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Êtes-vous plutôt Lièvre, ou plutôt Tortue ?

« À toute vitesse ! » Thème BTS 2019-2021.

Ressources, idées pédagogiques.

jeudi 19 septembre 2019, par Lionel Labosse

Voici pour exploiter le thème « À toute vitesse ! » quelques modestes contributions, idées & supports pédagogiques. J’ai bien d’autres idées, mais elles seront publiées quand je les aurai expérimentées avec mes étudiants, en 2020-21.

Plan de l’article
Articles sur ce thème
Corpus 1. « Et si la vitesse était féminine ? »
Quelques textes isolés

Articles écrits spécialement pour ce thème en BTS.

Voici, selon la formule inaugurée avec le thème « Corps naturel, corps artificiel », des articles sur 7 livres parmi les essais figurant sur la liste officielle du BO, auxquels j’ai ajouté le livre de Sagan, classe en « Littérature ».
- Éloge de l’immobilité, Jérôme Lèbre, Desclée de Brouwer, 2018
- Accélération. Une critique sociale du temps, Hartmut Rosa, La Découverte, 2010 (2005)
- Paysages en mouvement, Marc Desportes, Gallimard, 2005
- Le Culte de l’urgence, Nicole Aubert, Flammarion, 2003
- Du bon usage de la lenteur, Pierre Sansot, Rivages poches, 1988
- Avec mon meilleur souvenir, Françoise Sagan, Folio, 1984
- Vitesse et Politique, Paul Virilio, Galilée, 1977
- Manifestes du Futurisme, Filippo Tommaso Marinetti, Carré d’Art Séguier, 1996 (1909)
Des articles déjà en magasin :
2 romans et un film mentionnés par la liste du BO
- Madame Bovary, Gustave Flaubert, 1856
- La Bête humaine, Émile Zola, 1890
- L’Homme à la caméra, Dziga Vertov (1929)
D’autres ouvrages ou films exploitables sur le thème :
- Manifeste du parti communiste, Karl Marx & Friedrich Engels, 1848
- Le Capital, Karl Marx, 1867
- Erewhon, Samuel Butler, Gallimard, L’imaginaire, 1872
- Les Temps modernes, Charlie Chaplin (1936)
- Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, Jean Giono, 1938
- La Chevauchée fantastique, John Ford (1939)
- La France contre les robots, Georges Bernanos, 1947
- Bonjour tristesse, Françoise Sagan, Pocket, 1954
- Un, deux, trois, Billy Wilder (1961)
- Le Cheval dans la locomotive, Arthur Koestler, Calmann-Lévy, 1967
- Junior Bonner, le dernier bagarreur, Sam Peckinpah (1972)
- Soumission à l’autorité, Stanley Milgram, Calmann-Lévy, 1974
- Ragtime, Miloš Forman (1981)

Cours et Corpus n° 1. « Et si la vitesse était féminine ? »

J’ai eu l’idée de ce corpus introductif parce que la liste du Bulletin officiel sur ce thème ne présente en tout et pour tout que deux femmes, sur environ 70 auteurs ou artistes mentionnés. Je trouve cela fort de café à notre époque où, si je suis le premier à critiquer certains excès du féminisme, je tiens mordicus à assumer ma part du travail en tant qu’éducateur pour favoriser l’égalité entre les sexes. J’ai commencé par un petit exercice physique, en écho à celui qui introduisait mon 1er corpus sur « Seuls avec tous » : poser le plus lentement possible, sa paume sur la joue de son voisin ; puis répéter ce mouvement en accélérant très progressivement la vitesse. On met en évidence la violence associée à la vitesse, dada de Paul Virilio.
- Doc 1. Avec mon meilleur souvenir, « La vitesse », Françoise Sagan, Folio, 1984 (p. 67).
« Mais là, nous nous éloignons du plaisir, c’est-à-dire de la vitesse considérée comme un plaisir, ce qui est finalement la meilleure définition. Disons-le tout de suite comme Morand, comme Proust, comme Dumas, ce n’est pas un plaisir trouble, ni diffus, ni honteux. C’est un plaisir précis, exultant et presque serein d’aller trop vite, au-dessus de la sécurité d’une voiture et de la route qu’elle parcourt, au-dessus de sa tenue au sol, au-dessus de ses propres réflexes, peut-être. Et disons aussi que ce n’est pas, justement, une sorte de gageure avec soi-même dont il s’agit, ni d’un défi imbécile à son propre talent, ce n’est pas un championnat entre soi et soi, ce n’est pas une victoire sur un handicap personnel, c’est plutôt une sorte de pari allègre entre la chance pure et soi-même. Quand on va vite, il y a un moment où tout se met à flotter dans cette pirogue de fer où l’on atteint le haut de la lame, le haut de la vague, et où l’on espère retomber du bon côté grâce au courant plus que grâce à son adresse. Le goût de la vitesse n’a rien à voir avec le sport. De même qu’elle rejoint le jeu, le hasard, la vitesse rejoint le bonheur de vivre et, par conséquent, le confus espoir de mourir qui traîne toujours dans ledit bonheur de vivre. C’est là tout ce que je crois vrai, finalement : la vitesse n’est ni un signe, ni une preuve, ni une provocation, ni un défi, mais un élan de bonheur. »

