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L’homme chasseur-cueilleur et la femme au foyer ?

« La vitesse est-elle une activité spécifiquement masculine ? »

Écriture personnelle en BTS sur le thème « À toute vitesse ! »

samedi 12 décembre 2020, par Lionel Labosse

« La vitesse est-elle une activité spécifiquement masculine ? » est un sujet d’écriture personnelle de BTS sur le thème « À toute vitesse ! » que j’ai proposé à mes étudiants après un cours intitulé « Et si la vitesse était féminine ? », qui propose bien plus qu’un corpus. Ce corrigé hypertrophié excède de beaucoup ce qui est attendu à l’examen, bien entendu, mais il constitue à la fois un rappel de la méthode et un cours en accéléré. Tout ce qui est en gras et entre crochets est un rappel de la méthode (la structure idéale d’un devoir de ce type), et ne doit pas figurer sur la copie, de même qu’il ne doit y avoir ni sous-titres, ni numérotation.

« La vitesse est-elle une activité spécifiquement masculine ? »

[Introduction] [amorce] La liste du Bulletin officiel de l’Éducation nationale sur le thème « À toute vitesse ! » présente en tout et pour tout deux femmes sur environ 70 auteurs ou artistes mentionnés. Effectivement, dans une conception traditionnelle inscrite dans notre inconscient collectif depuis la nuit des temps, la femme est statique, reliée au foyer par un fil à la patte, tandis que l’homme court la campagne, chasseur-cueilleur en quête de nourriture, de sorte qu’au fil des siècles, les hommes se sont approprié les moyens de transports rapides et ont relégué les femmes au foyer. [problématique] Cette assimilation de la vitesse à la virilité ne repose-t-elle pas sur une erreur de perspective qui nous rend aveugles à d’autres conceptions de la « vitesse » plus favorables aux femmes ? [annonce du plan] Après avoir posé le problème de la répartition traditionnelle homme mobile vs femme statique, nous verrons comment la modernité tardive a remis en cause cette répartition, puis nous nous demanderons si en changeant la perspective, on ne peut pas mettre en évidence une égalité nouvelle dans le rapport des deux genres à la vitesse.

[Développement] [1re partie : Traditionnellement la vitesse est davantage associée à la virilité, et les femmes ont un rôle statique] [sous-partie 1 : Cultures anciennes] Le Yi Jing (livre des mutations), socle de la pensée chinoise classique, oppose le yang masculin au yin féminin, le premier étant associé au feu et à la vitesse, le second à l’eau, donc le calme, le froid, le statique. Cette pensée traditionnelle informe toujours la pensée actuelle, et pas seulement en Chine. Dans la Bible, l’épisode de Suzanne et les vieillards, souvent illustré en peinture, montre une femme enfermée dans son jardin, se mirant dans l’eau, soumise à la concupiscence de deux vieillards qui prennent feu pour elle et brisent la clôture. L’homme est mobile, la femme immobile. Idem entre Pénélope et Ulysse. Dans les romans de chevalerie également, comme dans les contes, ce sont les hommes qui partent en quête d’exploits, souvent à cheval, et les femmes attendent leur retour, comme dans le conte de Charles Perrault « La Barbe bleue », dont la formule fameuse « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » est emblématique de cette dualité.

Suzanne et les vieillards (1555), Jacopo Robusti, dit Tintoretto (Le Tintoret)
Musée d’histoire de l’art de Vienne.

