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Deux bisexuelles et tous leurs amis, pour lycéens et adultes

Locas, Vol 1 à 4, de Jaime Hernandez

Seuil, puis Delcourt, à partir de 1981, 19,9 € à 22 €.

vendredi 15 avril 2011, par Lionel Labosse

Jaime Hernandez est avec ses deux frères le créateur de la série Love and Rockets, au sein de laquelle il a publié les aventures de Maggie Chascarrillo et Hopey Glass, deux jeunes bisexuelles habitant une banlieue hispanique de Los Angeles. Il s’agit d’exemples fameux et fumeux de la bande dessinée indépendante étasunienne. Pour mieux comprendre la galaxie de la série, je vous invite à cliquer sur les liens ci-dessus et ci-dessous, qui vous renverront aux articles de Wikipédia et au blog d’Hector. Dans cet article, je citerai quelques bonnes pages du quatrième volume, puis des volumes précédents, pour terminer sur un volume de Luba, hétéro ma non troupeau, de Gilbert Hernandez, le frère de Jaime. Ces livres s’adressent aux jeunes adultes et aux lycéens. Ils contiennent peu de dessins que l’on puisse considérer comme choquants ; la sexualité est montrée sans pudibonderie, sans pornographie non plus, mais parfois dans des images et en des termes crus, qui restent limités en tout et pour tout à une dizaine de vignettes perdues sur plus de 1100 pages. Il s’agit d’histoires d’adolescents et d’adultes, avec de nombreuses références culturelles complexes qui rendent l’ouvrage difficile à aborder autrement que pour des lycéens que ne rebutent pas le nombre de pages élevé. Ne faites pas comme moi, commencer par le Volume 4. On comprendra bien mieux l’évolution, y compris graphique, en partant du Volume 1. Au-delà de l’histoire des deux amies bisexuelles, il s’agit d’une sorte de comédie humaine réaliste et fantastique, réalisée depuis 1981, soit 25 ans déjà, sur un microcosme populaire chicano.

Volume 4 de la série « Locas » : « Maggie Chascarrillo & Hopey Glass »

Publié en 2010 en France par Delcourt, collection « Outsider » ; paru en 2009 en américain et traduit en français par Vincent Bernière. 238 p., 19,9 €. Les histoires de ce volume sont datées de 2000 à 2007.

L’action est censée se passer en 1979 ; et si j’en crois l’article susnommé, les planches de toute la série ont été publiées dans diverses revues entre 1986 et 1996 (mais dans ce volume 4, certaines nouvelles sont datées de 2007 (p. 238), et dans le volume 1, de nombreuses pages sont datées de 1982, 1983, 1984…). Commencer par le tome 4 comme je l’ai fait, s’avère déroutant car on est plongé dans des histoires de personnages qu’on est censé connaître. On comprend vite que Hopey, la maigrelette punkette brunette, est très très copine avec Maggie, la rondelette blonde (de son « vrai » nom Margarita Luisa Perdita Chascarrillo). Elles se retrouvent aux toilettes dès la p. 10, mais au moment où une gâterie se profile, Hopey apprend qu’une de leurs amies va participer à une émission d’une certaine Julie Wree, ennemie jurée de Hopey, et la gâterie promise tourne court. La complicité de ces deux jeunes femmes est pour le moins explicite – je cite – : « T’es en train de sucer la chatte de Mlle Wree ? » (p. 19). Dans une librairie, Maggie choisit des B.D. en donnant un avis sans doute instructif sur l’opinion de l’auteur : « On dirait que les gens ne savent plus dessiner. Et c’est même pas drôle. » C’est à ce moment qu’elle rencontre un ex, Tony Chase (p. 22). Maggie et Hopey sont restées très proches, même si la première se demande si elles ne sont pas « devenues un peu plus sages que les autres personnes de leur âge ». Pourtant elle déclare : « chuis toujours punk ».
Vivian Solis, une brune bien en chair, drague Maggie, pour essayer avec une femme, puis l’invite incidemment à un plan de triolisme bi (p. 38). Vivian a des rapports bizarres avec Sid, une sorte de mythomane qui l’agresse presque au couteau et la maltraite. Elle obtient un baiser de Maggie (p. 64), puis lui déclare qu’elle ne cherche pas une relation sérieuse (p. 85). Il y a des passages assez difficiles à comprendre, comme des hallucinations ou cauchemars (p. 118). Hopey va devenir « prof assistante » ; elle est intime avec une certaine Rosie, au point de lui peloter les fesses (p. 133). Pendant qu’elles sont au lit, Rosie lui annonce qu’elle la quitte (p. 160). Un narrateur qui intervient à la fin du volume mais dont je n’arrive pas à trouver le nom (Ray peut-être, en tout cas un des ex de Maggie), est témoin de violences opposant Sid à d’autres types, et voudrait se faire Vivian, mais il est plutôt inhibé. Ils finissent par passer à l’acte, mais chacun pense à quelqu’un d’autre, peut-être à Maggie pour les deux (p. 200) ! Enfin ils le font pendant cinq heures, au point que le type se plaint : « Aïe, ma pauvre queue ! » (p. 205). Sid est assassiné, et Vivian se fait violenter par un de ses amis, Elmer, aussi taré que Sid, qui est arrêté par la police pendant la veillée funéraire, pour le meurtre de son ami. Terminons par l’éloge que fait Ray d’Elmer : « Cette petite tapette est le même genre d’enculé que Sid. À voir sa baraque, un plus gros enculé, même » (p. 220).

