www.altersexualite.com

Bienvenue sur le site de Lionel Labosse

Accueil > Classiques > Antiquité & Moyen Âge > La Bible et ses figures de style

Un best-seller pour la plage

La Bible et ses figures de style

Desclée de Brouwer / éditions du Cerf, 1973, 2174 p.

vendredi 22 mai 2009, par Lionel Labosse

Je dois posséder cette « Bible de Jérusalem » (en abrégé JER) depuis 35 ans, enfin depuis le début de mes études de lettres, et si je l’ai abondamment et régulièrement feuilletée pour trouver les références de telle ou telle allusion, je n’avais jamais eu le courage de me taper les 2000 pages d’affilée comme un petit Proust ou Zola. Avant mon départ en Palestine et Israël, j’étais tombé sur une publicité pour le tourisme en Terre sainte, dont le slogan était à peu près ceci : « Vous avez aimé le livre ; vous aimerez le pays ». Chiche ! me dis-je, et de glisser cette vieille Bible dans mon sac. En plus c’est un bon rapport encombrement / temps de lecture. Mais j’ai commencé par un certain nombre de livres plus en phase avec les problématiques actuelles, puis une bible de L’Humour juif, puis Comment le peuple juif fut inventé, de Shlomo Sand, ce qui en tout constitue peut-être autant de texte que la Bible, sans parler des articles. Paradoxalement, je m’étais déjà tapé le Coran en entier il y a fort longtemps, tout simplement parce que c’est bien plus court. Il faut dire que la Bible n’est pas un livre fort plaisant ; en dehors des épisodes connus il y a des tunnels, et même parmi les épisodes connus il y a des longueurs, comme les interminables Dix plaies d’Égypte. Je dirais même plus que l’Ancien Testament est parfois écœurant, avec ce dieu non pas seulement jaloux, qui agit comme un criminel de guerre, qui ne pense que punition et interdictions, obsédé sexuel refoulant la sexualité, maniaque dans ses prescriptions. Comment peut-on considérer comme saint un tel fatras ? Il faut dire que dans le Pentateuque, le dieu des juifs sent encore son hénothéisme à plein nez, c’est un dieu blédard, un dieu bouseux et chauvin qui doit prouver qu’il en a une plus grosse (colère, jalousie) que les dieux des bleds d’à côté, le dieu d’un seul peuple qu’il soutient contre les peuples voisins. C’est la notion de peuple élu, exprimée par exemple en Dt, 7-6-7 : « Car tu es un peuple consacré à Yahvé ton Dieu ; c’est toi que Yahvé ton Dieu a choisi pour son peuple à lui, parmi toutes les nations qui sont sur la terre. Si Yahvé s’est attaché à vous et vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples : car vous êtes le moins nombreux d’entre tous les peuples. » Même à l’époque du roi Salomon, Yahvé lui reproche, à la fin de sa vie, de s’être prosterné devant les dieux des autres peuples : « C’est qu’il m’a délaissé, qu’il s’est prosterné devant Astarté, la déesse des Sidoniens, Kemosh, le dieu de Moab, Milkom, le dieu des Ammonites, et qu’il n’a pas suivi mes voies, en faisant ce qui est juste à mes yeux, ni mes lois et mes ordonnances, comme son père David. » (1R 11-33)
Comme il est impossible d’écrire quoi que ce soit de neuf sur le sujet, je me suis dis que j’allais vous me faire un petit répertoire des figures de style, augmenté de quelques notes sur des passages étonnants. Allons-y !
Un étonnement que j’ai eu en lisant des livres sur Israël est que le mot « Bible » est utilisé par les juifs. Je croyais qu’il fallait utiliser des mots comme « Torah » ou je ne sais quoi. « Bible » désigne aussi bien la Bible hébraïque ou « Tanakh », acronyme désignant les 3 parties de la bible des juifs, la Torah (la Loi ou Pentateuque) ; les Nevi’i (les Prophètes) ; les Ketouvim (les autres Écrits ou Hagiographes), que la Bible des chrétiens, qui est celle des juifs rebaptisée « Ancien testament », augmentée du Nouveau testament (Évangiles, Actes des apôtres, épîtres, Apocalypse). Pour cet article j’utilisera un site extraordinaire qui permet (entre autres) de comparer 13 versions de la bible en français, dont celle d’André Chouraqui (1917-2007), qui sera mon point de comparaison quand nécessaire, car elle est la plus proche du style de l’original, dont la plupart des autres traducteurs ont gommé les rugosités, comme si le style ne faisait pas sens dans cette poésie. Les ouvrages de référence que j’ai utilisés pour les figures sont le Gradus de Bernard Dupriez (1984), et les Éléments de rhétorique et d’argumentation, de Jean-Jacques Robrieux (Dunod, 1993). Information utile : la Bible est découpée en chapitres appelés Péricope pour les chrétiens ; Parasha pour les juifs, ce qui entraîne des intertitres, lesquels ne font pas partie du texte proprement dit, et utilisent souvent des mots modernes, comme « Transjordanie ».
Article en cours de rédaction.

Liste alphabétique des figures
Accumulation
Allitération
Anadiplose
Anaphore
Aniconisme
Antithèse
Apologue
Chiasme
Comparaison
Dérivation
Énumération
Épiphore
Épithète homérique
Euphémisme
Expolition
Hendiadyn
Heroic fantasy
Humour
Hyperbole
Hypotypose
Marabout… bout de ficelle
Métaphore
Métonymie
Oxymore
Parabole
Parallélisme
Parastase
Périphrase
Pléonasme
Polyptote
Prolepse
Question rhétorique
Rythme
Sermocination
Stichomythie
Symbole
Synecdoque
Tautologie
Trouple
Truisme

Pléonasme

Dieu dit : « Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence » et il en fut ainsi. (Gn, 1-11)
Bel exemple de pléonasme : « verdisse de verdure », qui nous rappelle la différence entre les pléonasmes scolaires (« se dépêcher vite ») et cette ineffable poésie biblique. « Verdisse de verdure » ne peut avoir été engendrée que par un nomade du désert assoiffé arrivant soudain au terme de son voyage, au bord de la rivière de Babylone, et voyant surgir le vert en lieu et place du sable. La version Chouraqui renforce les trois pléonasmes contenus dans ce verset, ce qui en fait un trait caractéristique de l’écriture biblique : « Elohîms dit  : «  La terre gazonnera du gazon, herbe semant semence, arbre-fruit faisant fruit pour son espèce, dont la semence est en lui sur la terre.  » Et c’est ainsi. » « gazonner du gazon », « semer semence », « fruit faisant fruit » : Dieu crée une création capable de se recréer elle-même sans qu’il ait besoin d’y retourner.
D’autres pléonasmes sont juste des précisions, comme « La jeune fille était très belle, elle était vierge, aucun homme ne l’avait approchée. Elle descendit à la source, emplit sa cruche et remonta. » (Gn, 24-16). Chouraqui traduit : « L’adolescente très belle à voir, vierge, homme ne l’ayant pénétrée ». On comprend que même si elle a détourné l’usage de la cruche, ça compte pour du beurre ; le pléonasme n’en est pas vraiment un.
En Gn, 1-28, on trouve de beaux spécimens : « dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre. » L’homme étant à peine sorti de l’œuf, le verset fait imagier : « le poisson, chéri, c’est dans la mer ». D’autres enfoncent le clou, si l’on peut dire : « Tous les animaux qui sont avec toi, tout ce qui est chair, oiseaux, bestiaux et tout ce qui rampe sur la terre, fais-les sortir avec toi : qu’ils pullulent sur la terre, qu’ils soient féconds et multiplient sur la terre. » (Gn, 8-17) « Pour vous, soyez féconds, multipliez, pullulez sur la terre et la dominez. » (Gn, 9-7) En un mot : maintenant qu’on est à nouveau sur terre, il faut baiser ! En Gn, 24-50, les potaches trouveront l’excuse au pléonasme habituel des mauvaises copies : « Laban et Bétuel prirent la parole et dirent : « La chose vient de Yahvé, nous ne pouvons te dire ni oui ni non. » » En 1R 8-5 : « Le roi Salomon et tout Israël avec lui sacrifièrent devant l’arche moutons et bœufs en quantité innombrable et incalculable. » (Chouraqui : « qui ne se dénombrent et ne se comptent pas en multitude. »).