[sous-partie 2 : Culture populaire]. Cette opposition femme statique / homme véloce imprègne aussi la culture populaire. La femme y est toujours considérée comme « au foyer », comme en témoigne le succès de la série américaine Desperate Housewives (2004-2012), ou de nombreux films comme Les Liaisons coupables (The Chapman Report), de George Cukor (1962) qui étudie les névroses sexuelles de femmes au foyer. De nombreuses chansons à succès confirment cette répartition des rôles. « Déshabillez-moi » (1967), de Robert Nyel et Gaby Verlor, interprétée par Juliette Gréco, semble une illustration moderne du Yi Jing. Cette chanson évoque les préliminaires amoureux entre un homme et une femme. L’homme doit échauffer progressivement la femme, comme une eau lente à bouillir (« pas tout de suite, pas trop vite », qui devient à la fin « Maintenant tout de suite, allez vite »), mais son propre sort est expédié en un seul vers à la fin de la chanson : « Et vous, déshabillez-vous ! » De même dans « L’homme à la moto » (1956) chantée par Édith Piaf, l’homme est un « démon » qui part à moto dans une posture de voyou, tandis que la femme qui l’aime en est réduite à attendre son retour : « Dis, ne pars pas ce soir, je vais pleurer si tu t’en vas… ».
[sous-partie 3 : Éloge du risque et de la vitesse associée à l’homme.] Le risque et la vitesse ont été de tous temps associés à l’homme et interdits ou du moins rendus impossibles aux femmes. Les bateaux et les chevaux, qui jusqu’aux temps modernes, c’est-à-dire l’invention de la machine à vapeur, étaient quasiment réservés aux hommes, procurèrent les premiers vertiges de vitesse. Les bateaux étaient interdits aux femmes en temps normal, et par exemple Jeanne Barret, première femme à avoir fait le tour du monde sous la coupe du naturaliste Philibert Commerson sur le bateau de l’explorateur Louis-Antoine de Bougainville, avait dû se travestir en homme pour intégrer l’équipage. Le sport fut longtemps la chasse gardée des hommes, et par exemple, lors des Jeux olympiques de 1900, 22 femmes sur les 997 athlètes en lice concourent dans cinq sports uniquement : le tennis, la voile, le croquet, les sports équestres et le golf. Il faudra attendre 1928 pour que l’athlétisme propose des épreuves féminines, et 2012 pour que la boxe en fasse autant ! La télévision s’est souvent fait tirer l’oreille pour proposer des retransmissions d’épreuves de sport féminin associés à la vitesse à égalité avec les retransmissions d’épreuves masculines, comme le Tour de France, le football et le rugby. Les films d’action réservent souvent la vitesse aux hommes, comme les westerns, ou par exemple La Fureur de vivre (1955) de [Nicholas Ray964#nicholasray] , qui résume la folie de vitesse spécifique des garçons au tempérament rebelle (comme l’indique le titre original Rebel without a cause). Deux jeunes hommes rivaux organisent une « course des dégonflés » consistant à rouler à tombeau ouvert en direction d’une falaise. Le premier à sauter de la voiture est le « dégonflé », mais l’un des deux coince sa manche dans la portière, et trouve la mort dans ce jeu tragique. On note le rôle de la fille aimée des deux garçons, qui les encourage à courir pour elle. L’acteur James Dean qui tient le rôle principal trouvera lui-même la mort dans un accident de la route avant la sortie du film, ce qui clôt la démonstration.

Femmes montant à cheval en amazone.

[2e partie : Remise en cause de cette répartition avec la modernité] [sous-partie 1 : Les progrès technologiques libèrent les femmes de leur rôle statique.] À l’encontre de cette répartition ancestrale, la modernité va permettre quelques évolutions liées au progrès autant technologique que moral, pour libérer les femmes. Au tournant du XIXe / XXe siècle, la disparition progressive du corset et de la robe obligatoire, contribue à désentraver les femmes, et à leur permettre tout simplement de courir ou de faire du cheval autrement qu’en « amazone ». En Chine, la terrible coutume des pieds bandés des femmes a été éradiquée dans la 1re moitié du XXe siècle. Dans les années 1950, l’invention de la machine à laver associée au contrôle des naissances et à la diminution de la mortalité infantile grâce aux antibiotiques, libèrent le « temps de cerveau » mais aussi d’activité de la « ménagère de moins de 50 ans » selon une formule célèbre. Le temps libéré pour toutes, et pas seulement pour les classes bourgeoises au sein desquelles ces tâches étaient effectuées par des domestiques, permet aux femmes de s’adonner aux activités auparavant réservées aux hommes, en dehors du foyer. C’est la découverte de la randonnée ou de la bicyclette, qui valurent à Simone de Beauvoir, la philosophe qui refusa de se marier et d’avoir des enfants, deux accidents mémorables alors qu’elle se livrait à fond à ces sports nouveaux pour les femmes à l’époque, racontés dans ses mémoires intitulés La Force de l’âge [1].