- Doc 2. « Sagan et sa Jaguar », photographie de Michou Simon, 22 juin 1956, © Paris Match. Un document qui pourrait parfaitement faire partie d’un corpus simple sur la vitesse. J’y songerai !

« Sagan et sa Jaguar », photographie de Michou Simon, 22 juin 1956

Doc. 3 : « Françoise Sagan, folle de voitures de sport », article de Sylvain Reisser (février 2017).
« Ces sensations, Françoise Sagan les a éprouvées au volant de ses voitures de sport qui font désormais rêver les collectionneurs. Dans son garage se sont succédé quelques-unes des machines parmi les plus convoitées des amateurs. La romancière avait bon goût. Son premier bolide, acheté avec le cachet de Bonjour tristesse […] n’est autre qu’une Jaguar XK 120, le roadster en vogue à l’époque. Sa passion pour les belles mécaniques, « ces bruits subtilement harmonieux à l’oreille et au corps », la conduit à passer dans la cour des grands. En août 1956, elle touche une Gordini type 24 S immatriculée 71 CB 75. Cette barquette est une véritable voiture de course qui a couru les 24 Heures du Mans. « Dédé la sardine », alias André Guelfi, tour à tour pilote amateur, agent immobilier puis homme d’affaires, racontera qu’il avait initié la jeune romancière à la conduite sportive et qu’il lui avait appris à dompter le fauve bleu France.
En 1957, on la croise aussi souvent à Saint-Germain-des-Prés au volant d’un cabriolet Aston Martin DB2/4. Le 13 avril 1957, une nouvelle fois, Sagan a tenté le diable sur la route. Et cela a failli tourner au drame. Sur les ondes, l’annonce de son accident de la route, du côté de Milly-la-Forêt, tourne en boucle. Sa belle anglaise a été retrouvée gisant retournée dans un champ, compressée façon César. […] Tous les passagers ont été éjectés, sauf elle. Sa convalescence s’éternisera. Non contente d’avoir compris qu’elle était vulnérable, Françoise Sagan absorbera pendant plusieurs mois un dérivé de morphine qui la laissera dépendante de toutes sortes de drogue et de l’alcool jusqu’à la fin de sa vie, le 24 septembre 2004. »
- document vidéo : « Françoise Sagan Avec mon meilleur souvenir » - Archive INA - 3 juillet 1984 (5 min).
- Extrait de Toxique, Françoise Sagan, Le Livre de Poche, 1964 (2009) (p. 67). Ce livre est le journal d’un séjour en clinique vers l’automne 1957, après un grave accident de voiture. On la sauve, mais elle s’intoxique au Palfium 875, dérivé de la morphine, d’où cette cure de désintoxication. Livre illustré par Bernard Buffet, sans pagination.
« J’ai appris des trucs, peut-être, des truquages. Quand donc aurai-je la force de conduire une Aston ? De prendre la porte Maillot un peu vite… Les rues, les places sont autant de regrets.
Ce capot noir qui s’élançait, ce bruit confiant, amical, Jaguar un peu longues, Aston un peu lourdes, je m’ennuie de vous à périr, après avoir failli périr par vous. »

- Doc 4. Loie Fuller, Danse serpentine, 1902, photographie de Frederick Glasier.

