuel du puceau, de Riad Sattouf

L’Association, 2003, 50 p., 12 €.

mardi 5 avril 2011, par Lionel Labosse

Rédigé à la deuxième personne du singulier, en une alternance de texte typographié de type documentaire et d’illustrations, ce livre est un hybride bande dessinée / documentaire. À l’instar de l’Antimanuel d’éducation sexuelle, de Marcela Iacub & Patrice Maniglier, il constitue une contribution indispensable à une éducation sexuelle digne du XXIe siècle, et devrait figurer dans tout CDI qui se respecte, ainsi que dans les salles d’attente des infirmières, médecins, dentistes, coiffeurs, psychiatres, voyantes, notaires, prostitué(e)s, etc. Riad Sattouf prend son personnage à l’entrée au collège, en pleine pré-adolescence, préoccupé principalement de son acné et de son envie de « coucher avec des femmes » ; il le rassure et lui fournit une sorte de manuel de survie pour la traversée de ce territoire dangereux que constitue l’adolescence. Bien entendu, compte tenu du titre et du contenu, on s’arrangera plutôt pour que le public cible tombe par hasard sur le livre, en toute discrétion, plutôt que de le lui offrir à Noël devant toute la famille assemblée !

Le personnage le petit « Ceaupu », est mal à l’aise pour deux raisons : son physique peu attrayant, saupoudré d’acné, mais aussi l’absence de compréhension de ses parents, une mère vieux jeu en instance de séparation avec un père qui s’apprête à la quitter pour une jeune sexy qui fait fantasmer son beau-fils. Le décalage entre les objectifs scolaires et l’intrusion du désir sexuel est finement analysé. L’ado est doté de « super-pouvoirs », parmi lesquels la masturbation est le pus fort. Heureusement, car son handicap physique l’empêche d’accéder aux filles, même si, sagement, il se cantonne aux laides, car, laides ou canon, elles ne fantasment que sur « Kader », le caillera macho, vulgaire et agressif, fashion victim, consommateur de cannabis et tout ce qui s’ensuit. Le portrait du personnage est démystifiant : il s’agit d’un « pseudo-rebelle » auréolé d’une cour de suiveurs, tels qu’on en retrouvera dans la série Pascal Brutal. Sattouf abat quelques idées reçues, comme celle selon laquelle les filles seraient « plus matures » que les garçons, ou penseraient moins au sexe. Il casse l’image des « pseudo-rebelles » en prophétisant qu’ils voteront « oui » pour le rétablissement de la peine de mort en 2020. Il donne quelques conseils techniques à son narrataire, pour dissimuler les dégâts collatéraux de ses démangeaisons inguinales, et le désinhibe au sujet du respect dû à ses parents : « Ta mère exprime de tout son être le refus de la sexualité ! ». Le père n’est pas mieux traité, qui demande à son fils ce que lui est incapable de faire : « être gentil avec ta mère ». Au passage, on relève une technique utile de résilience sur l’insulte « Je nique ta mère » : le héros pense : « Si tu savais comme il n’est pas possible de la niquer, ma mère ! ». Riad Sattouf instille quelques notions de psychanalyse, par exemple le goût de la violence dans la sexualité inspiré à un garçon par le fait qu’il entendait sa mère crier lorsque ses parents faisaient l’amour, et qu’il croyait qu’il s’agissait de cris de douleur. Sur le cannabis, le jugement est nuancé : « Chez beaucoup de jeunes, cette drogue remplace toute une partie du cerveau. Elle facilite la sociabilité, et comme elle est interdite par la loi, elle procure à celui qui la fume avec tact une irrépressible aura de grand rebelle. » Le héros épie un quasi-viol de la fille qu’il aime par le fameux Kader, qui la force à lui faire une fellation dans les toilettes (on le comprend uniquement au dialogue entendu de l’extérieur). Le livre se termine par une image d’espoir, et une apologie de la branlette comme antidépresseur du pauvre… Voilà donc un manuel que n’aurait pas renié Alexander Sutherland Neill, l’auteur de Libres enfants de Summerhill, qui voyait dans la répression de la sexualité et de la masturbation l’origine de la violence et du mal-être des enfants.

- Lire l’excellente chronique de Nicolas sur le site BD sélection. Du même auteur, voir aussi Pascal Brutal, Ma circoncision, La vie secrète des jeunes, et Retour au collège. Le premier film de Riad Sattouf sorti en juin 2009 sous le titre Les Beaux Gosses est partiellement inspiré de cet album. Dans l’article sur Ma circoncision, on trouvera le compte rendu de l’examen par le commission de censure, oh, pardon, par la commission chargée d’examiner les ouvrages destinés à la jeunesse !…

Lionel Labosse


Voir en ligne : Un article de Libération sur Riad Sattouf


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