Volume 1 de la série « Locas »

Publié en 2005 en France par Vincent Bernière au Seuil, après avoir paru aux États-Unis la même année. Traduction de Nikola Acin. 352 p., 21 €. Les histoires sont datées de 1982 à 1988.

Une histoire de 3 pages plante le décor : Hopey et son frère Joey se disputent. Joey voudrait bien se taper Maggie, la copine de Hopey, laquelle se défend du lesbianisme qu’il voudrait lui faire reconnaître : « Maggie et moi, on vit ensemble et on dort dans le même lit, mais ça veut pas dire ce que tu crois. On se tient la main dans la rue, c’est pas pour ça qu’il faut se faire des idées. » Les 350 pages sont remplies d’histoires abracadabrantes, certaines réalistes, d’autres fantastiques, parodiant des super-héros de comics. Ces histoires ont des titres indiqués en sommaire, mais parfois oubliés dans la pagination, ce qui suppose que la page de titre publiée en revue était impossible à reprendre (ex. p. 339 : l’histoire intitulée « Caleçon, slip ou string ? » commence à brûle-pourpoint). On fait connaissance avec les personnages, grâce à de nombreux flash-backs qui permettent de remonter dans la chronologie des amours, amitiés et relations familiales complexes. Les familles au sens strict de Hopey ou Maggie ne sont jamais montrées, à part le frère de Hopey, dont le désir pour Maggie est un leitmotiv. La tante, « Tia » de Maggie revient souvent. C’est une championne de catch aux pratiques de combat déloyales. Elle héberge parfois sa nièce avec une délégation de parentalité pour le moins excessive (la famille de Maggie est partie quand elle avait 13 ans, cf. p. 137). Maggie a vécu en rêve des aventures de super-héros. Dans la « réalité » de la fiction, elle est mécanicienne, et on fait souvent appel à ses talents en la matière. Une page amusante, p. 61, pratique la mise en abîme : les deux héroïnes se plaignent du « gars qui nous dessine dans cette BD », et obtiennent une aventure extraordinaire. Ce sera celle du « Mécano prosolaire », qui les emmène sur une île fantastique peuplée de méchants et de gentils qui se font la guerre, avec en prime une journaliste amoureuse…
Une histoire avec Izzy (qu’on retrouvera dans le vol. 4) permet à celle-ci, divorcée, de donner sa définition allégorique du mariage : « Mon cousin Perverto était un expert en torture de chat. Un coup, il a attaché deux chats ensemble par la queue avec du fil électrique… et ensuite il les pendait sur un fil à linge pour qu’ils balancent côte à côte et il les laissait là… Ils se battaient de temps en temps, puis, après quelques jours, ils commençaient à s’entredévorer » Dans le registre sexuel, si Hopey et Maggie constituent une sorte de couple, elles sont pour le moins ouvertes, notamment aux hommes, soit ensemble (avec le beau Race, p. 179), soit séparément. Ce sont surtout les autres qui les traitent de « goudou » (la tante de Maggie, p. 205), ce qui a pour vertu de les rapprocher. Par exemple, Maggie répond à sa tante : « l’une d’entre nous va se faire pousser une bite et on va avoir des gosses… » (p. 329). Peu de scènes de sexe : p. 207, les deux amies se « tripotent » ; sous les yeux de leur amie qui les héberge, qu’elles croyaient endormie. Quand une amie, Danita, demande si elle est « gouine », Maggie répond qu’elle a fait l’amour avec sa « meilleure amie Hopey », mais qu’elle n’imagine pas le faire avec une autre. Le frère de Maggie, plus âgé, se demande cette fois si elle est « bi » (p. 293). Hopey, en fuite pour retrouver son amie, ne laisse pas passer une occasion pour un plan à trois avec son pote de fugue Tex et son amie Penny, qui vit dans l’immense manoir de son mari milliardaire Costigan (p. 308). Pendant ce temps, Maggie vit une belle histoire avec Ray, un dessinateur timide. Une planche pleine page les montre nus et endormis au lit (p. 309). Le milieu ambiant est plutôt violent, les chicanos hommes et femmes vivent en bandes rivales qui se castagnent, voire s’entretuent, et pourtant il faut avoir 21 ans pour acheter de l’alcool (cf. p. 225) ! On relève une belle planche à dominante noire, qui rappelle un film d’Orson Welles, La Soif du mal, dont un personnage est d’ailleurs cité. Les portraits utilisent souvent une technique de doublement du visage pour exprimer les sautes d’humeur instantanées de divers personnages, par exemple la tante Vicki, p. 316, ou bien des masques horribles, aux dents en pointe, aux traits déformés, suintant de sueur. Un des meilleurs exemples est l’excellente séquence du beau Ray tentant de peindre Danita, p. 341 et 342. Il doute de son talent, ce qui concerne sans doute le graphiateur, et son visage exprime les transes du créateur en proie au doute, jusqu’à cette déformation du visage qui constitue une hyperbole graphique.