Euphémisme

Dieu les bénit et dit : « Soyez féconds, multipliez, emplissez l’eau des mers, et que les oiseaux multiplient sur la terre. » » (Gn, 1-22) Chouraqui traduit : « Elohîms les bénit pour dire  : «  Fructifiez, multipliez, emplissez les eaux dans les mers, le volatile se multipliera sur terre.  » Baisez, mes enfants. Les féministes devraient applaudir, car « Soyez féconds » / «  Fructifiez » s’adresse aux deux sexes, et même davantage aux femelles (l’homme n’est pas encore créé). L’homme (le « glébeux » pour Chouraqui) recevra la même injonction : Soyez féconds, multipliez / Fructifiez, multipliez » (Gn, 1-28). Et pourtant la femme n’est pas encore de la partie, et cela nous laisse à penser la partie que cela devait être entre « glébeux » ! Mais le plus célèbre euphémisme biblique est l’utilisation de « connaître » pour « pratiquer le coït vaginal » : « L’homme connut Eve, sa femme ; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit : « J’ai acquis un homme de par Yahvé. » » (Gn, 4-1). Chouraqui traduit sans ambages « Adâm pénètre Hava, sa femme. Enceinte, elle enfante Caïn. Elle dit : « J’ai eu un homme avec IHVH-Adonaï. » » Hosannah ! L’euphémisme est donc imputable aux traducteurs anciens, non à l’original. Idem pour l’histoire des anges de Sodome : « Ils appelèrent Lot et lui dirent : « Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène-les nous pour que nous en abusions. » » Cet euphémisme de la Bible de Jérusalem est rendu plus clair par Chouraqui : « Ils crient vers Lot. Ils lui disent : « Où sont les hommes qui sont venus vers toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous  : pénétrons-les » ! (Gn, 19-5) L’histoire de Lot est dupliquée en Jg 19-22 : « Pendant qu’ils se réconfortaient, voici que des gens de la ville, des vauriens, s’attroupèrent autour de la maison et, frappant à la porte à coups redoublés, ils dirent au vieillard, maître de la maison : « Fais sortir l’homme qui est venu chez toi, que nous le connaissions. » De même, Chouraqui écrit : « Nous le pénétrerons ! » L’euphémisme est parfois une périphrase. L’onanisme est un euphémisme incontournable : « Cependant Onân savait que la postérité ne serait pas sienne et, chaque fois qu’il s’unissait à la femme de son frère, il laissait perdre à terre pour ne pas donner une postérité à son frère. Ce qu’il faisait déplut à Yahvé, qui le fit mourir lui aussi. » « Laissait perdre à terre », comprenez : « éjaculait par terre » (Gn, 38-9-10). En revanche, la Bible de Jérusalem sait parfois appeler un chat : « L’homme aux testicules écrasés, ou à la verge coupée ne sera pas admis à l’assemblée de Yahvé. » (Dt, 23-2), alors que Chouraqui est plus vague : « Le blessé de constriction, le tranché de l’urètre ne viendra pas dans l’assemblée de IHVH. » De même en Dt, 23-11 : « S’il se trouve parmi les tiens un homme qui ne soit pas en état de pureté, par suite d’une pollution nocturne, il sortira du camp et n’y rentrera pas » Cette version JER paraît édulcorée, ét pourtant Chouraqui l’est plus encore : « par accident de nuit » ! Pourtant, en Dt, 25-11, c’est JER qui euphémise : « Lorsque des hommes se battent ensemble, un homme et son frère, si la femme de l’un d’eux s’approche et, pour dégager son mari des coups de l’autre, avance la main et saisit celui-ci par les parties honteuses », alors que Chouraqui, cette fois, est plus burné : « saisit ses testicules.  » Le mot « chose » constitue une parade facile quant aux contondances du langage : « David répondit au prêtre : « Bien sûr, les femmes nous ont été interdites, comme toujours quand je pars en campagne, et les choses des hommes sont en état de pureté. C’est un voyage profane, mais vraiment aujourd’hui ils sont en état de pureté quant à la chose. » Chouraqui là aussi préserve le vague de la chose : « David répond au desservant et lui dit : « Oui, la femme nous est prohibée d’hier et d’avant-hier quand je sors ; et les engins des adolescents sont consacrés ; c’est la route profane habituelle. À plus forte raison aujourd’hui, où leurs engins sont particulièrement consacrés. » (1S 21-6). Dans 1R 1-1-4, « Le roi David était un vieillard avancé en âge ; on lui mit des couvertures sans qu’il pût se réchauffer. Alors ses serviteurs lui dirent : « Qu’on cherche pour Monseigneur le roi une jeune fille qui assiste le roi et qui le soigne : elle couchera sur ton sein et cela tiendra chaud à Monseigneur le roi. » Ayant donc cherché une belle jeune fille dans tout le territoire d’Israël, on trouva Abishag de Shunem et on l’amena au roi. » Cette jeune fille était extrêmement belle ; elle soigna le roi et le servit, mais il ne la connut pas. » Chouraqui traduit, bien entendu, par « mais le roi ne la pénètre pas » ! En tout cas, que voilà de belles traditions bibliques, les racines bibliques du suggar daddy !

Dérivation

Cette figure consiste à « rapprocher des termes issus du même radical, généralement afin de faire réfléchir sur les subtilités du vocabulaire » (Robrieux, op. cit., p. 58). « Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce : bestiaux, bestioles, bêtes sauvages selon leur espèce » et il en fut ainsi. » (Gn, 1-24) Chouraqui traduit : « Elohîms dit : «  La terre fera sortir l’être vivant pour son espèce, bête, reptile, le vivant de la terre pour son espèce.  » Et c’est ainsi. » La dérivation, donc, semble inventée par les traducteurs de la Bible de Jérusalem, pour souligner une unité entre les catégories du vivant, absente du texte original si l’on suit Chouraqui.

Chiasme

Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. (Gn, 1-27) Le chiasme remplit ici son rôle canonique de souligner la symétrie spéculaire de la situation. Le fond se confond avec la forme comme l’homme avec Dieu. « Ne fais pas périr l’innocent ni le juste et ne justifie pas le coupable. » (Ex, 23-7) : le chiasme souligne la fragilité des témoignages qui peuvent faire pencher la vérité d’un côté ou de l’autre de la balance de la justice. Joli chiasme pour souligner la punition que mérite amplement la salope qui s’est tapé un autre mec que son mari : « Il fera boire à la femme ces eaux d’amertume et de malédiction, et ces eaux de malédiction pénétreront en elle pour lui être amères. » (Nb, 5-24). On note la pointe finale de la répétition de l’épithète « amère », qui existe aussi dans la version Chouraqui, ce qui confirme que le chiasme doit exister en langue originale : « Il abreuve la femme des eaux amères qui rendent maudit. Les eaux qui rendent maudit viennent en elle, amères. » En Dt, 22-5, le chiasme présente comme une évidence symétrique la distinction genrée des vêtements : « Une femme ne portera pas un costume masculin, et un homme ne mettra pas un vêtement de femme : quiconque agit ainsi est en abomination à Yahvé ton Dieu. ». Et l’évolution vers plus de clémence sensible en Dt, 24-16 choisit aussi cette figure : « Les pères ne seront pas mis à mort pour les fils, ni les fils pour les pères. Chacun sera mis à mort pour son propre crime. » Cela tranche avec la cruauté barbare du dieu de l’Exode : « [Yahvé] ne laisse rien impuni et châtie les fautes des pères sur les enfants et les petits-enfants, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. » (Ex, 34-7).

