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On efface tout et on recommence, pour les CM2/6e.

Le Bal des ombres, de Gudule

Mijade, Zone j, 2008, 122 p., 6 €.

samedi 11 octobre 2008, par Lionel Labosse

Voici un court roman fantastique sans prétention pour les apprentis-lecteurs, qui explore les hantises de Gudule : le dédoublement de personnalité et le télescopage des époques. Le thème du deuil y est habilement mêlé à celui de l’amour, avec une question pas si évidente que ça : peut-on dire qu’on a raté sa vie amoureuse, et qu’on voudrait « dévier le cours du destin » (p. 66) ? Attention : risque de dérapages incontrôlés dans les discussions familiales !

Résumé

Ses parents étant divorcés et assez peu famille, Morgane se retrouve seule à devoir assister son grand-père à l’agonie et à l’hôpital. Or il s’avère que celui-ci est empêché de « passer » dans le tunnel de la mort à cause de sa grand-mère, l’insupportable Suzon. Morgane avait découvert une lettre où cette dernière avouait sa mésentente, et conseillait à sa fille de divorcer. Morgane avale une pilule calmante donnée par l’infirmière, et fait un étrange rêve : elle retrouve son grand-père dans le tunnel, version moderne du thème traditionnel de la descente aux enfers, ou « nékuia », ou catabase. Après le refus de Suzon, une certaine Jeanne s’avance à sa rencontre, mais comme il espère que ce soit sa « passeuse » (p. 43), elle lui adresse une « grimace de haine ». Morgane prend alors le taureau par les cornes, et à deux reprises, plonge dans le passé, en 1947, pour tenter de jouer un rôle dans la scène du bal où, à cause, justement d’une mystérieuse Parisienne drôlement habillée (elle-même), Jeanne, la promise du grand-père, avait été éconduite, puis était morte dans un accident de vélo, et le grand-père avait épousé Suzon, promise à Grand-Louis. Est-il possible de changer le passé ? En tout cas, en se réveillant, Morgane, qui s’est battue dans son rêve, retrouve sur son visage les traces de la bagarre…

Mon avis

Avec sa simplicité et son franc-parler habituel (« À la différence que cette fois, elle [mamie] a vingt ans et que je ne lui dois aucun respect. C’est juste une sale peste, point. Et moi, les sales pestes, je les emmerde. » (p. 59), Gudule se met au niveau des jeunes lecteurs, et leur permet d’aborder des sujets grave : le deuil, le divorce, l’échec du couple. Morgane, face aux mauvais exemples de ses parents et grands-parents, se pose des questions sur son petit amoureux Léo. Comme elle encourage un des acteurs de ce bal de 1947 (Grand-Louis) à se rebeller contre Suzon la chipie, elle s’auto-engueule : « T’as pas envie d’intervenir, d’envoyer promener ton rival ? De montrer que tu es un homme, quoi ! (C’est moi qui débite ce genre de connerie ? Moi qui ne supporte pas la moindre attitude machiste ? Eh bien, si Léo m’entendait ! […]) » (p. 71). La scène où, dans le fameux tunnel, le fantôme de la grand-mère, le grand-père et Morgane règlent leurs comptes, ne manque pas de sel, et permet de dédramatiser : « J’y ai assisté, à tes méthodes de drague, figure-toi ! Elles étaient d’un relou ! » (p. 84). Pour un lecteur adulte, il sera intéressant de comparer avec un autre règlement de comptes à 50 ans de distance, dans l’excellent, mais très noir Petite Chanson dans la pénombre, un des romans du Club des petites filles mortes. Du fantastique pour enfants à l’épouvante pour adultes… quel registre !

- En 2010, Mijade réédite Crime City. Une autre histoire de mondes parallèles. Corentin, dont la mère Laure se laisse aller depuis une séparation, se réfugie dans le monde idéal d’un jeu vidéo interactif. Une famille parfaite, les Lovely, vit une existence lisse à « Cream-city ». Le mal, le divorce, l’adultère, les gros mots n’existent pas, et le jeu bugge quand Corentin essaie de faire déshabiller la jeune fille. Il demande à un camarade de truquer le jeu, mais cela tourne à « Crime-city », et Corentin se retrouve dans son jeu, et fait la connaissance des personnages qu’il a contribué à créer, lesquels le tiennent responsable de leurs malheurs…

- Lire l’entrevue de Gudule et ses autres romans pour enfants et ados : Le bouc émissaire (L’Instit), Aimer par cœur (L’Instit), L’envers du décor, Étrangère au paradis, L’amour en chaussettes, La vie à reculons, Le chant des Lunes et la série des Rose : La vie en Rose et La Rose et l’Olivier. Pour les adultes, lire la trilogie La ménopause des fées. Gudule a également écrit la préface de mon roman Karim & Julien paru en mars 2007.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Site officiel de Gudule


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