Volume 2 de la série « Locas »

Publié en 2006 en France par Vincent Bernière au Seuil, après avoir paru aux États-Unis en 2005. Traduction de Nikola Acin ; 328 p., 22 €. Les histoires sont datées de 1988 à 1996, avec même une reprise de 1981 pour la dernière.

Les deux amies sont séparées depuis plus d’un an ; se retrouveront-elles jamais ? Cette question taraude le lecteur et leurs amies pendant tout le volume. On fait enfin connaissance avec leurs parents, et on comprend pourquoi on ne les voit pas souvent ! Maggie file d’abord le parfait amour avec Ray. Elle lui apprend que Penny « vit toujours dans l’illusion qu’un jour Hopey et moi on va se marier et vivre heureuses ensemble » (p. 11). De fait, Penny manigance pour réunir les deux filles. Quand c’est chose faite, elle s’exclame qu’il s’agit du « plus grand amour imaginable entre deux êtres humains », et aussitôt les deux amies se foutent sur la gueule ! (p. 20). Hopey et Penny sont censées avoir été enceintes toutes deux des œuvres de Tex, qu’elles ont presque violé dans le manoir de M. Costigan et dans le volume précédent. De son côté Ray, qui a des problèmes d’argent, devient quasiment SDF comme son copain Doyle, mais se met en ménage avec Danita, laquelle se fait engager avec succès au bar topless. C’est la seule façon pour les filles de gagner un peu d’argent dans cette ville. Comme une amie lui reproche de s’y faire exploiter, Danita proteste : « J’ai pris confiance en moi, en tant que fière femme noire, je vais faire de mon fils un fier homme noir » (p. 140). Toutes les femmes sont folles de Hopey et de ses vingt ans fougueux ; les plans à trois ne les rebutent pas. Sa photo est diffusée comme avis de recherche sur des boîtes de jus de fruit ou de lait, et tout le monde se demande qui a fait le coup ; il s’agit sans doute d’Izzy, qui perd plus ou moins l’esprit. Il n’y a pas que Hopey qui suscite le désir dans ce volume 2 : Doyle est poursuivi par une ado, persuadée qu’il est « monté comme un âne » ; Joey, le frère de Hopey, n’imagine pas vivre un instant sans une fille ; sa sœur drague une de ses ex, tout en lui demandant si Joey lui a fait subir ses fantasmes sexuels ! Lois, une lesbienne mûre, butch et hétérophobe (p. 91), reçoit des petites jeunes et répète en boucle : « Qui veut baiser ? ».
Quelques cases perdues dans cette somme « choqueront » les saintes-nitouches (par les dialogues et non les dessins ; le dessin le plus osé (p. 253) montre Hopey et Maggie nues enlacées au lit, mais sans contact génital), mais elles auront refermé le livre depuis longtemps : Nan Tucker, une femme mûre vedette de la télé, convoite Hopey, invitée par sa fille Jewel. Cette Nan Tucker a un fantasme : elle paie de très jeunes filles pour des plans disons « couche souillée » (p. 138), d’où des dialogues pas piqués des hannetons (ex : « que quelqu’un me bouffe la chatte ! »), et cela amuse beaucoup Hopey. On croise brièvement un personnage transgenre FtM : Marco, ex-Monica (p. 135). L’homosexualité masculine est abordée, par l’homophobie latente des lesbiennes, notamment de Maggie, une homophobie qui fait partie de son propre processus d’orientation sexuelle. Elle parle de « musique de pédés de blancs » (p. 155) ; quand elle surprend Enero, qu’elle a rembarré, en train de « foutre son pipi dans le cul d’un type », elle s’exclame que ce sont « tous des jojos », insulte locale pour gays (p. 259). Maggie est désorientée par l’absence de Hopey. Elle fait la pute pour payer son car, et tombe plus ou moins amoureuse du client, Enero ; Gina, une catcheuse, tombe amoureuse d’elle, et elle doit inventer qu’elle va se marier pour les décourager, ce qui lui crée d’autres problèmes ! Le catch, surtout féminin, prend une grande place dans plusieurs épisodes. Les catcheuses sont soit lesbiennes ou bi, soit se plaignent que « ce métier est envahi par les gouines » (p. 191), ou plus prosaïquement que « tout le monde se broute de nos jours » (p. 197) ! Ces épisodes témoignent, comme dans le Volume 1, d’une atmosphère très violente, dans laquelle les femmes ne sont pas en reste.
L’auteur est au sommet de son art, le trait est sûr, et l’enchaînement des cases joue sur tous les rythmes, ralenti pour exprimer l’hésitation (p. 71), ou accéléré ou alterné pour susciter l’humour ou le suspense. On peine parfois à reconnaître les nombreux personnages, surtout ces femmes jeunes qui changent de look, ou bien les plus vieilles qui font l’objet d’une analepse sur leur enfance.

Volume 3 de la série « Locas » : « Elles ne pensent qu’à ça »

Publié en 2009 en France par Delcourt, collection « Outsider » ; paru en 2003 en américain et traduit en français par Vincent Bernière. 216 p., 19,9 €. Les histoires de ce volume sont datées de 1996 à 2002.

