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Confusion sentimentale, pour les 3e.

Point de côté, d’Anne Percin

Éditions Thierry Magnier, 2006, 147 p., 8 €.

vendredi 22 juin 2007, par Lionel Labosse

Un roman sous forme de cahier intime. Si le livre est bien écrit, si le récit fonctionne bien, on peut se demander si le thème n’est pas un peu éculé dorénavant (la difficulté à vivre d’un frère ou d’un ami survivant à un mort). Des longueurs, un style un peu sage, et du remplissage avec des thèmes secondaires dont aucun n’est approfondi. Dommage !

Résumé

Pierre Mouron a programmé de mourir le jour anniversaire de la mort de son frère jumeau Éric, d’un accident de voiture alors qu’ils avaient 10 ans. Il a d’abord fait de la boulimie, il a souffert de « grossophobie », de dysorthographie ; on le traite de « pédé », et tutti quanti. Il s’est récemment mis à courir dans l’espoir d’un arrêt cardiaque, et perd du poids sans le vouloir. Son « ami » Xavier, qui restera ambigu jusqu’au bout, tantôt le protège, tantôt le moque, mais le jour de son anniversaire, il lui roule un patin dans les toilettes du lycée ; un autre jour il lui pique ses vêtements à la douche, etc. Pierre accepte tant bien que mal son rôle de bouc émissaire. Il se plaint de sa timidité qui l’empêche de draguer une fille. En fait, pas plus que la moyenne des ados, mais il enterre « un secret » dans le cahier qui constitue ce roman, comme le coiffeur du roi Midas (p. 55). Après une tentative de suicide, il se retrouve en terminale, et semble avoir la cote avec les filles. Il s’inscrit à une école de musique où il fait la connaissance d’un ami du prof de violon, photographe d’une trentaine d’année, juif, pianiste doué. C’est le début d’un amour qui aura quelque peine à s’avouer dans ce cahier (le secret continue). Pierre est anorexique, bavarde avec le prof de philo en fumant des cigarettes, couche avec une fille au hasard de l’ébriété, pour faire comme les autres, et se rapproche tant bien que mal de Raphaël et de sa vérité.

Mon avis

Anne Percin a paraît-il mis quinze ans à écrire et réécrire ce roman, qu’elle a posté à l’éditeur. Hélas, pendant ces quinze ans, ce qui aurait été un thème original est devenu un sous-genre, et l’on ne compte plus les romans à thème altersexuel bâtis sur le thème du frère mort : Frère, de Ted Van Lieshout, C’était mon ami, d’Anneke Scholtens, Mon frère et son frère, de Hakan Lindquist, Le Cahier rouge, de Claire Mazard, et j’en oublie. Point de côté n’est pas raté, loin de là, c’est un récit émouvant, mais il souffre quand même de la comparaison, et disons que rien dans ce texte ne surprend. On bâille de longueurs qui n’apportent rien, qu’on a lues cent fois, que ce soit les menus faits quotidiens d’une rentrée scolaire (p. 64), la bourse aux livres, les gamineries de cours de récré, ou les visites dans une librairie dont la marque commerciale nous est donnée à deux reprises (pp. 86 et 115). Les discussions avec le prof de philo n’amènent à rien, et on se demande pourquoi on nous les raconte. Pour signifier que c’est un prof cool, qui fume avec ses élèves, attitude de rebelle achevé ? Même chose pour les descriptions, la hantise des ados. Certaines audaces de langage, assez convenues d’ailleurs, paraissent déplacées, car elles restent uniques, et contrastent avec le non-dit régnant dans l’aveu de l’homosexualité, même quand le narrateur aura son premier rapport (sans parler de son dépucelage avec une fille) : « je vais plutôt m’astiquer le jonc » (p. 32) ; « J’ai écrit cette lettre d’un jet comme on crache, comme on éjacule » (p. 99) ≠ « Et ça s’est passé » (p. 138). La comparaison des photos que Raphaël prend de Pierre nu, anorexique, dans une usine, avec des photos de « rescapé des camps de la mort » (p. 136), m’a semblé de mauvais goût. Je ne conteste pas que des adolescents puissent trouver leur miel dans cette vision morbide du monde, qui n’est pas désagréable à lire, je le répète, surtout pour les passionnés de musique — l’un des thèmes secondaires — mais cela me laisse un arrière goût de malaise. Et puis quand l’auteur nous glisse à propos du Petit Prince de Saint-Exaspérant cet « anti-miroir » de son goût stylistique : « Je préfère les grandes phrases, une littérature plus vaste, plus ample, avec du souffle dans les cheveux au sommet des montagnes » (p. 134), j’eusse aimé qu’elle eût pris son héros au mot !

- Lire, sur « Culture et Débats » le point de vue de Jean-Yves, plus « de côté » ! Jean-Yves a également lu et aimé Bonheur fantôme, publié dans la collection adulte « la brune » des éditions du Rouergue, qui constitue la suite des aventures de Pierre.

- Dans Vocabulaire de l’homosexualité masculine, de Claude Courouve, on apprend que l’expression « point de côté » a désigné un « ennemi des pédérastes », parfois un « agent des mœurs », au XIXe siècle.
- Lire L’Âge d’ange de la même auteure, ainsi que Le Jour du slip / Je porte la culotte.
- En 2015, parution de l’excellent Ma mère, le crabe et moi d’Anne Percin, Rouergue, doado. Un court roman dans lequel une jeune fille de 15 ans raconte avec humour la lutte de sa mère contre le cancer du sein.

Lionel Labosse


Voir en ligne : Le blog de l’auteure


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Messages

  • Monsieur,

    Je suis persuadé que vous n’êtes resté qu’en surface de ce roman, de ce personnage, de cette vie... Vous ne vous êtes pas donné à ce livre, par conséquent, il ne vous a pas emmené bien loin...

    Ce roman est un roman qui va au fond des choses, avec des phrases à la fois très belles, très justes, et très simples... Et pour ça, je trouve qu’Anne Percin s’en sort formidablement bien... son style est attachant et ces descriptions que vous avez trouvées trop longues sont là pour qu’on puisse y voir ce qui n’est pas dit...

    On ne peut pas le faire si l’on reste en surface... Un autre écrivain, que j’admire, Christophe Spielberger demande à ces lecteurs de "jeter leurs vieux yeux" en avant propos d’un de ses romans... Je crois qu’Anne Percin aurait dû faire pareil...