Loie Fuller, Danse serpentine, photographie de Frederick Glasier, 1902. .

Loie Fuller (1869-1928), Danse serpentine, photographie de Frederick Glasier, 1902.
Loïe Fuller, nom de scène de Mary Louise Fuller, est une danseuse américaine et l’une des pionnières de la danse moderne ; elle est célèbre pour les voiles qu’elle faisait tournoyer dans ses chorégraphies et pour ses talents de metteuse en scène. Elle révolutionna la technique de la danse par diverses innovations (utilisation de l’éclairage électrique, ou de sels phosphorescents par exemple), et libéra les danseuses de certaines pesanteurs liées par exemple au port du corset. Elle eut de nombreux imitateurs notamment pour sa célèbre Danse serpentine, créée en 1892. Aux débuts du cinématographe, elle refusa de laisser filmer une de ses exhibitions ; les documents qui nous sont parvenus sont donc dus à ses imitateurs. Nous allons visionner un des tout premiers films de l’histoire du cinéma, colorié à la main, film américain réalisé par William Kennedy et Laurie Dickson, sorti en 1894, avec Annabelle Moore (1878-1961). Il s’agit d’une des prestations que la danseuse a exécutées sur le premier studio de cinéma, créé par Thomas Edison (inventeur du cinéma avant les frères Lumière !)

- Doc 4. « Déshabillez-moi » (1967), texte Robert Nyel, musique Gaby Verlor, interprétée par Juliette Gréco (née en 1926). Visionnons une version à l’Olympia en 2004 pour Arte. La chanteuse s’autoparodie un peu, ce qui altère le sens de la fin de la chanson, mais c’est intéressant.

Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Oui, mais pas tout de suite, pas trop vite
Sachez me convoiter, me désirer, me captiver
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Mais ne soyez pas comme tous les hommes, trop pressés
Et d’abord, le regard
Tout le temps du prélude
Ne doit pas être rude, ni hagard
Dévorez-moi des yeux
Mais avec retenue
Pour que je m’habitue, peu à peu
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Oui, mais pas tout de suite, pas trop vite
Sachez m’hypnotiser, m’envelopper, me capturer
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Avec délicatesse, en souplesse, et doigté
Choisissez bien les mots
Dirigez bien vos gestes
Ni trop lents, ni trop lestes, sur ma peau
Voilà, ça y est, je suis
Frémissante et offerte
De votre main experte, allez-y
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Maintenant tout de suite, allez vite
Sachez me posséder, me consommer, me consumer
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Conduisez-vous en homme
Soyez l’homme, agissez !
Déshabillez-moi, déshabillez-moi
Et vous, déshabillez-vous !

© Warner Chappell Music France

- Doc 5. Les Grands Entretiens de Bernard Pivot : Marguerite Duras. Émission diffusée en direct sur Antenne 2 le 28 septembre 1984 pour le magazine Apostrophes.
Verbatim : (vers 28’30 dans l’émission) « Du style, je ne m’en occupe pas dans le livre. Je dis les choses comme elles arrivent sur moi. Comme elles m’attaquent, comme elles m’aveuglent. Je pose des mots beaucoup de fois, des mots d’abord, vous voyez, c’est comme si l’étendue de la phrase était ponctuée par la place des mots. Et que par la suite, la phrase s’attache aux mots, les prend et s’accorde à eux comme elle le peut. Mais que moi je m’en occupe infiniment moins que des mots. Je disais que l’écriture courante que je cherchais depuis si longtemps, je l’ai atteinte. Maintenant j’en suis sûre. Et que par écriture courante, je dirais écriture presque distraite, qui court, qui est plus pressée d’attraper les choses que de les dire, voyez-vous. Je parle de la crête des mots, c’est une écriture qui courrait sur la crête, pour aller vite, pour ne pas perdre. Parce que quand on écrit, c’est le drame, on oublie tout tout de suite et c’est affreux quelquefois ».
On notera le contraste entre la lenteur de l’élocution de Marguerite Duras (à opposer au débit précipité de Sagan) et la revendication de rapidité de son style.