Le volume 3 commence par une surprise, une aventure de 25 pages en couleurs, seule exception dans les 1100 pages. Le sous-titre « Elles ne pensent qu’à ça » est révélateur du contenu. Hopey commence à évoquer sa mère : « J’avais envie de me taper ma mère » (p. 15). En p. 32, on tombe sur une vignette représentant un cunnilingus entre les deux amies (sans détails anatomiques), mais l’image est fugace et unique. Ray, qui n’est jamais nommé dans ce volume sauf erreur, est largement concerné par le sous-titre : il commence par se taper Norma, alias Penny Century, qui l’allume et l’abandonne sans prévenir. Là encore, une vignette fugitive représente le coït, vu de l’extérieur à travers une fenêtre. Penny exige de faire l’amour porte ouverte, et tient la dragée haute à Ray. Plus loin, on la verra se taper un amant au bord de la piscine, alors que sa fille adolescente peut la voir. La mort de son mari, le milliardaire M. Costigan, ne l’émeut guère. Quant à Ray, il fantasme sur tout ce qui bouge et sent la femme, une strip-teaseuse voluptueuse par exemple, p. 94 ; il imagine toutes les filles qu’il a désirées le harceler (p. 99). Ce volume innove dans les formes ; ainsi plusieurs histoires pratiquent-elles le dialogue entre le graphiateur et les personnages ; p. 69, on remarque une belle image où Maggie engueule ledit graphiateur, qui la titille sur sa peur en voiture la nuit. Plusieurs interludes coupent les récits principaux, racontant des histoires de gamins ; l‘un d’entre eux s’éternise, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’en fait d’interlude, il s’agit d’un épisode de la vie de Maggie bébé (p. 126).
Ce volume se caractérise par une grande liberté de registre ; l’auteur n’hésite devant aucune audace. Izzy grandit ou rapetisse tour à tour à cause du stress que provoquent en elle ses interventions publiques d’auteure. La sexualité de Hopey et Maggie donne lieu à des spéculations incessantes de leurs ami(e)s : sont-elles lesbiennes, hétéro, bi (« à voile et à vapeur » (p. 98)) ? Coup de théâtre en p. 145 : Maggie divorce. C’est donc qu’elle était mariée en secret à un homme (Tony « Top Cat » Chase), ce que tout le monde ignorait ! Le récit prend souvent une allure fantastique, ou bien onirique : Maggie participe à une course symbolique, au cours de laquelle elle se fait inviter à une fête de divorce. Elle se rapproche de Hopey, mais déclare : « Hopey, pourquoi t’as pas une queue ? » ; Hopey « dit qu’elle préférerait que Maggie laisse de temps en temps s’exprimer son désir hétéro » (p. 185) ; une amie remarque : « Maggie s’est arrangée pendant tout ce temps-là, la grosse saucisse de Top Cat d’un côté et la petite langue rose de Hopey de l’autre » (p. 192). J’en profite pour signaler un détail qui revient dans plusieurs volumes de temps en temps : il arrive à quelques personnages de dessiner une croix gammée sur un mur par exemple, lorsqu’ils sont en colère : ex. p. 121. À la fin de ce volume, Ray retrouve Doyle un peu changé, devenu mystique. Il se « demande s’il va pas [lui] sortir une bible ou une swastika » (p. 210). Mais cela n’est signalé qu’en passant, car quelques pages plus loin, Ray finit par comprendre que Doyle a profité de ce qu’il était saoul pour le sucer (p. 215) ! Comme quoi même les garçons peuvent se révéler à poil et à vapeur !