Épiphore

Répétition du même mot en fin de groupe, symétrique de l’anaphore. « Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l’ouvrage qu’il avait fait. » (Gn, 2-2). Répétition simplement rythmique, à la base de la poésie antique chantée.

Métaphore

« Si tu es bien disposé, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie qui te convoite ? pourras-tu la dominer ? » (Gn, 4-7). La version Chouraqui simplifie : « N’est-ce pas, que tu t’améliores à porter ou que tu ne t’améliores pas, à l’ouverture, la faute est tapie ; à toi, sa passion. Toi, gouverne-la. » Métaphore réduite au verbe personnifiant, la traduction traditionnelle en avait fait une véritable métaphore évoquant le diable. Quant au verbe « circoncire » et au nom prépuce, il est souvent employé en comparaison ou en métaphore. Ex : « Yahvé ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité pour que tu aimes Yahvé ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives. » (Dt, 30-6). Autre exemple plus animalier en 2R 19-28 : « Parce que tu t’es emporté contre moi, que ton insolence est montée à mes oreilles, je passerai mon anneau à ta narine et mon mors à tes lèvres, je te ramènerai sur la route par laquelle tu es venu. » L’homme est donc assimilé à un chameau ou autre taureau muselé.

Question rhétorique

« Yahvé dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Il répondit : « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » » (Gn, 4-9). Caïn fut donc le premier potache bottant en touche lorsque son prof Yahvé lui pose une question embarrassante : « Où est ton devoir maison ? — Quel devoir maison ? »

Hyperbole

« C’est que Caïn est vengé sept fois, mais Lamek, septante-sept fois ! » (Gn, 4-24) Lamek est l’arrière-arrière petit-fils de Caïn. Chassé par Yahvé après le meurtre de son frère, il avait demandé protection, et Dieu lui avait mis un signe selon lequel « si quelqu’un tue Caïn, on le vengera sept fois » (Gn, 4-15). Son descendant renchérit, à titre anecdotique. Il s’agit de donner un exemple de l’exaltation sauvage de la vengeance, laquelle sera atténuée par la loi du Tallion (sur laquelle on fait toujours un contresens consistant à oublier qu’elle limitait ce type de vengeance hyperbolique pratiquée antérieurement). Autre exemple géographique : « Ta descendance deviendra nombreuse comme la poussière du sol, tu déborderas à l’occident et à l’orient, au septentrion et au midi, et tous les clans de la terre se béniront par toi et par ta descendance. » (Gn 28-14). Chouraqui va moins loin, il remplace ainsi « l’occident » et le « midi » : « tu fais brèche vers la Mer et vers le levant, vers le septentrion et vers le Nèguèb ». Mais on connaît la propension des Méditerranéens à l’hyperbole… Bonne vieille comparaison hyperbolique en Gn 32-13 : « Pourtant, c’est toi qui as dit : Je te comblerai de bienfaits et je rendrai ta descendance comme le sable de la mer, qu’on ne peut pas compter, tant il y en a. » L’épisode des Dix plaies d’Égypte est un festival d’hyperboles : « Elles [les sauterelles] couvriront la surface du sol et l’on ne pourra plus voir le sol. Elles dévoreront le reste de ce qui a échappé, ce que vous a laissé la grêle ; elles dévoreront tous vos arbres qui croissent dans les champs. » (Ex 10-5). Une bien sympathique crée une monnaie plus originale que la monnaie de singe : « Vous direz ceci à David : Le roi ne désire pas un paiement, mais cent prépuces de Philistins, pour tirer vengeance des ennemis du roi. » (1S 18-25). Et pour un croissant, c’est combien en prépuces ? Mais la plus émouvante n’est-elle pas celle de David pleurant Jonathan ? « Jonathan, par ta mort je suis navré, j’ai le cœur serré à cause de toi, mon frère Jonathan. Tu m’étais délicieusement cher, ton amitié m’était plus merveilleuse que l’amour des femmes. » (2S 1-25-26). Chouraqui préfère le mot « amour » : « Je suis en détresse pour toi, mon frère Iehonatân, si exquis pour moi ! Ton amour m’était merveilleux plus qu’amour de femmes ! »

Symbole

« La colombe revint vers lui sur le soir et voici qu’elle avait dans le bec un rameau tout frais d’olivier ! Ainsi Noé connut que les eaux avaient diminué à la surface de la terre. » (Gn, 8-11). Le désormais symbole universel de la paix est inventé par les traducteurs anciens, car Chouraqui traduit plus simplement : « Et la palombe vient vers lui, au temps du soir, et voici une feuille fraîche d’olivier dans son bec. Noah sait que les eaux se sont allégées sur la terre. »

Oliviers à Battir (Palestine).

Périphrase

La périphrase suivante constitue un euphémisme pudique désignant les menstrues (mais dans le contexte ce sont surtout les enfants, ce qu’ont les femmes et que Sara a cessé d’avoir !) : « Or Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge, et Sara avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes. » (Gn, 18-11) « Abrahâm et Sara, vieux, déclinent dans les jours. Elle a cessé d’être pour Sara, la voie des femmes ! » Même emploi en Gn, 31-35 : « Rachel dit à son père : « Que Monseigneur ne voie pas avec colère que je ne puisse me lever en ta présence, car j’ai ce qui est coutumier aux femmes. » » (Chouraqui : « Oui, à moi la route des femmes »). Dans le registre guerrier, périphrase euphémique aussi : « Lorsque Jéhu eut achevé d’offrir l’holocauste, il ordonna aux gardes et aux écuyers : « Entrez, frappez-les ! Que pas un ne sorte ! » Les gardes et les écuyers entrèrent, les passèrent au fil de l’épée et arrivèrent jusqu’au sanctuaire du temple de Baal. » (2R 10-25). Chouraqui traduit : « Ils les frappent à bouche d’épée. » C’est juste une joliesse stylistique sans doute, car les massacres pullulent sans ambages au fil des pages de l’ancien testament !

Stichomythie

La stichomythie se coule parfaitement dans le verset biblique pour le fameux marchandage très juifs du Sentier de Yahvé avec Abraham (Gn, 18-26-32) : « Yahvé répondit : « Si je trouve à Sodome cinquante justes dans la ville, je pardonnerai à toute la cité à cause d’eux. »
Abraham reprit : « Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Mais peut-être, des cinquante justes en manquera-t-il cinq : feras-tu, pour cinq, périr toute la ville ? » Il répondit : « Non, si j’y trouve quarante-cinq justes. » Abraham reprit encore la parole et dit : « Peut-être n’y en aura-t-il que quarante », et il répondit : « Je ne le ferai pas, à cause des quarante. »
Abraham dit : « Que mon Seigneur ne s’irrite pas et que je puisse parler : peut-être s’en trouvera-t-il trente », et il répondit : « Je ne le ferai pas, si j’en trouve trente. » Il dit : « Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur : peut-être s’en trouvera-t-il vingt », et il répondit : « Je ne détruirai pas, à cause des vingt. » Il dit : « Que mon Seigneur ne s’irrite pas et je parlerai une dernière fois : peut-être s’en trouvera-t-il dix », et il répondit : « Je ne détruirai pas, à cause des dix ». Voyez ce que fait Mordecai Richler à partir de cette stichomythie, dans L’Humour juif.

Polyptote

La langue rugueuse de la Bible abuse du polyptote, figure consistant à enfiler les mots issus de la même racine lexicale : « Vite elle vida sa cruche dans l’auge, courut encore au puits pour puiser et puisa pour tous les chameaux. » (Gn, 24-20). Autre exemple à l’article Parallélisme.