Ma mère, Jocelyne, vers 1960. P. 463.

[sous-partie 2 : indépendance & rivalité]. Profitant de ces progrès techniques ou sociétaux, certaines femmes acquièrent ou revendiquent leur indépendance et rivalisent avec les hommes. À la fin du XIXe siècle, Loie Fuller révolutionna la danse féminine avec sa Danse serpentine et l’emploi de procédés techniques modernes.

Loie Fuller, Danse serpentine, photographie de Frederick Glasier, 1902. .

Maria Teresa De Filippis (1926-2016) est la première femme à participer à un Grand Prix de championnat du monde de Formule 1, en 1958, même si cette discipline reste étonnamment fermée aux femmes. Hellé Nice (1900-1984) l’avait précédée dans les années 1930 à 1940, dans les Grands Prix, antérieurs à la Formule 1.

Maria Teresa De Filippis.

Jacqueline Auriol (1917-2000) fut la première femme pilote d’essai en France. Un grave accident qui lui valut 20 opérations chirurgicales, ne l’empêcha pas d’être quelques années plus tard, la première Européenne à franchir le mur du son.

Jacqueline Auriol et son Mystère IV N, carte postale.

Dorothy Arzner (1897-1979), pionnière du cinéma américain, offre à Katharine Hepburn en 1933 le rôle d’une aristocrate pilote d’avion professionnelle dans La Phalène d’argent (1933).

Katharine Hepburn, dans La Phalène d’argent de Dorothy Arzner.

En 1957, Samuel Fuller offre à Barbara Stanwyck le rôle d’une chef d’une bande de 40 cow-boys dans Quarante tueurs (Forty Guns). L’écrivaine Françoise Sagan investit ses premiers droits d’auteure du succès fulgurant de Bonjour tristesse publié alors qu’elle avait 18 ans, dans plusieurs passions qu’elle vécut à toute vitesse, que ce soit le jeu ou les voitures de sport. Elle faillit perdre le vie dans un accident, ce qui ne l’empêcha pas de recommencer dès sa sortie d’hôpital. Dans son livre autobiographique Avec mon meilleur souvenir, elle résume en une belle formule le goût de la vitesse commun aux deux sexes : « De même qu’elle rejoint le jeu, le hasard, la vitesse rejoint le bonheur de vivre et, par conséquent, le confus espoir de mourir qui traîne toujours dans ledit bonheur de vivre. » À la même époque, le film d’Alfred Hitchcock La Main au collet (To Catch a Thief, 1955), avec Cary Grant & Grace Kelly, met en scène une inversion des rôles ironique, avec une course-poursuite sur la corniche de la Côte d’Azur prémonitoire de la mort tragique une trentaine d’années plus tard, de l’actrice devenue princesse. Dans ce film, c’est la toute jeune femme qui conduit l’homme mûr, pourtant voleur et aventurier, à toute vitesse sur une route vertigineuse. Le réalisateur s’amuse à inverser les rôles : la jeune femme est sereine, semble conduire sa voiture de course comme un vélo, son brushing à peine secoué par les ventilateurs du studio, alors que l’homme donne de nombreux signes de nervosité. Hitchcock montre par ce film contemporain de La Fureur de vivre, qu’il a remarqué ce changement civilisationnel de l’accession des femmes au royaume masculin de la vitesse.

Barbara Stanwyck dans Quarante tueurs, de Samuel Fuller.