- Ces ouvrages bénéficient du label « Isidor », tout en rappelant que certaines cases isolées contiennent quelques dialogues ou images qui peuvent « choquer », perdues dans ce millier de pages.
Label Isidor HomoEdu

Luba, de Gilbert Hernandez, Volume 3

Publié en 2012 en France par Delcourt, collection « Outsider » ; paru en 2009 en américain et traduit en français par Vincent Bernière. 176 p., 20 €. Fait partie comme les précédents de la série Love and Rockets ; histoires datées des années 2001 à 2008 (en gros)
Luba, de Gilbert Hernandez
La dominante de ces histoires de la même série globale, mais du frère de l’auteur de la série « Locas », Gilbert Hernandez, est hétérosexuelle, mais peu portée sur le couple et la fidélité, en quoi elles sont fichtrement altersexuelles. Il y a cependant pas mal d’allusion au lesbianisme et à la bisexualité. On peut faire le même reproche que pour les volumes précédents : trop de personnages et des situations complexes dans lesquelles le lecteur béotien peine à se repérer parce que le narrateur ne nous donne pas toutes les clés ou s’imagine qu’on n’a que ça à faire ! Je me contenterai donc de noter quelques flashs. Il s’agit notamment de l’histoire de trois sœurs aux gros nichons, de leurs tantes et parents, lesquels ne s’entendent pas au mieux. Les familles sont allègrement recomposées dans tous les sens. On croise des personnages homophobes ou militants homos (p. 69 ≠ p. 136). La nudité est fréquente, mais n’est pas utilisée de façon érotique. Par exemple, Hector se retrouve nu dans une soirée mondaine, et la nudité est bien évidemment symbolique. Il se voit vieillir, et son sexe reprend le flambeau de sa vie flétrie (p. 78 ; cf ci-dessus). Ce personnage est émouvant, en père effacé acceptant les exigences de la mère de son enfant, Guadalupe, qui « acceptait que je sois dans la vie du bébé, mais pas dans la sienne » (p. 108). Il y a pas mal de scènes d’amour hétéro osées dans la nudité, mais on ne distingue pas les sexes, ou du moins pas en érection pour le pénis. Il y a Yorgos, un homme très bien membré ; on ne voit son pénis qu’au repos (p. 116). La question de l’inceste est abordée p. 130, avec Rosalba et son père, qu’elle accuse d’attouchements, mais la narration laisse un doute, et passe outre. Le lesbianisme et la bisexualité sont abordés en fin d’ouvrage, de façon confuse. Une femme évoque la « défense des droits des gays et lesbiennes » (p. 136). Des enfants discutent, et plusieurs expriment un doute sur leur identité sexuelle en tant qu’adultes : « Conchita ne sait pas si elle sera une fille ou un garçon » (p. 137). Une femme s’exclame « Je suis bi et j’en suis fière », entourée d’enfants (p. 138). Dans la foulée il est question d’un « festival gay ». Enfin, il est question de zoophilie, à propos du fil rouge du livre, les films plus ou moins pornos tournés par « Tia Fritz », la tante des trois filles personnages principales (tout cela reste très confus pour les non-initiés). Mais on ne sait pas s’il s’agit d’un chien ou d’un figurant couvert d’une peau d’animal. Bref, une série à réserver aux initiés.