Trouple

Ce n’est pas une figure de style, mais un style de vie qu’on aurait tort de croire nouveau. « Jacob s’unit aussi à Rachel et il aima Rachel plus que Léa ; il servit chez son oncle encore sept autres années. » (Gn 29-30). Rassurez-vous, ce n’est pas un vrai trouple, mais plutôt de la polygamie, puisque Rachel et Léa ne font rien ensemble. Mais ce n’est pas tout : courroucée d’être stérile alors que sa sœur a donné plusieurs enfants à Jacob, Rachel étend le trouple aux relations ancillaires : « Elle lui donna pour femme sa servante Bilha et Jacob eut des relations avec elle. » (Gn 30-4). Mais Léa en fait autant : « Léa, voyant qu’elle avait cessé d’avoir des enfants, prit sa servante Zilpa et la donna pour femme à Jacob. » Jacob se voit donc à la tête de quatre femelles, heureux homme !

Allitération

L’allitération n’existe en principe que dans la traduction, sauf cas exceptionnel où le traducteur transcrit un jeu de sonorités qui existe dans l’original. « Dieu lui dit : « Je suis El Shaddaï. Sois fécond et multiplie. Une nation, une assemblée de nations naîtra de toi et des rois sortiront de tes reins. » (Gn 35-11). Fait exceptionnel, Chouraqui conserve une partie de la traduction, ce qui laisse croire qu’il y a un écho de la version originale : « et des rois sortiront de tes reins ».

Tautologie

« Dieu dit à Moïse : « Je suis celui qui est. » Et il dit : « Voici ce que tu diras aux Israélites : Je suis m’a envoyé vers vous. » (Ex, 3-14). « Je suis celui qui est » ; « je suis » : tu l’as dit, bouffi ! « Je fais grâce à qui je fais grâce et j’ai pitié de qui j’ai pitié. » (Ex, 33-19). Pour qui il se prend, Yahvé ? Pour un ponte de la mafia ? Exemple plus banal en 2R 25-3 : « Au quatrième mois, le neuf du mois, alors que la famine sévissait dans la ville et que la population n’avait plus rien à manger ». Non ! Non seulement il y avait la famine, mais en plus on n’avait rien à se mettre sous la dent ? Sans blague !

Humour

Comme l’explique Shlomo Sand, rien de moins juif que l’humour juif, qui est plutôt un humour yiddish. Certaines situations prêtent à rire, mais à leur cor défendant : « Lorsque Moïse tenait ses mains levées, Israël l’emportait, et quand il les laissait retomber, Amaleq l’emportait. Comme les mains de Moïse s’alourdissaient, ils prirent une pierre et la mirent sous lui. Il s’assit dessus tandis qu’Aaron et Hur lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi ses mains restèrent-elles fermes jusqu’au coucher du soleil. » (Ex 17-11-12).

Antithèse

« Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car moi Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants pour ceux qui me haïssent, mais qui fais grâce à des milliers pour ceux qui m’aiment et gardent mes commandements. » (Ex 20-5-6). Le « mais » biblique du dieu jaloux est quasiment hugolien. Attention le bout des doigts !

