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Heroic fantasy altersexuelle, pour lycéens et adultes

Meridia, de Thierry Gloris & Joël Mouclier

Delcourt, 2011-2012, 48 p., 13,95 € chaque volume

samedi 31 août 2013, par Lionel Labosse

Meridia est la seconde BD d’heroic fantasy de notre sélection, après Les Âmes d’Hélios, de Saimbert & Roberto Ricci, chez le même éditeur. Ce genre n’est pas a priori ma tasse de thé, mais Meridia se lit et s’apprécie du regard agréablement. L’homosexualité n’y va pas par le dos de la cuiller : fellation et sodomie sont au programme, avant même les tendres baisers du couple d’amants qui tient le devant de la scène. Sans que ce soit une œuvre pornographique (on ne voit pas de pénis ni d’éjaculation par exemple) on ne la recommande pas a priori pour les établissements scolaires, à cause de quelques scènes de sexe explicites, seulement pour les passionnés de BD qui ne sont pas des saintes nitouches. Je n’entrerai pas dans les détails du récit, l’heroic fantasy étant basée sur un déploiement de noms de lieux, de peuples, de créatures plus ou poins monstrueuses, qu’il serait inutile de nommer tous.

Tome 1 : Les fleurs de Dorkéïne (2011)

Le récit commence in medias res, avec une livraison de « sanglards » enchaînés, monstres énormes à face de phacochères, qui se métamorphosent en humanoïdes au cours d’une cérémonie réglée par une grande prêtresse du temple de Cybèle, dans une cité tenue par des femmes, prêtresses, guerrières et gladiatrices, où les hommes sont castrés et « les mâles étaient condamnés à rester au bas de l’échelle hiérarchique » (p. 9). La castration est promise au protagoniste, Lysandre. Son maître Théo a déjà perdu ses attributs, ce qui ne l’empêche pas d’être « tripoteur » et même de sucer et de se faire sodomiser par son protégé ! Lors d’une expédition dangereuse, la troupe des prêtresses guerrières se fait sauvagement attaquer par des soudards, qui tuent tout ce qui bouge, sauf Lysandre, qui a été reconnu par Baskia, son ancien condisciple et amant de pensionnat. Les deux garçons font l’amour sans ambages, ce qui nous vaut une série de belles cases explicites : « Tu as toujours été un putain de bon coup ! » (p. 16). Je vous laisse apprécier selon vos critères, la nuance entre érotisme et pornographie sur cette bande de trois cases :
{Meridia}, de Thierry Gloris & Joël Mouclier
Lysandre doit changer de nom car l’expédition ne devait pas laisser de survivants. Il libère aussi l’abbesse Dominik, violée par les soudards, qui devait être achevée le lendemain. Cela fait penser aux rites homosexuels crétois, car Lysandre est un peu l’éromène de Baskia (qui s’appelle dorénavant Bartholomey Lysandro ; il a pris le prénom de son amant comme pseudonyme), et apprend à devenir un guerrier sanguinaire, lui qui n’était qu’un prêtre, ou du moins destiné à le devenir. Bartholomey impose à son seigneur Delphino (dont il est l’homme de confiance) la présence de ce nouveau second, ce qui inquiète ledit seigneur, car la raison du raid était de se procurer les « fleurs de Dorkéïne », précieux objets dont on ignore l’utilité à la fin de ce tome, et pour le commanditaire du seigneur, le roi de Tyrena Oktav III, il ne faut pas qu’on sache qu’il se les est procurées. L’homosexualité est explicite, puisque Bartholomey présente Lysandre comme l’amour de sa vie, et Delphino lui reproche de n’écouter que son « vit », et s’étonne de cette nouvelle passion, alors qu’il avait « culbuté tout ce qui porte jupon » et a plein de « bâtards ». Nulle homophobie, au contraire : « Que tu préfères désormais la couche d’un homme à celle d’une femme, ce choix n’appartient qu’à toi… mais éprouver de l’amour ! Folie !! » (p. 40).

Tome 2 : Le souffle des dieux (2012)

Une bonne idée de l’éditeur est de présenter un résumé de l’épisode 1, avec cette approximation fréquente où l’on confond castration et émasculation [1] Bartholomey et Lysandre sont pris en embuscade par Dominik et une prêtresse qui veulent savoir où sont passées les fleurs de Dorkéïne. Cette dernière a le tort de traiter Dominik de catin, et quand Bartholomey leur propose de l’argent, elle assassine sa camarade, et tourne casaque. Elle impose un mariage à Bartholomey, annonçant clairement son intention de se venger de ce qu’elle a subi. Le soir des noces, Delphino offre à l’époux une cassette contenant des produits de sorcellerie, qui vont s’avérer utile à, chaque aventure, et la cour assiste à la scène de dépucelage théorique (derrière le rideau du lit). Bartholomey n’a pas envie, mais elle propose de simuler, et finalement il se prend au jeu, à moins qu’il ait consommé une pilule magique. Lysandre cherche à la tuer, par pure jalousie, puis elle aussi. Bartholomey est obligé d’user de ses produits pour les ramener à la vie. Comme son mariage est rituel et qu’il est croyant, il ne peut la laisser mourir, mais il jure à Lysandre de ne jamais plus coucher avec elle, serment en lequel Lysandre croit à moitié. Le roi et Delphino leur confient une nouvelle mission a priori impossible, se procurer « le souffle des dieux », un gaz sacré qui doit procurer l’immortalité. Ce trouple particulier se rend en mission, mais Dominik profite de la situation pour tuer tous les soudards qui l’ont violée. Ils restent donc à trois, et pénètrent dans l’enclos sacré où, au péril de leur vie, ils se procurent ledit souffle des dieux. Avec cette particularité que, au départ, seul Bartholomey croit aux dieux anciens qui distillent ce prétendu souffle, mais ce qu’il découvre fait vaciller sa croyance. Pour passer inaperçus, ils utilisent un sortilège pour se transformer en Numides (noirs), ce qui nous vaut une plaisanterie de Lysandre, qui tend la main vers la braguette de son amant : « Nous allons pouvoir vérifier cette légende à propos de… » (p. 36). On lira à propos de cette légende cet article. Ils luttent contre des horribles poulpes et un méchant dragon, bref, on frémit à la, lecture de ces aventures rocambolesques ! La présence de l’homosexualité dans ce genre de BD de pur divertissement est un signe de banalisation.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Thierry Gloris chez Delcourt


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[1Voir à ce propos ce qui en est dit dans cet article.