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« Pute de mère en fille », pour les 4e / 3e

On s’est juste embrassés, d’Isabelle Pandazopoulos

Gallimard, Scripto, 2009, 160 p, 8 €

jeudi 13 août 2009, par Lionel Labosse

On s’est juste embrassés semble une démonstration pratique de l’essai récemment chroniqué ici : Les Jeunes et l’amour dans les cités, d’Isabelle Clair. Le récit à la première personne d’Aïcha nous émeut souvent. Cette adolescente pas gâtée par la vie est laissée à elle-même, à la dérive dans une cité où la haine le dispute à l’amitié et où l’on ne sait plus quelle valeur peut avoir l’amour, y compris physique. Espérons que ce roman constitue auprès de nos élèves une sorte de guide pratique pour retrouver l’estime de soi quand on est victime d’une maltraitance de la part de la communauté (famille, école, cité).

Résumé

Malgré son prénom, Aïcha, 15 ans, ne se sent pas arabe. Elle ne connaît guère ses origines familiales, du fait du mutisme de sa mère, dépressive, sur le sujet. Son père est parti brusquement quand elle était petite, elle en est sans nouvelles. Elle a principalement deux amis qu’elle fréquente depuis la maternelle, Koto, un Malien et Sabrina, avec laquelle elle a fait la guerre avant de se réconcilier. Mais une nuit, alors qu’elle dormait chez Sabrina, elle a flirté avec son frère Walid, et son amie, suivie par toute la cité, la traite de « pute ». Empêtrée dans ses difficultés avec sa mère, Aïcha se défend mal, elle ment souvent d’ailleurs, s’invente par exemple « Un cousin malade et riche amoureux d’un autre homme, qui finissait ses jours dans une île des Caraïbes » (p. 8). Sa mère va de plus en plus mal, mais finit par lui parler de sa famille dont Aïcha ne connaît rien, et pour cause, le même schéma semble se répéter à une génération près [1]. Aïcha doit être placée, mais fugue et, aidée de Koto que ne décourage pas l’incohérence de son comportement, elle tente de retrouver la famille de sa mère. Petit à petit, grâce à l’amour de Koto, elle reconstitue son puzzle personnel.

Mon avis

La trame n’est guère originale, bien sûr, c’est une histoire familiale dramatique comme en vivent nombre de nos élèves d’établissements dit « APV » selon la nomenclature actuelle. Au point que certains vont encore crier à la stigmatisation des Maghrébins, puisqu’on retrouve tous les motifs de la vie de cités, comme par exemple celui du grand-frère — Walid — avec « son casier long comme un bras », qui gifle sa sœur (p. 30). L’auteure truffe son récit de scènes réalistes bien vues qui corroborent l’essai cité ci-dessus. Voir par exemple la scène où Aïcha se fait respecter après avoir été bouc émissaire, parce qu’elle a eu une attitude de garçon, en tuant sans faillir une souris introduite dans son cartable (p. 26). De même, après qu’elle a fait l’amour la première fois, elle craint que le garçon n’aille « tout raconter » (p. 131) et nuise à sa réputation. Aïcha perd le sens moral : « Je comprenais qu’on ait envie de péter les pare-brise, juste pour voir la voiture s’écraser contre un mur » (p. 61) ; mais elle le retrouve parfois, comme dans ce portrait savoureux d’un mec de cité utilisable pour l’étude de l’éloge et du blâme en classe de seconde : « Il était affalé dans un fauteuil, arrogant, une casquette vissée sur la tête, un MP3 autour du cou et un portable à portée de main. Une vraie caricature. Les traits encore fins malgré un embonpoint naissant, il aurait pu être assez beau sans cet air effarant de stupidité et de mollesse mêlées. Il avait beau être le plus jeune, il jouait au chef de famille avec la même naïveté qu’un chiot qui vient mordiller ta pantoufle et que tu renvoies d’un coup de latte couiner sous le fauteuil. » (p. 101).
Les livres ont une grande importance dans l’histoire ; c’est à la bibliothèque qu’Aïcha se retrouve, et c’est grâce à la lecture de l’Amant de Marguerite Duras, qu’elle réussit à faire parler sa mère, avec notamment une phrase-clé citée au mitan du livre : « J’avais à quinze ans le visage de la jouissance et je ne connaissais pas la jouissance. » Elles sont donc « Pute de mère en fille » (p. 81). Comme l’héroïne durassienne, Aïcha découvre l’amour « à son insu de son plein gré » : « Ça faisait des semaines que j’en avais envie mais je ne le savais pas et ça ne me déplaisait pas » (p. 99) ; « Mon corps allait plus vite que moi » (p. 122).

- Le thème de l’amour dans les cités est également abordé dans Houari pote beur et le voile de Yasmina, d’Arthur Falaïeff, dans Un foulard pour Djelila, d’Amélie Sarn et Pour toi Anissa, de Clotilde Bernos. On trouve une trame narrative relativement proche dans Au rebond, de Jean-Philippe Blondel, où l’amitié joue également un grand rôle, mais entre deux garçons et deux femmes.

- De la même auteure, lire La Décision, paru en 2013.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le billet de Clarabel


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[1Est-ce un cas à analyser sous l’angle de la psychogénéalogie ?