Rythme & Énumération

Du groupe à rythme binaire à l’accumulation, toutes les strates possibles de l’énumération sont utilisées pour imposer les diktats judaïques. Dire à partir de quel nombre on bascule de l’énumération à l’accumulation revient au paradoxe sorite ; ce n’est pas vraiment une question de nombre, mais d’impression globale. Impression d’ordre : énumération ; impression de tas : accumulation ; et quand du tas sort finalement un ordre, c’est la conglobation !
- rythme unaire : « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. » (Ex 20-17). Ce n’est pas, comme ci-dessous « la maison ni le champ », donc le rythme unaire a un sens : la « maison » est unique et plus importante que ses habitants.
- groupe à rythme binaire : « Vous ne maltraiterez pas une veuve ni un orphelin. » (Ex 22-21) ; « vos femmes seront veuves et vos fils orphelins. » (Ex 22-23). On peut donc maltraiter le reste du monde ? Cela fait penser aux comptes rendus d’attentats : dix-huit morts dont deux femmes et un enfant. Sous-entendu que les 15 mecs adultes, c’est bien fait pour leur gueule !
- rythme ternaire : « Je sèmerai devant toi ma terreur, je jetterai la confusion chez tous les peuples où tu pénétreras, et je ferai détaler tous tes ennemis. » (Ex 23-27). Il y a intérêt à faire partie du peuple élu, parce que les autres seront karchérisés ! Idem en Ex 32-27 : « Il leur dit : « Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : ceignez chacun votre épée sur votre hanche, allez et venez dans le camp, de porte en porte, et tuez qui son frère, qui son ami, qui son proche. » Plus sympa en Dt, 24-19-21, une générosité qui triple le rythme ternaire, réitéré à l’identique sur trois versets successifs : « Lorsque tu feras la moisson dans ton champ, si tu oublies une gerbe au champ, ne reviens pas la chercher. Elle sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve, afin que Yahvé ton Dieu te bénisse dans toutes tes œuvres. Lorsque tu gauleras ton olivier, tu n’iras rien y rechercher ensuite. Ce qui restera sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve. Lorsque tu vendangeras ta vigne, tu n’iras rien y grappiller ensuite. Ce qui restera sera pour l’étranger, l’orphelin et la veuve. »
- rythme quaternaire : « Il fit sept aspersions sur l’autel et oignit pour les consacrer l’autel et ses accessoires, le bassin et son socle. » (Lv, 8-11). Rythme propice à l’exhibition d’une réalité classée, ordonnée, ici d’un rituel consacré. Idem en Lv, 16-4 : « Il revêtira une tunique de lin consacrée, il portera à même le corps un caleçon de lin, il se ceindra d’une ceinture de lin, il s’enroulera sur la tête un turban de lin. Ce sont des vêtements sacrés qu’il revêtira après s’être lavé à l’eau. » Et en Lv, 22-24 : « Vous n’offrirez pas à Yahvé un animal dont les testicules soient rentrés, écrasés, arrachés ou coupés. Vous ne ferez pas cela dans votre pays. » En Nb, 15-16, expression en rythme quaternaire d’une règle maintes fois exprimée dans la Bible : « Il n’y aura qu’une loi et qu’un droit pour vous et pour l’étranger qui réside chez vous. »
- rythme quinaire : « Les graisses de ce taureau et de ce bélier, la queue, la graisse enveloppante, les rognons, la masse de graisse qui part du foie, il les posa sur les poitrines et les fit fumer à l’autel. » (Lv, 9-19-20). Mieux que cet étal de boucher, la liste des impuretés sexuelles : « Telle est la loi concernant l’homme qui a un écoulement, celui que rend impur un épanchement séminal, la femme lors de la souillure de ses règles, l’homme ou la femme qui a un écoulement, l’homme qui couche avec une femme impure. » (Lv, 15-32-33).
- rythme sénaire : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à ton prochain. » (Ex 20-17). On peut donc convoiter l’enfant de son prochain ! Quant aux accessoiristes du spectacle, « Ils avaient la charge de l’arche, de la table, du candélabre, des autels, des objets sacrés pour officier, du voile avec tout son appareil. » (Nb, 3-31).
- rythme septénaire : « mais le septième jour est un sabbat pour Yahvé ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes. » (Ex, 20-10). Le 7e jour, 7 types de personnes ou bêtes chôment, sauf la femme qui fait la tambouille ! Idem en Ex, 21-23-25, avec un rythme double 2 x 7 : « Mais s’il y a accident, tu donneras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie. » Idem en Lv, 21-18-20 : « Car aucun homme ne doit s’approcher s’il a une infirmité, que ce soit un aveugle ou un boiteux, un homme défiguré ou déformé, un homme dont le pied ou le bras soit fracturé, un bossu, un rachitique, un homme atteint d’ophtalmie, de dartre ou de plaies purulentes, ou un eunuque. »
- rythme octonaire : Voilà le barda qu’il faut transporter pour assurer le cirque nomade : « Ils porteront les tentures de la Demeure, la Tente du Rendez-vous avec sa bâche et la bâche en cuir fin qui la recouvre, la portière d’entrée de la Tente du Rendez-vous, les rideaux du parvis, le voile d’entrée de la porte du parvis qui entoure la Demeure et l’autel, les cordages et tous les accessoires du culte, tout le matériel nécessaire. » (Nb, 4-25-26). Plus rythmé, 1S 15-3 : « Maintenant, va, frappe Amaleq, voue-le à l’anathème avec tout ce qu’il possède, sois sans pitié pour lui, tue hommes et femmes, enfants et nourrissons, bœufs et brebis, chameaux et ânes. »
- rythme novénaire : « Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage, mais le septième jour est un sabbat pour Yahvé ton Dieu. Tu n’y feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne ni aucune de tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes. » (Dt, 5-13-14). La 2e version du Décalogue dans le Deutéronome ajoute le bœuf et l’âne à la version primaire qui proposait une liste septénaire (cf. supra).
- rythme dénaire : C’est le menu du jour selon le code deutéronomique (qui n’en est pas la première version ; le lévitique, 11, indiquait plutôt ce qui n’était pas au menu) : « Voici les animaux que vous pourrez manger : le bœuf, le mouton, la chèvre, le cerf, la gazelle, le daim, le bouquetin, l’antilope, l’oryx, le mouflon. » (Dt, 14-4-5).
- rythme hendécanaire : « Celui qui apporta son offrande le douzième jour fut Ahira, fils d’Enân, prince des fils de Nephtali. Son offrande comprenait : une coupe d’argent pesant cent trente sicles, une coupe d’aspersion en argent de soixante-dix sicles (en sicles du sanctuaire), toutes deux remplies, pour l’oblation, de fleur de farine pétrie à l’huile, une coupe d’or de dix sicles, pleine d’encens, un taureau, un bélier et un agneau d’un an pour l’holocauste, un bouc pour le sacrifice pour le péché, et pour le sacrifice de communion, deux bœufs, cinq béliers, cinq boucs, cinq agneaux d’un an. (Nb, 7-78-83). Il est difficile de trouver un rythme, d’autant que la répartition en versets indique un rythme pour la récitation. Je compte en fait onze objets ou groupes d’objets donnés, trois coupes et huit animaux ou groupes d’animaux, ce qui fait onze. Mais ce chapitre est globalement rythmé par une succession à l’identique de douze offrandes en douze jours, des « princes des tribus [qui] présidaient au recensement », dont celle-ci est l’ultime. Il y a donc (selon mon compte) douze offrandes de onze groupes d’objets. Est-ce un dieu ou un percepteur ? Chez Chouraqui, les trois coupes sont un moule, une aiguière et une buire, mais le nombre de onze se retrouve.
- rythme dodécanaire : « Ils le garnirent de quatre rangées de pierres. Une sardoine, une topaze, une émeraude pour la première rangée ; pour la deuxième rangée, une escarboucle, un saphir et un diamant, pour la troisième rangée, une agate, une hyacinthe et une améthyste ; pour la quatrième rangée, une chrysolithe, une cornaline et un jaspe. Elles étaient serties dans des chatons d’or. Les pierres étaient aux noms des Israélites, elles étaient douze, selon leurs noms, gravées comme des sceaux, chacune au nom de l’une des douze tribus. (Ex, 39-10-14). On arrive au terme de ce qui est identifiable comme énumération, avant de passer à l’accumulation. Le texte souligne le nombre, et les douze sont subdivisés en 4 séries de 3, on ne peut plus carré !
- accumulation : « Et voici la contribution que vous accepterez d’eux : de l’or, de l’argent et du bronze ; de la pourpre violette et écarlate, du cramoisi, du lin fin et du poil de chèvre ; des peaux de béliers teintes en rouge, du cuir fin et du bois d’acacia ; de l’huile pour le luminaire, des aromates pour l’huile d’onction et l’encens aromatique ; des pierres de cornaline et des pierres à enchâsser dans l’éphod et le pectoral. » (Ex 25, 3-7). Au-delà de douze, et surtout quand les niveaux syntaxiques sont emmêlés comme ici, il n’est plus possible de percevoir un rythme particulier ; on est donc passé de l’énumération à l’accumulation. Autre ex. en Dt, 14-11-20 : « Vous pourrez manger de tout oiseau pur, mais voici ceux des oiseaux dont vous ne pourrez manger : le vautour-griffon, le gypaète, l’orfraie, le milan noir, les différentes espèces de milan rouge, toutes les espèces de corbeau, l’autruche, le chat-huant, la mouette et les différentes espèces d’épervier, le hibou, la chouette, l’ibis, le pélican, le vautour blanc, le cormoran, la cigogne et les différentes espèces de héron, la huppe, la chauve-souris. Vous tiendrez toutes les bestioles ailées pour impures, vous n’en mangerez pas. Vous pourrez manger de tout volatile pur. » J’avoue ne pas bien comprendre la distinction entre bestiole ailée et volatile, et Chouraqui n’éclaire guère, qui parle de « foison de volatile » et de « tout volatile » ! Un cas mémorable d’énumération est fourni en Jos, 12-7-24. Il s’agit d’énumérer « les rois du pays que Josué et les Israélites battirent en deçà du Jourdain » ; cette énumération se fait sous la forme de 16 versets de ce type : « Le roi de Jéricho, un ; le roi de Aï, près de Béthel, un », jusqu’au dernier : « le roi de Tirça, un ; nombre de tous ces rois : trente et un ». Trente et un peuples massacrés, un par jour, youpi ! De quoi se mettre sur son trente et un !

Anaphore

C’est bien sûr la figure chérie de la partie centrale du décalogue, et l’anaphore se retrouve identique dans la version Chouraqui, c’est dire si elle est au cœur de l’injonction.
Tu ne tueras pas.
Tu ne commettras pas d’adultère.
Tu ne voleras pas.
Tu ne porteras pas de témoignage mensonger contre ton prochain.
Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, rien de ce qui est à ton prochain. » (Ex, 20-13-17). Qui dit mieux ?
En Lv, 18-7-17, la formule « Tu ne découvriras pas la nudité » est répétée dix fois en tête de verset : « Tu ne découvriras pas la nudité de ton père ni la nudité de ta mère. C’est ta mère, tu ne découvriras pas sa nudité. Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton père, c’est la nudité même de ton père. » […] « Tu ne découvriras pas la nudité d’une femme et celle de sa fille ; tu ne prendras pas la fille de son fils ni la fille de sa fille pour en découvrir la nudité. Elles sont ta propre chair, ce serait un inceste. » Compris ! En fait pas vraiment compris, car la version Chouraqui remplace « nudité » par « sexe », ce qui est plus explicite : « Le sexe d’une femme et de sa fille, tu ne le découvriras pas. La fille de son fils et la fille de sa fille, tu ne la prendras pas pour découvrir son sexe. Elles sont sa viande, c’est une préméditation. » La nuance est importante, car si l’on suit Chouraqui, on peut voir son père ou sa mère en jockstrap ou en string, mais pas sa mère à poil !