[sous-partie 3 : prise de conscience et renversement de la dualité]. Le mouvement féministe actuel souligne les discriminations sexistes, et concourt à les diminuer. Le court métrage d’Éléonore Pourriat Majorité opprimée (2010) pratique l’inversion des stéréotypes pour mieux souligner la façon dont les femmes sont bridées dans leur vitesse de déplacement. Au début du film, l’homme de famille est chargé du caddie des courses qui l’entrave, et bute sur une femme qui revient de son jogging, poitrine nue. Façon de montrer comment mine de rien l’habit féminin, avec le soutien-gorge obligatoire, forme résiduelle du corset, contribue à limiter la mobilité des femmes, et s’ajoute à la principale limitation de leur vitesse de déplacement constituée par la charge des courses du foyer (qui portent si mal leur nom) qui leur incombe plus souvent qu’aux hommes. De plus en plus souvent sont remises en cause à juste titre des différences de traitement entre sport masculin et féminin. Le fait de ne diffuser à la télévision que du football masculin depuis des décennies tend à imposer dans l’inconscient collectif le stéréotype du yin et du yang. Estelle Mossely est la première boxeuse française à remporter le titre aux Jeux olympiques en 2016, la même année que son mari Tony Yoka. Elle est également championne du monde, ingénieure en conception et développement et mère de deux enfants. C’est donc une jeune femme qui a vécu sa vie « à toute vitesse », et elle a contribué à une campagne de communication contre les discriminations sexistes dans le sport lancée par la ministre Laura Flessel en mars 2018, qui contribuera avec le temps à déplacer cette barrière invisible entre hommes et femmes. Avant 2012, seul son mari aurait pu être sacré champion !

Estelle Mossely, Arena, 25 septembre 2020.

[3e partie : La vitesse est aussi un mode de vie, qui subvertit la différence entre les genres] [sous-partie 1 : Les femmes entraînent les hommes] Si la modernité remet en cause la dualité femme statique vs homme mobile, elle doit remettre aussi en cause le fait que la vitesse ne soit considérée que sous l’angle d’une activité physique. En effet, elle est aussi un mode de vie, qui subvertit la différence entre les genres. Si l’on explore mieux le passé, on peut considérer que dans la Bible, Suzanne ne peut pas faire oublier Ève : c’est elle qui désobéit, cueille la pomme et entraîne l’homme à sa suite en dehors du paradis où l’homme comme la femme devaient rester statiques. N’est-ce pas la jeune Jeanne d’Arc, exécutée à 19 ans, qui mènera les hommes et inversera le cours de la guerre de Cent Ans ? On est loin de « Marie-Lou la pauvre fille » qui implore « l’homme à la moto » de ne pas partir sans elle ! Comme Jeanne Barret, elle dut adopter un habit masculin et fut condamnée pour cela.
[2e sous-partie : dans les arts, la vitesse est plus équitablement répartie]. Dans la pratique des arts, hommes et femmes tendent à redevenir égaux, et la vitesse intervient à un autre niveau. L’écrivaine Marguerite Duras était connue pour son élocution lente et réfléchie posant de fréquents silences, mais lors de l’émission Apostrophes où elle parlait du style de son roman L’Amant, elle expliquait avoir trouvé « une écriture qui courrait sur la crête, pour aller vite, pour ne pas perdre », ce qui confirme que la vitesse est aussi féminine, mais sous un angle radicalement différent que la vitesse physique. On remarque aussi que Duras a mené de front une activité de romancière, de dramaturge et de cinéaste, autre exemple de « vie fulgurante et exceptionnelle ». La danse est l’activité artistique la plus égalitaire, que ce soit la danse classique, où hommes et femmes se partagent la vedette dans des carrières fulgurantes limitées à l’âge de 40 ou 45 ans, ou la danse populaire. La vitesse réunit hommes et femmes dans les bals de village, comme le montre « La Foule », chanson d’Édith Piaf sur des paroles de Michel Rivgauche, adaptation d’une valse péruvienne. Dans cette chanson, c’est le couple ensemble qui est propulsé par la danse à toute vitesse dans une relation amoureuse fulgurante que la foule entrave. La célèbre chanteuse elle-même connut comme Françoise Sagan une vie brève et intense où elle enchaîna les hommes et les succès à toute vitesse, autant que les stars masculines. Le « club des 27 » réunit un ensemble d’artistes célèbres qui ont comme point commun d’être morts à l’âge de 27 ans, et compte dans ses rangs Janis Joplin et Amy Winehouse.