- Doc 6. Yin & Yang.
« Les Chinois de l’Antiquité croyaient en deux forces cosmiques jumelles, positive et négative, dirigeant l’univers : le Ciel et la Terre, le Soleil et la Lune, etc. Cette croyance prit sa forme définitive dans le Yi Jing (livre des mutations), traité de divination où ces forces cosmiques prennent le nom de yin et yang, et sont censées perpétuer l’univers dans une chaîne éternelle de permutations.
Le Yi Jing montrait que yin & yang s’engendrent l’un l’autre dans un mouvement perpétuel : quand le yang est à son minimum, il devient yin, et grandit jusqu’à redevenir yang, et ainsi de suite. Ce système philosophique fut adopté tant par les taoïstes que par les confucianistes. Au XIe siècle, les néo-confucianistes représentèrent ce concept par le symbole du disque divisé par une période de sinusoïde, noir à gauche pour le yin, blanc à droite pour le yang, avec dans chaque partie une tache de la couleur opposée symbolisant l’embryon de yin au sein du yang, et vice-versa. Le Yi Jing associe les éléments feu et eau à l’homme et à la femme, image de l’orgasme explicitée par les traités médicaux : le feu (homme) prend rapidement et s’éteint tout aussi vite au contact de l’eau (femme), qui au contraire s’échauffe et refroidit lentement. » (« Le Yin, le Yang et le Gai », Lionel Labosse, Gay infos, oct et nov 1989.

Quelques textes isolés.

« La mouche », de George Langelaan
La « téléportation » faisant partie des « mot clés » du BO pour ce thème, voici un extrait de la nouvelle « La mouche » de George Langelaan, in Nouvelles de l’anti-monde, Robert Laffont, 1962, p. 72 (la nouvelle était parue isolément en 1956 et en anglais). Cette nouvelle a été adaptée au cinéma en 1958 par Kurt Neumann, puis en 1986 par David Cronenberg. En 2020, Christian Hecq et Valérie Lesort en proposent une adaptation théâtrale époustouflante que j’ai eu la chance de voir au théâtre des Bouffes du Nord ; très différente à la fois de la nouvelle et du film. La téléportation y est considérée sous l’angle de la vitesse :

« Alors que l’on n’avait réussi jusqu’à ce jour à transmettre dans l’espace que le son et les images, grâce à la radio et à la télévision, Bob affirmait avoir trouvé le moyen de transmettre la matière même. La matière – c’est-à-dire un corps solide – placée dans un appareil émetteur, se désintégrait subitement et se réintégrait instantanément dans un autre appareil récepteur.
« Bob considérait sa découverte comme peut-être bien la plus importante depuis celle de la roue. Il estimait que la transmission de la matière par désintégration-réintégration instantanée signifiait une révolution sans précédent pour l’évolution de l’homme. Cela équivaudrait à la fin des transports, non seulement des marchandises et des denrées périssables, mais aussi des êtres humains. Lui, l’homme pratique qui ne rêvait jamais, entrevoyait déjà le moment où il n’y aurait plus d’avions, de trains, de voitures, plus de routes ou de voies ferrées. Tout cela serait remplacé par des postes émetteurs-récepteurs dans tous les coins du monde. Voyageurs ou marchandises à expédier seraient simplement placés dans un poste émetteur, désintégrés et réintégrés presque instantanément dans le poste récepteur voulu.
« Mon mari eut quelques accrocs au début. Son poste récepteur n’était séparé de son poste que par un mur. Sa première expérience réussie fut faite avec un simple cendrier, un souvenir que nous avions rapporté d’un voyage en France.
« Il ne m’avait pas alors mise au courant de ses expériences et je ne compris pas tout d’abord ce qu’il voulait dire quand il m’apporta triomphalement le cendrier en disant :
— Anne, regardez ! Ce cendrier a été totalement désintégré pendant un dix millionième de seconde. À un moment, il n’existait plus ! Parti, plus rien, absolument plus rien ! Seulement des atomes voyageant à la vitesse de la lumière entre deux appareils ! Et l’instant d’après, les atomes s’étaient de nouveau rassemblés pour reformer ce cendrier ! »

Lionel Labosse


Voir en ligne : BTS : « À toute vitesse ! » sur le Bulletin officiel


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