Épithète homérique

« Yahvé dit à Moïse : « J’ai vu ce peuple : c’est un peuple à la nuque raide. » (Ex, 32-9). L’épithète homérique « peuple à la nuque raide » est reprise trois fois dans les deux chapitres suivants : « mais je ne monterai pas au milieu de toi, de peur que je ne t’extermine en chemin car tu es un peuple à la nuque raide. » (Ex, 33-3). « Dis aux Israélites : Vous êtes un peuple à la nuque raide » (Ex, 33-5). « Si vraiment, Seigneur, j’ai trouvé grâce à tes yeux, que mon Seigneur veuille bien aller au milieu de nous, bien que ce soit un peuple à la nuque raide » (Ex, 34-9). De plus, le mot nuque est employé dans des termes qui précisent la pensée du dieu jaloux, l’air de pas y toucher : « Les premiers ânons mis bas tu les rachèteras par une tête de petit bétail et si tu ne les rachètes pas, tu leur briseras la nuque. » (Ex, 34-20). L’épithète sera reprise telle quelle dans le Deutérome (« Sache aujourd’hui que ce n’est pas ta juste conduite qui te vaut de recevoir de Yahvé ton Dieu cet heureux pays pour domaine : car tu es un peuple à la nuque raide », Dt, 9-6), plus d’autres allusions sous d’autres formes ici ou là.

Anadiplose

Reprise en tête de phrase du dernier mot de la phrase précédente. « Mais tout ce qui n’a point nageoires et écailles, dans les mers ou dans les fleuves, entre toutes les bestioles des eaux et tous les êtres vivants qui s’y trouvent, vous les tiendrez pour immondes. Vous les tiendrez pour immondes, vous n’en mangerez point la chair et vous aurez en dégoût leurs cadavres. » (Lv, 11-10-11). L’effet est ici la dramatisation de la faute.

Comparaison

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. » (Lv, 18-22). La comparaison ici, compare deux faits identiques, mais pour faire le distinguo entre homme et femme. La version Chouraqui remplace la comparaison par un joli chiasme : « Avec un mâle, tu ne coucheras pas à coucherie de femme. C’est une abomination. » On retrouve presque la même formule en Lv, 20-13 : « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux. » Chouraqui traduit de même : « L’homme qui couchera avec un mâle à coucherie de femme, ils font une abomination ». En Lv, 19-23, une étrange comparaison hypothétique a un rôle didactique, car la version Chouraqui use d’une métaphore inattendue : « Lorsque vous serez entrés en ce pays et que vous aurez planté quelque arbre fruitier, vous considérerez ses fruits comme si c’était son prépuce. Pendant trois ans ils seront pour vous une chose incirconcise, on n’en mangera pas. » / « Quand vous viendrez vers la terre et que vous planterez tout arbre nourricier, vous prépucerez son prépuce, son fruit. Trois ans il sera pour vous prépuce, il ne sera pas mangé. » La comparaison peut se faire pléonastique d’une métaphore, comme en Nb, 22-4 : « il dit aux anciens de Madiân : « Voilà cette multitude en train de tout brouter autour de nous comme un bœuf broute l’herbe des champs. » » Une comparaison des plus simples ne laisse pas d’être émouvante : « Lorsqu’il eut fini de parler à Saül, l’âme de Jonathan s’attacha à l’âme de David et Jonathan se mit à l’aimer comme lui-même. Saül le retint ce jour même et ne lui permit pas de retourner chez son père. Jonathan conclut un pacte avec David, car il l’aimait comme lui-même » (1S 18-1-3). Chouraqui préfère : « comme son être même. » Comparaison radicale en 2R 21-13 : « Je passerai sur Jérusalem le même cordeau que sur Samarie, le même niveau que pour la maison d’Achab, j’écurerai Jérusalem comme on écure un plat, qu’on retourne à l’envers après l’avoir écuré. » C’est clair ?

Parastase

Appelée aussi « commoration » ou « expolition », cette figure utilise la redondance à des fins de persuasion : « Ne vous rendez impurs par aucune de ces pratiques : c’est par elles que se sont rendues impures les nations que je chasse devant vous. Le pays est devenu impur, j’ai sanctionné sa faute et le pays a dû vomir ses habitants. Mais vous, vous garderez mes lois et mes coutumes, vous ne commettrez aucune de ces abominations, pas plus le citoyen que l’étranger qui réside parmi vous. Car toutes ces abominations-là, les hommes qui ont habité ce pays avant vous les ont commises et le pays en a été rendu impur. Si vous le rendez impur, ne vous vomira-t-il pas comme il a vomi la nation qui vous a précédés ? Oui, quiconque commet l’une de ces abominations, quelle qu’elle soit, tous les êtres qui les commettent, ceux-là seront retranchés de leur peuple. Gardez mes observances sans mettre en pratique ces lois abominables que l’on appliquait avant vous ; ainsi ne vous rendront-elles pas impurs. Je suis Yahvé, votre Dieu. (Lv, 18-24-30). C’est un peu la loi de l’armée ou de l’entreprise : que les ordres soient clairs ou non, légitimes ou non, la conclusion est toujours : « c’est moi le patron ! » Cette figure est fréquente, et on imagine l’effet de ces fulminations psalmodiées par un prêtre de carnaval dans une obscurité agrémentée de fumées d’encens : « Chez ceux d’entre vous qui survivront, je ferai venir la peur dans leur cœur ; quand ils se trouveront dans le pays de leurs ennemis, poursuivis par le bruit d’une feuille morte, ils fuiront comme on fuit devant l’épée et ils tomberont alors que nul ne les poursuivait. Ils trébucheront l’un sur l’autre comme devant une épée, et nul ne les poursuit ! Vous ne pourrez tenir devant vos ennemis, vous périrez parmi les nations et le pays de vos ennemis vous dévorera. Ceux qui parmi vous survivront dépériront dans les pays de leurs ennemis à cause de leurs fautes ; c’est aussi à cause des fautes de leurs pères, jointes aux leurs, qu’ils dépériront. Ils confesseront alors leurs fautes et celles de leurs pères, fautes commises par infidélité envers moi, mieux, par opposition contre moi. Moi aussi je m’opposerai à eux et je les mènerai au pays de leurs ennemis. Alors leur cœur incirconcis s’humiliera, alors ils expieront leurs fautes. » (Lv, 26-36-41)

Question rhétorique

« Si l’on égorgeait pour eux petit et gros bétail, en auraient-ils assez ? Si l’on ramassait pour eux tous les poissons de la mer, en auraient-ils assez ? » (Nb, 11, 22). Avec ce que je me tue à faire pour vous ? Contient aussi une hyperbole.

Heroic fantasy

Exode, Lévitique et Nombres me font penser au mieux à l’ancêtre de l’heroic fantasy, et je me demande comment on peut prendre ce genre de récit au sérieux. On aurait envie de ponctuer chaque verset d’un « ta ta ta » hypocoristique : « Israël s’établit dans le pays des Amorites. Moïse envoya espionner Yazèr, et Israël la prit ainsi que ses dépendances ; il déposséda les Amorites qui y habitaient. Puis ils prirent la direction du Bashân et ils y montèrent. Le roi du Bashân, Og, marcha à leur rencontre avec tout son peuple pour livrer bataille à Edréï. Yahvé dit à Moïse : « Ne crains pas, car j’ai livré en ton pouvoir, lui, tout son peuple et son pays. Tu le traiteras comme tu as traité Sihôn, roi des Amorites, qui habitait à Heshbôn. » Ils le battirent, lui, ses fils et son peuple, sans que personne en réchappât. Ils prirent possession de son pays. »