Bourvil, qui incarnait en tant qu’acteur dans Tout l’or du monde (1961) de René Clair, le rôle d’un paysan prônant la lenteur de la vie rurale contre le stress de la vie urbaine, fait l’apologie du « petit bal » dans « C’était bien » (paroles de Robert Nyel, auteur de « Déshabillez-moi »), mais à rebours de la chanson d’Édith Piaf, il exalte la tranquillité du couple, indifférent à l’agitation du monde autour d’eux et qui n’aspire qu’à une vie tranquille « Les yeux au fond des yeux ». C’est le couple, homme et femme réunis qui communie ici dans le refus de la vitesse. La chanson « Le tourbillon » de Rezvani rendue célèbre par Jeanne Moreau évoque les amours tumultueuses d’un couple qui contrairement à celui de « La foule », se perd, mais se retrouve, évacuant toute angoisse, homme et femme à égalité : « Chacun pour soi est reparti Dans l’tourbillon de la vie Je l’ai revue un soir ah ! là là Elle est retombée dans mes bras ».

[3e sous-partie : les femmes acquièrent de la vitesse dans la vie sociale]. Dans la vie moderne, la capacité des femmes à endurer des tâches peu valorisées se révèle une force et leur permet souvent de mener une carrière aussi vite que les hommes. Dans Chez soi, Une Odyssée de l’espace domestique, la journaliste Mona Chollet montre que la femme au foyer, ou même la femme active à son retour au foyer, est déjà une championne de vitesse. Elle mentionne le cas d’une femme de 47 ans qui « rentre chez elle le soir, vers 22 heures, après avoir déjà fait le ménage de son salon de coiffure, [et] se lance dans un marathon affolant ». De plus en plus, pendant que les garçons se livrent à des défis stériles en scooter ou en voiture ou à des courses-poursuite avec la police, leurs sœurs grimpent à toute vitesse les échelons scolaires et universitaires, et de plus en plus de femmes exercent dorénavant des métiers jadis plutôt réservés aux hommes, dans les professions médicales, judiciaires, ou dans l’ingénierie. Le « plafond de verre » est en train de céder sous la pression des femmes qui ne confondent pas vitesse et précipitation. Dans de nombreux pays musulmans, si les femmes sont souvent interdites de sport, elles se ruent sur les études. Le Pr Raoult remarque dans La Science est un sport de combat que « dans le monde entier, la majorité des étudiants sont actuellement des étudiantes, y compris dans les pays islamistes les plus rigoureux – en Algérie, en Iran ». Mais ces pays présentent aussi de nouveaux exemples de femmes qui marchent sur les traces de Jeanne d’Arc, à l’exemple d’Asia Ramazan Antar, alias « Viyan », une jeune Kurde qui s’est sacrifiée pour la liberté en combattant contre Daech, ce qui lui a valu une mort glorieuse à 19 ans, après qu’elle eut fait l’objet d’un livre de la journaliste Pascale Bourgaux. Nicole Aubert, dans Le Culte de l’urgence, cite le témoignage de « Sylviane, consultante senior dans un grand cabinet de conseil et de formation, mère de deux enfants », qui trouve son accomplissement dans l’accumulation d’activités intenses : « Je me sens vivre plus fort, il y a vraiment un plaisir lié à ça. J’aime bien sentir cette montée d’adrénaline, j’ai plaisir à dominer le temps, ces processus complexes, ces relations en interaction… Pas dominer au sens d’écraser, mais au sens de maîtriser. C’est comme un plaisir de sportif, un plaisir assez intense et ponctuel, et qu’on oublie ».

[Conclusion] [Bilan] Pour conclure, si la vitesse et la lenteur sont traditionnellement associées respectivement plutôt à l’homme et à la femme, nous avons vu que non seulement les progrès technologiques et sociétaux du monde moderne tendent à atténuer cette dualité, mais qu’une autre conception moins active et plus spirituelle de la vitesse rétablit une égalité sur ce point entre hommes et femmes qui chacun selon leurs capacités et leurs préférences peuvent jouir de la vitesse ou de la lenteur de l’existence. [Élargissement du champ] Face au tourbillon dans lequel semble nous précipiter la modernité tardive, les capacités à s’en abstraire et à décider soi-même d’accepter ou de refuser une vitesse imposée ne sont-elles pas réparties équitablement entre hommes et femmes ?

- À voir aussi, un cours sur l’égalité homme / femme et un sujet de bac sur « l’éducation des femmes ».

Lionel Labosse


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[1Dans mon propre roman M&mnoux, je montre ces changements à l’œuvre en prenant l’exemple de ma mère, ici à bicyclette vers 1960. Cette note ne figure évidemment pas dans le corrigé remis à mes étudiants.