- En 2017, les éditions Delcourt publient dans la collection Erotix, Jardin d’Eden, de Gilbert Hernandez. Il s’agit d’une vision pornographique d’un petit nombre d’histoires bibliques, notamment l’arche de Noé. De longs pénis plongent allègrement dans de profonds vagins, avec peu de dialogue. Aucun intérêt pédagogique.

- Lire une autre fameuse B.D. indépendante américaine : Bitchy Bitch, de Roberta Gregory.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Un article du blog d’Hector, fort utile


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Messages

  • En tant que fan de LOVE & ROCKETS, j’étais ravi de tomber sur cet article mais effectivement vous semblez assumer être un peu passé à côté de l’œuvre ; ce qui est normal quand on commence par des épisodes tardifs de la série.
    La lecture de LOCAS en français n’est pas aisée tant la publication de cette série en France fut pour le moins chaotique mais il semble que vous soyez partis pour lire les précédents volumes : il faut commencer par les deux gros tomes parus au SEUIL (environ 300 pages chacun) qui compile les épisodes du LOCAS première époque puis enchainer par les deux tomes parus chez DELCOURT comprenant des épisodes plus récents. Ce ne sont pas des intégrales de la série mais ils permettent de lire LOCAS en français dans la continuité, ce qui est une aubaine.
    Pur une brève présentation, LOCAS est donc une création de Jaime Hernandez publiée sous forme de feuilleton dans le comic book LOVE & ROCKETS crée par les deux frères Hernandez (Jaime et Gilbert) au début des années 80. La publication continue de paraitre aujourd’hui sous une forme différente après quelques interruptions et Jaime continue d’y narrer les aventures de ses personnages.
    LOCAS raconte donc essentiellement la relation entre Maggie et Hopey, deux jeunes filles qui grandissent en Californie dans les années 80 au sein d’un quartier latino. Au début LOCAS est une série assez foutraque, ces personnages de jeunes adolescentes vivent des aventures délirantes ou Jaime Hernandez mixe des réminiscences de la pop-culture héritées des BD populaires entre super-héros, science fiction et catch sud-américain. Peu à peu, la série devient plus réaliste et la toile de fond de la Californie des eighties en pleine émergence de la scéne punk prend de l’importance. La liberté de ton de l’auteur le pousse à aborder les sujets les plus graves. C’est surtout que rarement on aura vu des héroïnes grandir et vieillir de manière aussi réaliste : au début ce sont des ados puis elles deviennent des jeunes femmes puis des adultes, et c’est ce passage vers le monde des adultes que LOCAS raconte à travers l’histoire de ces deux filles. Jaime s’y affirme contre un conteur de grand talent, capable de créer des personnages terriblement attachants, doublé d’un dessinateur de génie. Certaines pages sont juste bouleversantes. Dans ses années les plus récentes, LOCAS revient à ses premières amours en retrouvant le ton délirant de fantaisie pop des premières histoires (les super-héros et les pastiches de comics y font leur retour). Le ton y est plus apaisé aussi.
    LOCAS est une œuvre complexe, longue, très référencée, inclassable mais essentielle, l’une des plus belles, les plus touchantes de la BD indépendante américaine.
    Il faut pas oublier de mentionner le travail du frère de Jaime, Gilbert Hernandez dont la série PALOMAR est un autre monument de la BD contemporaine.