Marabout… bout de ficelle

« Les Israélites partirent de Ramsès et campèrent à Sukkot. Puis ils partirent de Sukkot et campèrent à Etam, qui est aux confins du désert. Ils partirent d’Etam, ils revinrent sur Pi-Hahirot, qui est en face de Baal-Cephôn, et campèrent devant Migdol. Ils partirent de Pi-Hahirot, ils gagnèrent le désert en passant à travers la mer, et après trois jours de marche dans le désert d’Etam ils campèrent à Mara. Ils partirent de Mara et arrivèrent à Elim. À Elim il y a douze sources d’eau et 70 palmiers ; ils campèrent là. Ils partirent d’Elim et campèrent près de la mer des Roseaux. Ils partirent de la mer des Roseaux et campèrent dans le désert de Sîn. Ils partirent du désert de Sîn et campèrent à Dophka. Ils partirent de Eçyôn-Gébèr et campèrent dans le désert de Cîn ; c’est Cadès. […] Ils partirent de Cadès et campèrent à Hor-la-Montagne, aux confins du pays d’Édom. » Bref, on finit par avancer, mais cela prend son temps ; nouveau récit de la fuite d’Égypte (Nb, 33, 5-37). Ce jeu prend déjà 32 versets, mais il recommence des versets 41 à 49…

Sermocination

La sermocination est un cas particulier de prosopopée, consistant à faire parler un absent, un mort, une abstraction, etc. La sermocination est une figure constitutive de la Bible, puisque tout le discours de cet ouvrage composite est censé être l’œuvre d’une entité appelée Dieu ou Yahvé, qui prend plus particulièrement la parole à l’intérieur du discours de Moïse son prophète. Certains versets sont plus explicites. Yahvé ne parle jamais directement, il est toujours rendu présent par une sermocination au compte de Moïse : « Mais, à cause de vous, Yahvé s’irrita contre moi et ne m’exauça point. Il me dit : « Assez ! Ne continue plus à me parler de cette affaire ! Monte au sommet du Pisga, porte tes regards à l’occident, au nord, au midi et à l’orient ; regarde de tes yeux, car tu ne passeras pas le Jourdain que voici. Donne tes ordres à Josué, fortifie-le, confirme-le, car c’est lui qui passera, à la tête de ce peuple ; à lui de les mettre en possession du pays que tu vas voir. » (Dt, 3-26-28). Mais Dieu n’est pas le seul à s’exprimer par intermédiaire. Dans 2R 18-28-29, c’est le roi d’Assyrie qui parle par la bouche de son grand échanson qu’il a envoyé sur place : « Alors le grand échanson se tint debout, il cria d’une voix forte, en langue judéenne, et prononça ces mots : « Écoutez la parole du grand roi, le roi d’Assyrie. Ainsi parle le roi : Qu’Ézéchias ne vous abuse pas, car il ne pourra pas vous délivrer de ma main. »

Aniconisme

L’aniconisme n’est pas une figure de style, mais l’interdiction des images plastiques dans certains cultes. Elle est maintes fois mentionnée dans le Pentateuque, et peut-être est-il utile de la rappeler face à l’idée reçue selon laquelle l’aniconisme serait une caractéristique essentielle de l’islam. « Prenez bien garde à vous-mêmes : puisque vous n’avez vu aucune forme, le jour où Yahvé, à l’Horeb, vous a parlé du milieu du feu, n’allez pas vous pervertir et vous faire une image sculptée représentant quoi que ce soit : figure d’homme ou de femme, figure de quelqu’une des bêtes de la terre, figure de quelqu’un des oiseaux qui volent dans le ciel, figure de quelqu’un des reptiles qui rampent sur le sol, figure de quelqu’un des poissons qui vivent dans les eaux au-dessous de la terre. » (Dt, 4-15-18).

Parallélisme de construction

« Il n’y aura pas de prostituée sacrée parmi les filles d’Israël, ni de prostitué sacré parmi les fils d’Israël. » (Dt, 23-18). Étonnant parallélisme, qui souligne une équivalence de ce qui est la plupart du temps, encore et surtout de nos jours, un tabou des plus hypocrites. Quand un politicard en quête de popularité pond sa nième loi contre la prostitution, il n’est jamais question que des prostituées, et évoquer le fait que que certains « gigolos » ou autres « escorts » de sexe masculin s’accommodent parfaitement de leur statut et du nom de « putain » sent le soufre. En Jg, 16-30, dans l’histoire de Samson, le parallélisme est enrichi d’un Polyptote : « et il s’écria : « Que je meure avec les Philistins ! » Il poussa de toutes ses forces et l’édifice s’écroula sur les princes et sur tout le peuple qui se trouvait là. Ceux qu’il fit mourir en mourant furent plus nombreux que ceux qu’il avait fait mourir pendant sa vie. » La version Chouraqui est plus savoureuse, renforce le polyptote avec une allitération : « Shimshôn dit : « Meure mon être avec les Pelishtîm ! » Il se tend avec force et la maison s’écroule sur les tyrans et sur tout le peuple qui s’y trouvait. Les morts qu’il met à mort en sa mort sont plus nombreux que ceux qu’il avait mis à mort en sa vie. »

Hypotypose

On peut parler peut-être d’hypotypose quand le récit-description des maux envoyés par Yahvé contre son peuple désobéissant atteint ce luxe d’horreur dans les détails : « Tu mangeras le fruit de tes entrailles, la chair de tes fils et de tes filles que t’aura donnés Yahvé ton Dieu, pendant ce siège et dans cette détresse où ton ennemi te réduira. Le plus délicat et le plus amolli d’entre les tiens jettera des regards malveillants sur son frère, et même sur la femme qu’il étreint et ceux de ses enfants qui lui resteront, ne voulant partager avec aucun d’eux la chair de ses fils qu’il mange : car il ne lui restera rien, à cause du siège et de la détresse où ton ennemi te réduira dans toutes tes villes. La plus délicate et la plus amollie des femmes de ton peuple, si délicate et amollie qu’elle n’aurait pas essayé de poser à terre la plante de son pied, celle-là jettera des regards malveillants sur l’homme qu’elle étreint, et même sur son fils ou sa fille, sur l’arrière-faix sorti de ses flancs et sur l’enfant qu’elle met au monde, et elle se cachera pour les manger, dans la privation de tout, à cause du siège et de la détresse où ton ennemi te réduira dans toutes tes villes. » (Dt, 28-53-57). L’hypotypose marche main dans la main avec l’hyperbole, bien entendu.

Truisme

« Quant à leurs fils, il les établit à leur place, et ce sont eux que Josué circoncit : ils étaient incirconcis, car on ne les avait pas circoncis en chemin. » (Jos, 5-7) Tu l’as dite, bouffi ! Chouraqui circonscrit le pléonasme par l’utilisation du mot « prépucé » (déjà utilisé par Voltaire) : « C’est leurs fils qu’il établit à leur place. Ce sont eux que Iehoshoua’ circoncit. Oui, ils étaient prépucés, car il ne les avaient pas circoncis en route. » Cette figure convient bien au Livre de Josué, indigeste récits de guerres tribales et de massacres par lesquels Yahvé installe ce qu’il reste de son peuple élu après quarante années de tribulations dans le désert, au cours desquels il élimine ceux qu’il a sauvés d’Égypte, du moins les mâles au bénéfice desquels il avait un peu génocidé les Égyptiens en massacrant leurs premiers nés : « pendant quarante ans les Israélites marchèrent dans le désert, jusqu’à ce que toute la nation eût péri, à savoir les hommes sortis d’Égypte en âge de porter les armes ; ils n’avaient pas obéi à la voix de Yahvé, et Yahvé leur avait juré de ne pas leur laisser voir la terre qu’il avait juré à leurs pères de nous donner, terre qui ruisselle de lait et de miel. » (Jos, 5-6). T’as désobéi : privé de circoncision !

Apologue

L’apologue est à distinguer de la parabole, en ce sens que la parabole est une courte histoire tirée de la vie quotidienne à titre d’argument, alors que l’apologue est un conte imaginaire qui pourrait commencer par « il était une fois » si ce n’était la Bible, qui préférera une formule moins enfantine comme « Un jour ». Exemple en Jg, 9-7-15 : « On l’annonça à Yotam. Il vint se poster sur le sommet du mont Garizim et il leur cria à haute voix : « Ecoutez-moi, notables de Sichem, pour que Dieu vous écoute ! Un jour les arbres se mirent en chemin pour oindre un roi qui régnerait sur eux. Ils dirent à l’olivier : Sois notre roi ! L’olivier leur répondit : Faudra-t-il que je renonce à mon huile, qui rend honneur aux dieux et aux hommes, pour aller me balancer au-dessus des arbres ? Alors les arbres dirent au figuier : Viens, toi, sois notre roi ! Le figuier leur répondit : Faudra-t-il que je renonce à ma douceur et à mon excellent fruit, pour aller me balancer au-dessus des arbres ? Les arbres dirent alors à la vigne : Viens, toi, sois notre roi ! La vigne leur répondit : Faudra-t-il que je renonce à mon vin, qui réjouit les dieux et les hommes, pour aller me balancer au-dessus des arbres ? Tous les arbres dirent alors au buisson d’épines : Viens, toi, sois notre roi ! Et le buisson d’épines répondit aux arbres : Si c’est de bonne foi que vous m’oignez pour régner sur vous, venez vous abriter sous mon ombre. Sinon un feu sortira du buisson d’épines et il dévorera les cèdres du Liban ! » Lisez une analyse de cet apologue sur le site de Murdarco.

Parabole

La parabole se distingue de l’apologue, en ce sens que ce dernier est un conte imaginaire, alors que la parabole est une courte histoire plus vraisemblable tirée de la vie quotidienne, censée révéler par ce détour une vérité délicate. Ainsi en 2S 12-1-7 : « Yahvé envoya le prophète Natân vers David. Il entra chez lui et lui dit : « Il y avait deux hommes dans la même ville, l’un riche et l’autre pauvre. Le riche avait petit et gros bétail en très grande abondance. Le pauvre n’avait rien du tout qu’une brebis, une seule petite qu’il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein : c’était comme sa fille. Un hôte se présenta chez l’homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l’homme pauvre et l’apprêta pour son visiteur. » David entra en grande colère contre cet homme et dit à Natân : « Aussi vrai que Yahvé est vivant, l’homme qui a fait cela est passible de mort ! Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n’avoir pas eu de pitié. » Natân dit alors à David : « Cet homme, c’est toi ! Ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël ». Je vous laisse découvrir de quel forfait s’était rendu coupable le bon roi David. La présence de la formule « Il y avait » pourrait plaider pour un apologue, mais l’aspect fait divers vraisemblable fait pencher la balance du côté apologue. Un peu plus loin, une autre parabole incontestable & canonique : « Le roi [David] lui demanda : « Qu’as-tu ? » Elle répondit : « Hélas ! je suis veuve. Mon mari est mort et ta servante avait deux fils. Il se sont querellés ensemble dans la campagne, il n’y avait personne pour les séparer, l’un a frappé l’autre et l’a tué. Voilà que tout le clan s’est dressé contre ta servante et dit : « Livre le fratricide : nous le mettrons à mort pour prix de la vie de son frère qu’il a tué, et nous détruirons en même temps l’héritier. » Ils vont ainsi éteindre la braise qui me reste, pour ne plus laisser à mon mari ni nom ni survivant sur la face de la terre. » Le roi dit à la femme : « Va à ta maison, je donnerai moi-même des ordres à ton sujet. » (2S 14-5-8). Or David se fait à nouveau piéger, et l’on appelle par cette parabole à sa clémence pour son fils Absalom, lequel a tué Amnon, qui avait couché avec sa sœur Tamar (sœur d’Absalom ; demi-sœur d’Amnon dans le cadre de la polygamie). Tiens, puisqu’on en est là, voici le tableau d’Alexandre Cabanel Thamar et Absalom, qu’Émile Zola conspua (voir cette page).

Thamar et Absalon d’Alexandre Cabanel.
Un tableau qui donna lieu à une critique féroce de Zola.

Oxymore

Bel exemple en 2S 20-3 : « David rentra dans son palais à Jérusalem. Le roi prit les dix concubines qu’il avait laissées pour garder le palais et les mit sous surveillance. Il pourvut à leur entretien mais il n’approcha plus d’elles et elles furent séquestrées jusqu’à leur mort, comme les veuves d’un vivant.  » C’est bien l’alliance de deux termes incompatibles. Chouraqui traduit aussi « veuves d’un vivant », ce qui constitue une allitération peut-être présente dans l’original, qui renforcerait l’oxymore.

Synecdoque

« Mais j’épargnerai en Israël sept milliers, tous les genoux qui n’ont pas plié devant Baal et toutes les bouches qui ne l’ont pas baisé. » (1R 19-18). Belle façon de réduire l’idolâtrie à des gesticulations du corps où l’esprit n’a pas de part, et d’amenuiser les troupes de Baal. La traduction Chouraqui est équivalente.

Hendiadyn

Je crois identifier cette figure dans 2R 15-16 : « il châtia la ville et éventra toutes les femmes enceintes. » En effet, la conjonction « et » a le sens ici d’une subordination : « en éventrant », ce qui est la définition de cette figure. Mais la traduction Chouraqui révèle que l’hendiadyn est sans doute dû à la traduction : « Il frappe. Toutes ses femmes enceintes, il les pourfend. »

Prolepse

Cet argument consiste à anticiper l’argument contraire de l’adversaire, pour lui couper l’herbe sous le pied. Il est utilisé en 2R 18-22 : « Vous me direz peut-être : C’est en Yahvé, notre Dieu, que nous avons confiance, mais n’est-ce pas lui dont Ézéchias a supprimé les hauts lieux et les autels en disant aux gens de Juda et de Jérusalem : C’est devant cet autel, à Jérusalem, que vous vous prosternerez ? »

Métonymie

Divers

Rivers of Babylon est une chanson rendue célèbre par la reprise du groupe Boney M. en 1978, basée sur le Psaume 137, point commun avec le non moins célèbre Va, pensiero du Nabucco de Verdi.
- Spécial Végan : je ne résiste pas au plaisir pour les plus végan de nos lecteurs, de signaler l’une des nombreuses allusions du Lévitique aux sacrifices d’animaux : « S’il offre un mouton, il l’offrira devant Yahvé, il posera la main sur la tête de la victime et l’immolera devant la Tente du Rendez-vous, puis les fils d’Aaron en répandront le sang sur le pourtour de l’autel. De ce sacrifice de communion il offrira la graisse en mets consumé pour Yahvé : la queue entière qu’il détachera près du sacrum, la graisse qui couvre les entrailles, toute la graisse qui est au-dessus des entrailles, les deux rognons, la graisse qui y adhère ainsi qu’aux lombes, la masse graisseuse qu’il détachera du foie et des rognons. (Lv, 3-7-10). Ou encore : « La peau du taureau et toute sa chair, sa tête, ses pattes, ses entrailles et sa fiente, le taureau tout entier, il le fera porter hors du camp, dans un lieu pur, lieu de rebut des cendres grasses. Il le brûlera sur un feu de bois ; c’est au lieu de rebut des cendres grasses que le taureau sera brûlé. » (Lv, 4-11-12).

- Dans notre article sur Piercing, sur les traces d’une infamie médiévale, de Denis Bruna, vous trouverez les mentions du piercing dans la bible.
- Lire aussi nos articles sur L’Humour juif, sur Comment le peuple juif fut inventé, de Shlomo Sand, sur la littérature israélienne, juive & arabe, sans oublier le voyage en Palestine et Israël.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site sans pub contenant différents traductions de la Bible et autres infos


© altersexualite.com, 2018.
Photos © Lionel Labosse. Reproduction interdite.
Retrouvez l’ensemble des critiques littéraires jeunesse & des critiques littéraires et cinéma adultes d’altersexualite.com. Voir aussi Déontologie critique.